Snowden : Oliver Stone, son regard intime sur les Etats-Unis

CINÉMA

PORTRAIT. Le réalisateur Oliver Stone n'a cessé tout au long de sa carrière de disséquer les Etats-Unis dans tous leurs états par le prisme de l'intime. "Snowden" n'échappe évidemment pas à la règle et rappelle l'engagement du réalisateur de "Platoon" et de "Né un 4 juillet"

On le dit peu mais Oliver Stone a tout d'abord officié en tant que scénariste des films comme Midnight Express ou Scarface et participé à l'adaptation de Conan le Barbare. Il dénonce dans l’un les tortures et les traumatismes atroces d’un homme arrêté pour détention de Marijuana en Turquie et que la prison va briser. Dans l’autre, il transforme le mythique personnage du gangster Tony Camonte (son nom dans le roman original d’Armitage Trail) en Tony Montana, immigrant cubain rejeté par Fidel Castro, réinterprétant du côté obscur le motif du self made man. Il choisit pour ses scénarios marquants, un sujet directement inspiré de faits réels ou d’un enjeu cinématographique fort (la brutalité sans concession et les temps farouches de Conan le Barbare). Il joue à la fois sur l’implication citoyenne du spectateur, ses convictions et ce qu’il attend d’un film (le suspense, les frissons, la fascination obscure). 

Dans ses premières œuvres en tant que réalisateur, Oliver Stone s’affirme plus encore traitant de sujets qui le touchent profondément, qui lui sont intimes. On ne peut d’ailleurs pas douter pour aucun de ses films de la profonde sincérité d’Oliver Stone. Il y met toutes ses tripes. L'un de ses premiers films, Salvador en 1986, dénonçait l’ingérence des Etats-Unis, leur complicité avec les dictatures qui étouffent l’Amérique du sud, il montrait avec la nervosité qu’on lui connaît, James Woods, dans la peau d'un reporter, obligé de prendre position, de s’engager contre l’horreur des tortures et autres exactions dont il est témoin. Ce problème de l’ingérence en Amérique du sud et dans d’autres pays n’est certes pas nouveau. On se souvient de l’assassinat du président Allende, et le soutien des USA au général Pinochet. C’est d’ailleurs ce qui a motivé l’engagement de Che Guevara auprès de Fidel Castro (auquel Stone a consacré deux documentaires, dont le très controversé, Commandante). Ils voulaient s’affranchir de cette tutelle. 

On se souvient aussi que c’est cette même attitude de « gendarme du monde » qui provoqua la guerre du Vietnam dont Stone fut un acteur direct, traumatisé par ce qu’il y a vécu et en témoignant dans son second film Platoon en 1987. Il fut récompensé plusieurs oscars dont celui du meilleur réalisateur en pleine ère Reagan. Ce film eut l’effet d’une bombe. Son grand prédécesseur sur le sujet fut Apocalypse now de Francis Ford Coppola, mais ce dernier pouvait encore passer pour un trip, une parabole sur ce que la guerre fait commettre aux hommes. Le film était d’ailleurs l’adaptation de Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad, roman datant du XIXe dont l’histoire était transposée au Vietnam. Avec le film de Stone, pas de doute possible, il raconte ce qu’il a vu, les horreurs dont il a été témoin, la folie meurtrière qui gagnait ces hommes désemparés et vaincus dans "l’enfer vert".

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Snowden : making of exclusif du film d'Oliver Stone

Oliver Stone bouscule l'Oncle Sam

Dans Né un 4 Juillet, Oliver Stone évoque les vétérans de cette guerre inutile, à travers l’évocation du destin de Ron Kovic, jeune homme exemplaire, américain modèle, sportif, patriotique, membre d’une famille WASP, exemplaire elle-aussi. Tout l’incite à s’engager au Vietnam. Et il y va, fier et la fleur au fusil, pour honorer son père combattant de la seconde guerre mondiale. Une fois sur place, il voit les paysans qu’on terrorise, les cris d’un bébé dans les bras de sa mère tuée, les villages incendiés car abritant prétendument des vietcongs. Une sorte de peur l’étreint dans le crépuscule d’un combat incompréhensible. Dans un état second, il tire sur une silhouette qui court vers lui, abattant ainsi l’un de ses compagnons dans ce qu’on qualifie par l’expression ridicule de "tir ami". Plus tard, après avoir été blessé au talon, il cédera à la furie, tirant à découvert et se faisant finalement toucher. Cette blessure le rendra paraplégique à vie. 

Oliver Stone retournera une troisième fois au Vietnam en 1994, pour en explorer le traumatisme, mais avec un film plus mineur, Entre Ciel et Terre. Une analyse du conflit vietnamien et de ses séquelles à travers le destin d’une femme Ly et de sa famille. L’intérêt de ce film étant que cette fois il est vu du point de vue des vietnamiens, remontant à la guerre d’Indochine contre les Français et s’étalant après la défaite des américains. On sent chez le réalisateur une volonté d’explorer le passé, assez honnêtement d’ailleurs, puisqu’il ne se cache jamais d’être subjectif ou engagé. Il livre son interprétation de l’histoire, revient sur ce qu'il a vécu. Pas étonnant donc que le sujet de Snowden (mélange de fiction, de vécu et de regard profond sur les Etats-Unis) lui ait tapé dans l'oeil. 

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Bande annonce : "Snowden"

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