"Quelques minutes après minuit" : l’heure précise où coulent les larmes

"Quelques minutes après minuit" : l’heure précise où coulent les larmes
CINÉMA
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NOTRE AVIS - Après les excellents "L'Orphelinat" et "The Impossible", le cinéaste espagnol Juan Antonio Bayona donne à vivre la préparation d’un deuil avec "Quelques minutes après minutes". Celui d’un jeune garçon pour sa mère. Poignant.

Il parle vite et se ronge nerveusement les ongles au rythme des questions. A 41 ans, le cinéaste espagnol Juan Antonio Bayona n’a pourtant plus de raison d’angoisser pour l’avenir. Ses deux premiers films, L’Orphelinat et The Impossible, l’ont rapidement imposé, par leur maîtrise et leur puissance narratives, comme un nouveau Spielberg. Résultat : le papa d’E.T., conscient de cette évidente filiation artistique, lui a confié le second opus de Jurassic World, dont le tournage commencera en mars 2017. 


En attendant ce "défi géant", le maestro dégaine, dès le 4 janvier, une magnifique et bouleversante relecture du roman Quelques heures après minuit. Laquelle met en lumière un jeune garçon qui s’échappe dans un monde imaginaire afin de mieux accepter la maladie mortelle de sa mère. Bayona décrypte la recette de sa pépite pour LCI.

Adapter le bon roman

"Sergio G. Sánchez, le scénariste de mes deux premiers longs métrages, connaît parfaitement ma sensibilité. Alors que je travaillais en 2013 sur la série Penny Dreadful, il m’a parlé du livre Quelques minutes après minuit de Patrick Ness (2012). Lui, comme beaucoup d’autres personnes par la suite, ont lourdement insisté pour que je le lise. Il se tramait quelque chose, à l’évidence. Et en recevant le scénario, j’ai compris pourquoi ils ont tous pensé à moi. Parce que ce récit, situé dans un monde fantastique, aborde la thématique de l’enfance avec sérieux et respect. Quand j’étais gamin, j’avais un accès si facile aux films de François Truffaut, Carlos Saura ou Steven Spielberg. Ces réalisateurs savent parler des enfants en se mettant à leur hauteur. Quand je suis devenu adulte, j’ai su que c’est ce que je voulais faire à mon tour."

Faire de la mort un moteur créatif

"J’utilise la mort comme une espèce de ressort, comme quelque chose qui nous pousse à nous ouvrir. Prenez The Impossible (dans lequel une famille affronte un tsunami, ndlr) : la mère de l’enfant ne ment jamais, ça les aide à survivre. Dans ce nouveau film, la maladie est inéluctable. C’est un constat implacable auquel Connor, le jeune héros, doit faire face. Nous vivons dans une société qui s’éloigne hélas de la vérité, qui ne lui accorde qu’une maigre importance. Les gens lui préfèrent son apparence à sa teneur. Du coup, elle est tellement retenue que sa rare expression agit comme une catharsis. Cette idée m’intéresse beaucoup d’un point de vue dramatique. (…) Tous les enfants ont peur de perdre un jour leurs parents et de rester seuls. Du coup, mon film leur parle de choses auxquelles ils ont déjà pensées. Et le fantastique rend ce discours accessible."

Choisir un acteur de génie

"Ce qui m’a plu chez Lewis MacDougall, c’est qu'il ne voulait pas pleurer dans les scènes où il le fallait. Il avait une retenue et une rage incroyables, à l’instar du jeune héros qu’il incarne. Lequel gère l’approche du deuil avec, précisément, ces deux émotions distinctes. Je me sens proche de ce personnage. Je voulais à tout prix qu’il dessine. Quand j’étais jeune, j’avais toujours un crayon à la main. Mon père, qui était peintre, m’a inculqué la puissance et l’importance de l’art. Dans le film, le crayon symbolise les armes avec lesquelles l’enfant va se battre pour se confronter à la disparition de sa maman. Il y a là la rencontre d’une certitude et l’expression de cette certitude. (…) Carlos Saura dit qu’il déteste le cinéma qui n’est pas artificiel, que c’est un mensonge qui explique mieux la réalité. J’aime sa façon de voir les choses."

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