"Sicario : La Guerre des cartels", la critique : entre polar et géopolitique, une suite réussie

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ON AIME - Suite inspirée du film sorti en 2015, "Sicario : La Guerre des cartels" livre un regard terrifiant sur le trafic des clandestins à la frontière américano-mexicaine. Et sur la façon, machiavélique et brutale, dont Washington gère la crise.

En salles ce mercredi, "Sicario : La Guerre des Cartels" plonge le spectateur dans l’enfer du trafic d’êtres humains à la frontière américano-mexicaine, désormais plus lucratif que celui de la drogue. L’intrigue du film, réalisé par l’Italien Stefano Sollima, se déroule avant que l’administration Trump mette en place la politique de "tolérance zéro" qui a conduit à la séparation de milliers d’enfants de leurs parents, ces dernières semaines. Des images qui ont provoqué une vague d’indignation partout dans le monde. Et dont cette suite du film de Denis Villeneuve, sorti en 2015, offre un contrechamp pour le moins saisissant. 


C’est à Taylor Sheridan, par ailleurs cinéaste de talent ("Comancheria", "Wind River"), qu’on doit le scénario de ce diptyque aussi intense que bien documenté. Trois ans après le premier volet, la situation a empiré des deux côtés de la frontière. Parmi les convois de clandestins se cachent désormais des terroristes islamistes, venus semer le chaos sur le sol américain. Une réalité que ne découvrira pas Kate Macer (Emily Blunt), la jeune recrue du FBI, absente de cette suite. Un choix plutôt logique tant son personnage désapprouvait les méthodes employées par ses supérieurs.

Du cinéma de genre sans concession

Aucun état d’âme, en revanche, pour l’agent de la CIA Matt Graver (le toujours excellent Josh Brolin). Cette brute épaisse et sans scrupule est chargée cette fois de monter les cartels les uns contre les autres en kidnappant Isabela (Isabel Moner), la fille d’un baron mexicain. Pour accomplir cette mission périlleuse, il fait de nouveau appel à Alejandro (Benicio Del Toro, ténébreux à souhait), le "Sicario" (tueur à gages en espagnol – ndlr) du titre. Et forcément rien ne va se dérouler comme prévu, pour l'un comme pour l'autre. Enfin surtout l'un des deux...


Réalisateur de la série "Romanzo Criminale", Stefano Solima s’était illustré au cinéma avec "A.C.A.B. : All Cops are bastards" et "Suburra", deux films qui portaient un regard implacable sur la violence et la corruption qui gangrènent son pays. Ses débuts américains creusent le même sillon d’un cinéma de genre sans concession, mais pas dénué de style. Entre deux morceaux de bravoure filmés avec une précision chirurgicale, "Sicario : La Guerre des Cartels" embrasse la beauté sauvage des paysages frontaliers à la manière d’un western d’autrefois.

L’amateur de sensations fortes y trouvera largement son compte. Celui de géopolitique du crime aussi. Car si le film délaisse un peu vite la question terroriste pour se focaliser sur le piège qui se referme autour de Matt et Alejandro, il dresse un constat terrible sur la manière, machiavélique, brutale, voire irresponsable dont Washington gère ses relations avec le voisin mexicain. Et dont l'actuel locataire de la Maison Blanche n'est pas désigné comme l'unique responsable, le conflit s'enlisant depuis plusieurs générations.


A ce titre le personnage le plus passionnant du film est sans doute celui de l’adolescent Miguel (Elijah Rodriguez), fils d’immigrés qui voit dans le commerce des clandestins le moyen le plus rapide de sortir de sa condition modeste, au mépris de ses racines. Et qui porte en lui les germes d’une nouvelle guerre à venir, peut-être encore plus terrible, cette fois côté américain. Et ça tombe bien, un troisième épisode serait déjà en cours d'écriture pour nous raconter tout ça...

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