Soutien à Gaza : Penelope Cruz et Javier Bardem sont-ils vraiment menacés à Hollywood ?

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DECRYPTAGE – Depuis qu'ils ont signé une lettre ouverte, condamnant "le génocide" perpétré par l'armée israélienne dans la bande de Gaza, les comédiens espagnols Javier Bardem et Penelope Cruz seraient "blacklistés" par certains producteurs américains. Doivent-ils prendre la menace au sérieux ?

Pour Penelope Cruz et Javier Bardem, le 28 juillet dernier 2014 marquera peut-être un tournant dans leur carrière d'acteur. Rien à voir avec la sortie d'un film. Ce jour-là, les deux comédiens signent une lettre ouverte, parue dans la presse espagnole , aux côtés de nombreux artistes et intellectuels de leur pays. Dans ce texte, ceux-ci dénoncent le "génocide" perpétré d'après eux par l'armée israélienne dans la bande de Gaza. Ils déplorent l'inertie de la communauté internationale alors que les "foyers palestiniens sont détruits" et réclament un cessez-le-feu immédiat.

Sur les réseaux sociaux, cette prise de position est vivement commentée, et condamnée par les soutiens à Israël. Quelques jours plus tard, les époux les plus célèbres du cinéma ibérique sont contraints de répondre , par communiqué, pour expliquer qu'ils ne sont pas antisémites, "l’antithèse de tout ce que nous sommes en tant qu’êtres humains", insiste le comédien. Pour l'un, comme pour l'autre, le mal est fait.

L'avertissement du producteur Ryan Kavanaugh

Dans les heures qui suivent, la lettre virulente du comédien Jon Voight , partisan de l'Etat hébreu, dans les colonnes du Hollywood Reporter, fait son petit effet. Un cas isolé ? Loin de là. En coulisses, de nombreux producteurs américains sont agacés, voire "écoeurés" comme leur illustre aîné. Parmi eux, le patron de Relativity Media, Ryan Kavanaugh, co-producteur du récent 3 Days to Kill avec Kevin Costner ou du prochain Jane Got a Gun avec Natalie Portman.

"Voici une modeste proposition pour nos collègues hollywoodiens, à considérer avant de prendre position sur le conflit au Moyen Orient – ou ailleurs. Posez-vous ces questions : où mon travail d'artiste peut-il être vu et apprécié sans censure et restriction ?", demande-t-il, lui aussi dans le Hollywood Reporter . Où aimerais-je travailler et vivre en me sentant à l'aise ? Où aimerais-je que ma fille débute une carrière d'artiste ? Où puis-je librement moquer, dans mon art, les opinions politiques et croyances religieuses d'un pays sans craindre d'être emprisonné ou pire ?".

Deux acteurs qui doivent beaucoup à Hollywood

Ryan Kavanaugh, très en verve, va encore plus loin. "Réfléchissez aussi à ça : 1/5e de la population israélienne est arabe. Ce sont parmi les Arabes les plus libres du monde. Dans le même temps aucun juif ne vit à Gaza. Pourquoi ? Parce qu'il serait aussitôt tué". Pas sûr que ce Monsieur ait envie, dans un futur proche, de produire un film avec Penelope Cruz et Javier Bardem. De là à les imaginer, l'un et l'autre, sur une "black list" qui circulerait à Hollywood ? C'est le bruit qui court, ces jours-ci, dans la presse américaine. Curieusement, un autre signataire célèbre de la lettre n'est attaqué nulle part. Le cinéaste Pedro Almodovar, proche des deux comédiens, a lui aussi cautionné le texte polémique. Personne ne le menace : il tourne tous ses films en Europe.

De leur côté, Penelope Cruz et Javier Bardem n'ont cessé de travailler ces dernières années à Hollywood. Et ont été adoubés par leurs pairs, lauréat tous les deux d'un Oscar, elle pour Vicky Cristina Barcelona, lui pour No Country For Old Men. Adoubés, applaudis, adoptés... grassement payés. Et bientôt bannis ? Le cas de Mel Gibson est édifiant. Champion du box-office avec L'Arme Fatale, et ses suites, lauréat de deux Oscars – meilleur film et meilleur réalisateur pour Braveheart en 1996, il connaît depuis huit ans une véritable descente aux enfers.

Le cas symbolique de Mel Gibson

Le 28 juillet 2006, arrêté pour conduite en état d'ivresse, le comédien australien tient des propos antisémites envers les forces de l'ordre. Il devra s'excuser publiquement auprès de l'Anti-Defamation League, la puissante association américaine de lutte contre l'antisémitisme. Si ses problèmes d'alcool et ses déboires conjugaux n'arrangent rien, le comédien est désormais catalogué. En 2012, le scénariste Joe Eszterhas, en conflit avec ce dernier, menace de publier des enregistrements dans lesquels le réalisateur de La passion du Christ insulte les juifs... Depuis, il ne parvient plus à financer ses projets. Et cachetonne ces jours-ci dans Expendables 3 aux côtés de Sylvester Stallone. 

Que dire du soutien maladroit qu'a apporté le comédien anglais Gary Oldman à son confrère australien, lors d'une récente interview à Playboy ? "Mel Gibson habite une ville tenue par les juifs et il a dit ce qu'il ne fallait pas, car il a mordu la main qui le nourrissait", déclare l'interprète du commissaire Gordon, dans la saga Dark Knight. L'Anti-Defamation League et le Centre Simon Weisenthal, l'accuseront de propager "la vieille rhétorique antisémite sur le contrôle d'Hollywood par les juifs".

Seront-ils invités aux prochains Oscars ?

Afin d'éteindre l'incendie, rapidement propagé via les réseaux sociaiux, il s'excusera platement, par l'intermédiaire de son agent. Avant d'hypothétiques représailles professionnelles ? Pas pour l'instant puisqu'il vient de rejoindre le casting de Criminal, un thriller avec Kevin Costner. Penelope Cruz et Javier Bardem, quant à eux, n'ont pas de projets à court terme à Hollywood. Et après ? Ils auront peut-être un début de réponse au printemps prochain, lorsque l'Académie des Oscars postera ses cartons d'invitation...

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