"Star Wars" : politique, religion, diversité, féminisme… "Les Derniers Jedi" décrypter tu devras

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ATTENTION SPOILER - N°1 du box-office, en France comme partout dans le monde, "Les Derniers Jedi" divise les fans de la saga "Star Wars". Si les choix scénaristiques du réalisateur Rian Johnson sont matières à d'interminables discussions, les messages que le film véhicule sont tout aussi passionnants... Explications.

"Star Wars", c'est bien plus que du cinéma. Au-delà des prouesses technologiques, des combats au sabre laser et de l’entreprise marketing souvent décriée, la saga crée à la fin des années 1970 par George Lucas véhicule des valeurs et des messages que "Les Dernier Jedi" rafraîchit à la lumière de notre époque mouvementée… Est-ce l'influence de Bob Iger, le grand patron de Disney, auquel on prête des ambitions présidentielles ? Toujours est-il que ce 8e volet est tout sauf déconnecté de l'actualité.

Sur la guerre et la politique

Tout le pouvoir pour un seul homme ? C’est mal. Comme l’Empereur Palpatine avant lui, le Suprême Leader Snoke aimerait régner sur la galaxie les mains libres – et en peignoir brodé – sans avoir à se soucier de l’avis du bon peuple. Ni de ses rejetons putatifs, le Général Hux et Kylo Ren, dont il profite des faiblesses et attise la rivalité pour se maintenir au sommet de la pyramide. Diviser pour mieux régner, un vieux classique. Jusqu’au jour où le prodige que vous avez créé de toutes pièces se retourne contre vous… ça ne vous rappelle personne ?


Si dans Le Réveil de la Force on avait été frappé par l’esthétique très IIIe Reich des bataillons du Premier Ordre, c’est la dérision que s’autorise Rian Johnson à l’égard de cette dictature de pacotille qui surprend. Un signe des temps ? Si Les Dernier Jedi a été écrit et tourné avant l’élection de Donald Trump, son montage final s’est déroulé durant ses premiers pas à la Maison Blanche. Entre les excès d’autorités pathétique de Hux, et les crises de nerfs puériles de Kylo Ren, difficile de ne pas voir, en creux, un portrait caustique – réaliste ? - de l’ex-homme d’affaires. Dommage que Twitter n’existe pas dans Star Wars.

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Si les vilains de la nouvelle trilogie n’ont pas peur du ridicule, les héros ne sont pas forcément plus malins. Dans Les Derniers  Jedi, le jusqu’au-boutisme guerrier du super-pilote Poe Dameron entraîne la destruction de la quasi-totalité des forces de l’Alliance Rebelle, tant humaines que matérielles. Lorsqu’il ne conteste pas le bien fondé des décisions de sa hiérarchie, entièrement composée de femmes. Sale macho ! Mais là où le scénario de Rian Johnson brouille encore un peu plus les lignes, c’est lorsque le brigand DJ (Benicio Del Toro) révèle à Finn et Rose que les marchands d’armes de la planète Canto Bight commercent aussi bien avec les gentils qu’avec les méchants. Sans blague ?

Sur la religion et le terrorisme...

Si George Lucas a toujours assumé la dimension religieuse de sa saga, il n’a jamais privilégié un culte à un autre. Si la Force a quelque chose de la Foi chrétienne, c’est en réalité une spiritualité ouverte, matinée de bouddhisme et de new age dans laquelle des millions de spectateurs se reconnaissent depuis déjà 40 ans. Un sondage réalisé en ligne en 2012 révélait que plus de 500.000 personnes, rien que dans les pays anglo-saxons, se revendiquent du Jediisme, un corpus de croyances et de pratiques directement inspiré des chevaliers de Star Wars. Reste à savoir comme on l'interprète...


Car dans Les Derniers Jedi, difficile de ne pas être troublé par la façon dont Kylo Ren, bien qu’il soit manipulé par Snoke, tente de convaincre Rey de rejoindre le côté obscur de la Force. En exploitant les failles intimes de la jeune femme, en mettant en avant auprès d’elle son physique avantageux, mais aussi en lui proposant implicitement de devenir sa compagne, après avoir scellé leur rapprochement dans la violence, le méchant colérique de la nouvelle trilogie emploie des méthodes qui rappellent furieusement celles des recruteurs de Daech.

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Sur le féminisme et la diversité...

La mise en chantier de la nouvelle trilogie, après le rachat de Lucasfilm par Disney en 2012, coïncide avec la montée des revendications pour davantage de diversité à Hollywood. Ce n’est pas un hasard si dans Le Réveil de la Force, J.J. Abrams avait confié à l’acteur britannique d’origine nigériane John Boyega le rôle de Finn, le Stormtrooper repenti qui craque pour l’héroïne blanche incarnée par Daisy Ridley. Un choix qui avait provoqué une vague éphémère de racisme sur les réseaux sociaux. Dans Les Derniers Jedi, il se rapproche dangereusement de Rose, une rebelle incarnée par la comédienne d’origine vietnamienne Kelly Marie Tran. Signe que les temps ont changé, leur baiser inattendu ne semble avoir dérangé personne. Sinon pour des raisons purement scénaristiques.

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Reste la question du féminisme. Lors de la promo, la comédienne anglaise Daisy Ridley nous confiait que pour de nombreux parents, Rey était devenu un modèle pour les petites filles… comme pour les petits garçons. Faire d’une jeune femme inconnue la vedette d’un blockbuster hollywoodien était une chose. Lui confier les clés de la saga la plus populaire de tous les temps en était une autre. Car après la mort de Luke Skywalker dans Les Derniers Jedi, c’est désormais sur les épaules  de son personnage que repose l’avenir de la confrérie. Hasard ou pas, cette héroïne de l’après-Weinstein n’a clairement pas besoin des hommes pour accomplir son destin. Et forger un monde meilleur pour ses contemporains galactiques. Encore faut-il qu’il la mérite !


>> Les Derniers Jedi de Rian Johnson. Avec Daisy Ridley, John Boyega, Adam Driver. En salles.

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