"Spartacus et Cassandra" : le fabuleux destin de deux enfants roms

"Spartacus et Cassandra" : le fabuleux destin de deux enfants roms

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REVELATION - Avec Spartacus et Cassandra, en salles mercredi, le documentariste Ioanis Nuguet restitue les parcours du combattant de deux jeunes enfants roms. Lesquels ont été recueillis par une trapéziste altruiste de Saint-Denis. Metronews a rencontré le bouleversant Spartacus.

Son regard perçant porte le sceau de multiples existences. A 17 ans, Spartacus, avant-dernier d’une famille de six enfants, revient de loin. "Le jour de ma naissance, au sud de la Roumanie, j’étais peu couvert, confie-t-il. Il faisait froid et je n’ai pas crié. J’ai ri." Et pourtant, cette vie qui s’ouvre n’a rien de drôle. Elle lui réserve au contraire son lot d’embûches, surtout à partir de 7 ans, quand il quitte sa terre natale pour la France. "Mon père cherchait un travail, explique l’adolescent. On a vécu un moment chez mon oncle, dans un squat à Saint-Denis. Jusqu’à ce qu’il brûle."

Très vite, l’eldorado espéré se mue en supplice : séparation, alcoolisme du paternel, démence maternelle et expulsions en rafale. "Un jour, à l’aube, j’ai reçu de la bombe lacrymogène dans les yeux et une gifle d’un flic de la BAC, raconte Spartacus. J’avais dix ans. Mon père se faisait matraquer sous mes yeux." Une plainte sera déposée, sans suite. "Ce qui génère la violence, c’est l’impunité", réagit Ioanis Nuguet, un autodidacte interpellé par la marge, qui a consacré le documentaire "Spartacus et Cassandra" au jeune rom. "Un policier ne risque rien en étant dur avec les faibles car personne ne les défend vraiment."

Il se bat contre les clichés

A cette période, Spartacus est arrêté plusieurs fois pour vol. "Je ne voyais rien d’autre pour aider ma famille. Je n'en suis pas fier", affirme-t-il. Et d'ajouter : "Nicolas Sarkozy ou Manuel Valls, tu crois qu’ils ne volent pas de l’argent aussi ?" Le temps aidant, le jeune homme se bat dorénavant pour combattre les clichés. Tout comme Ioanis Nuguet : "La France est focalisée sur 15 000 roms roumains et bulgares, qui sont des migrants économiques. Ce n’est rien comparé aux 400.000 autres qui sont là depuis des siècles. Il y a un vrai problème de reconnaissance. Ils ont tout de même vécu un génocide. 800.000 des leurs sont morts dans les chambres à gaz."

Sa "fée" Camille, Spartacus la croise enfin dans un fast-food. Elle est trapéziste et tient un chapiteau à Saint-Denis. "Ma sœur Cassandra et moi pouvions y faire des activités, se rappelle-t-il. Elle nous a aidés, remis sur les rails et redonné goût à l’école." Aujourd’hui, tous deux vivent avec la jeune femme et le réalisateur Ioanis Nuguet, protégés par un statut de famille d’accueil. L’avenir ? Désormais Français de nationalité et médiateur pour l’association La voix des Roms, Spartacus aimerait naviguer dans les océans, aider son prochain et faire du rap. "Je m’appelle Spartacus, ma vie ressemble à des montagnes russes", lance-t-il, tout sourire. Le début d’un tube ?

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