"Soy Nero" : fais la guerre et tu seras un Américain !

"Soy Nero" : fais la guerre et tu seras un Américain !

COUP DE CŒUR – En salles ce mercredi, "Soy Nero" de l’iranien Rafi Pitts relate la destinée d’un jeune mexicain qui s’enrôle dans l’armée US afin d’être naturalisé. Forte d’une mise en scène chirurgicale et fascinante, cette œuvre inspirée d’une histoire vraie met de la lumière sur une thématique jusque-là inexplorée.

Le déracinement est un état que Rafi Pitts connait bien. Suite à la sortie de son quatrième long métrage, The Hunter, ce cinéaste iranien de 49 ans est devenu à ses dépens un poil-à-gratter du régime en place. En cause : la gémellité entre les faits fictifs relatés –le héros perd sa femme et sa fille lors d’une émeute opposant policiers et manifestants– et la survenue presque simultanée en 2009 de la révolte verte, un important soulèvement post-électoral ayant secoué la société. Afin de ne pas connaître le même sort que les metteurs en scène Jafar Panahi ou Mohammad Rasoulof, tous deux interdits de tourner, Pitts opte pour l’exil entre Paris et Londres.

 

Et c’est justement cet arrachement identitaire qui le pousse à réfléchir sur la notion de frontières et d’appartenance, lui qui est né d’une mère iranienne et d’un père anglais. Ouvert aux quatre vents, à la croisée des cultures, il va poser ses valises aux Etats-Unis pour bâtir les fondations de sa nouvelle réalisation : Soy Nero. Trois ans d’écriture auront été nécessaires, en compagnie du scénariste roumain Razvan Radulescu (Quatre mois, trois semaines et deux jours), pour immerger le spectateur au cœur d’un sujet méconnu du grand public : le sort des green card soldiers. Ces derniers ont fleuri après le 11 septembre et la promulgation du Patriot Act par George W. Bush et représentent environ 8,5% des effectifs de l’armée américaine.               

 

Passionnant sur le fond et la forme

Nero, 19 ans, rêve de faire partie de cette catégorie de combattants, ceux qui ont consenti à risquer leurs peaux dans des zones dangereuses pour espérer jouir, enfin, de la citoyenneté étatsunienne. Campé par l’amateur et convaincant Johnny Ortiz, ce personnage amalgame toutes les problématiques liées à l’immigration et remet de l’humanité là où il n’y en a plus. Il a grandi en Californie avant de se faire déporter au Mexique, où un sentiment d’apatridie l’a harnaché. Raison pour laquelle il a choisi de rallier le socle de l’oncle Sam, le temps d’un plan sublime où des feux d’artifices explosent (funestement) en arrière-plan. La première partie suit ainsi son errance végétative dans les rues de Los Angeles, où réside son frère.

 

Puis arrive la seconde. L’atmosphère change radicalement. Les décors, façon Beverly Hills, s’effilochent, ouvrant un boulevard au désert et au combat. Nero garde un checkpoint dans une zone lointaine et quasi métaphysique, symbole des songes déchus et des sacrifices infructueux. Un vrai cimetière des eldorados. Une vision désolée du rêve américain. A cet instant, on se demande ce qui est plus violent : les balles qui sifflent dans un silence pondéreux ou cette solitude ciselée jusque dans les os du héros, victime collatéral de la brutalité du monde ? Pour dénoncer sans manichéisme, Rafi Pitts prend son temps, soigne son cadre et permet aux silences de livrer des messages politiques forts. Des silences qui font le bruit d’un deuil. Celui d’une Amérique à l’agonie et qui a besoin d’un capitaine de navire à la hauteur de ses défis. 

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