"Sing Street" : la mélodie du bonheur qui a enthousiasmé Deauville !

CINÉMA
CRITIQUE - C’est sous un tonnerre d’applaudissement que s’est achevée, ce mardi après-midi, la projection de "Sing Street" dans le cadre du Festival du Cinéma Américain de Deauville. Le nouveau long métrage du réalisateur, scénariste et bassiste irlandais John Carney raconte la réjouissante naissance d’un groupe de rock porté par cinq lycéens singuliers. Coup de coeur !


Après avoir fait vibrer le public de Sundance en début d’année, la comédie Sing Street a poursuivi son équipée fantastique au Festival de Deauville, où un accueil triomphal lui a été réservé mardi après-midi. Il faut dire que quand il est question de tirer sa flèche dans le coeur du spectateur, le réalisateur, scénariste et musicien irlandais John Carney sait viser juste. En 2006, son quatrième long métrage Once, tourné avec trois bouts de ficelle et adoubé notamment par Steven Spielberg, rencontrait un succès critique et public retentissant, avec à la clé 20 millions de dollars de recettes mondiales, soit 133 fois le montant de son budget.


Pour rappel, cette oeuvre sensible nous contait la relation entre un guitariste de rue et une chanteuse et pianiste immigrée. Carney s’inspirait là de ses expériences personnelles -il était à l’époque membre du groupe The Frames, dont faisait également partie l’acteur principal Glen Hansard- pour livrer une véritable déclaration d’amour à la musique. Une thématique qu’il a continué à creuser, de manière moins intime, avec New York Melody (2013), dans lequel il dirigeait Keira Knightley et Mark Ruffalo le temps d’un pas de deux roboratif et charmant. Et comme jamais deux sans trois, l’enthousiasmant Sing Street persiste et signe dans cette trajectoire et nous replonge dans les courbes intérieures de cet incorrigible mélomane. 

Par amour de la musique (et d’une fille)

L’histoire ? Dublin, années 1980. Duran Duran, Depeche Mode, The Cure et autre A-ha trustent les radios. L’émission hebdomadaire Top of the pops électrise les foyers sur la BBC. Le rock et la new wave tournent à plein régime dans les walkmans. Dans ce contexte stimulant, Connor, un adolescent introverti, rejoint les bancs d’une école publique, tenue par des religieux impitoyables, où il devient le paria des uns et le souffre-douleur des autres. Une impopularité qui l’éloigne davantage de son rêve ultime : sortir avec Raphina, une jeune mannequin qui entend rallier l’Angleterre. Reste sa passion pour la musique, clé de tout, celle qui pourrait bien faire tomber le mur de l’indifférence et déplacer les montagnes de l’amour.


Poussé par un grand frère bienveillant, il se lance alors dans un pari fou : écrire des chansons, former un groupe de rock et proposer à Raphina de jouer dans son vidéoclip. Tel est le point de départ d’une réjouissante aventure humaniste en passe d’enjoliver les destins d’une tripotée de personnages attachants. A l’image de Damien Chazelle avec Whiplash, John Carney prouve qu’il est bien pratique d’avoir le tempo dans la peau quand on veut consacrer un film à la musique. Car au-delà de la magnifique histoire d’amour qu’il raconte, les chansons (composées par Bono et The Edge) sont d’une certaine manière les stars de l’entreprise, se substituant parfois aux dialogues et recelant toujours de précieuses vertus narratives.

Un film fait avec le coeur

Qu’il soit question de sa reconstitution historique (costumes et décors au cordeau), de son casting irréprochable (mention spéciale au jeune interprète principal Ferdia Walsh-Peelo), de sa photographie ou de ses répliques gorgées d’humour, Sing Street enchante. Sous des airs de bluette, son scénario fait par ailleurs la part belle à la quête identitaire de son héros et rappelle combien ce moment charnière de la vie -celui où les grandes décisions se prennent, celui de tous les possibles- peut être difficile. Une cruauté dont il est possible de se départir, comme le prouve ce jeune Connor qui traverse la mer tumultueuse de l’adolescence avec, à la main, une arme de construction massive : la musique. 


Les cyniques riront peut-être du message simpliste déployé. En l’occurrence : l’art est un rempart contre la bêtise, l’ignorance, la barbarie. Oui : l’art et la création élèvent l’esprit et permettent de gagner des guerres personnelles. Oui : Carney en fait une litanie, le matraque tout du long, milite pour le dépassement de soi. Et c’est tant mieux ! Notre monde enténébré a justement besoin que des oeuvres si curatives l’illuminent. Des films qui nous rappellent qu’il est possible de s’en sortir, de se trouver, d’affirmer sa singularité et d’embrasser ses rêves. Des films qui rappellent aussi le pouvoir vertigineux et magique d’une composition écrite avec le coeur. Alors riez, vibrez, chantez et dansez sur Sing Street dès le 26 octobre.


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