Sur le tournage du nouveau porno d'Ovidie : du sexe jusqu'à pudeur

Sur le tournage du nouveau porno d'Ovidie : du sexe jusqu'à pudeur

REPORTAGE - Accueilli par un "Vous êtes acteur ?" flatteur de la part du propriétaire des lieux, metronews a passé une journée sur le plateau du nouveau film porno ET féministe d'Ovidie. Entre poils, orgasme et levrette, récit d'une journée de travail presque comme les autres.

"Vous vous êtes rencontrés ? Vous allez tourner ensemble, quand même", lance Patrick, le directeur de production, t-shirt-bermuda, basket et sourire accroché aux oreilles. Ricky Mancini et Stoya s'échangent une bise timide et un sourire, avant de retourner chacun à leurs occupations (le nez sur le smartphone pour Ricky, la tête dans les étoiles pour Stoya). "Certains acteurs ont besoin de flirter avant de tourner mais je sais que ce n'est pas le cas de Ricky. On est dans quelque chose de très professionnel", m'éclaire la pornstar de 29 ans.

Savoir filmer le tandem amoureux

Sous les combles d'un bel appartement des quais de Seine, Ovidie tourne son nouveau film porno. Un film dont le concept est inédit : "On va en fait tourner deux courts-métrages de 26 minutes. Les deux auront les mêmes acteurs, le même scénario, les mêmes décors. J'en réalise un, l'autre sera tourné par Dist de Kaerth, un jeune réalisateur". L'objectif : diffuser sur Canal Plus une version féministe et une version plus traditionnelle du même film. Mais c'est quoi la différence au juste ? La représentation du corps féminin d'abord : les aisselles sont poilues d'un côté, rasées de l'autre. Un maquillage naturel viendra relever les yeux de Stoya dans la version féministe, alors que des faux cils et du fond de teint lui serviront de costume dans la seconde.

Les vêtements ensuite : ceux d'une girl next door chez Ovidie, l'indémodable porte-jarretelles et une guêpière qui plairait tant à Marc Dorcel dans l'autre. Mais les différences ne s'arrêtent pas là. On ne filme pas la même chose dans un porno classique que dans un porno féministe : chez Ovidie, le tandem amoureux est filmé dans son ensemble. Les détails aussi, une main sur la nuque, des lèvres qui s'enlacent, des regards accrochés l'un à l'autre. Dans le porno traditionnel, il n'y a que la femme qui est filmée. Elle et seulement elle, l'homme, pas forcément très beau, n'est qu'un sexe forcément imposant, forcément en érection. Rien d'autre. A croire que les personnages d'hommes sont, eux aussi, mieux traités dans le porno féministe…

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"Fais moins sensuel"

"Stoya, on y va", lance Ovidie du ton de celle qui a l'habitude de diriger. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, la jeune femme saute en dehors de son haut et de son jean et se retrouve nue au milieu de l'équipe technique. Le preneur de son Geoffrey n'a pas levé les yeux de ses réglages, David, le cadreur a continué sa conversation. Dans un réflexe chaste, j'ai détourné le regard. La première scène de la journée est "la scène de la douche". Stoya doit se laver, hésiter à s'épiler sous les bras, et finalement épargner son épais duvet (on est dans la version féministe du film).

"Lave-toi plus énergiquement, fais moins sensuel", demande Ovidie. Seulement vêtue de son naturel, Stoya s'exécute, non sans me gratifier de quelques grimaces alors que je la prends en photo. Après la douche, s'improvise un ballet assez insolite pour le néophyte : les deux acteurs se montrent leurs tests négatifs VIH, hépatites, chlamydia etc... Et ce, alors que le préservatif est obligatoire sur les tournages d'Ovidie.

"Acteur porno, beaucoup de mecs croient qu'ils peuvent le faire mais… "

"Après quelques prises, c'est l'heure du déjeuner. L'occasion de discuter avec Ricky Mancini, 29 ans, depuis six ans dans le porno et qui a une idée précise sur l'une des qualités principales d'un acteur : "Il faut être un excité, un pervers", s'amuse-t-il. Mais, messieurs, ne croyez pas que c'est à la portée de n'importe qui. "Beaucoup de mecs croient qu'ils peuvent le faire mais quand tu te retrouves face à une équipe technique qui te dit quoi faire, quand le faire, tout en respectant les angles de caméras, il n'y a souvent plus personne".

Ovidie enfonce le clou : "C'est pour ça que je ne tourne plus avec des acteurs amateurs. Il y a moins de chemin à faire pour faire croire que des pros sont en fait de vrais amants amoureux que prendre un vrai couple et les faire avoir un rendu correct." Et quid de la préparation ? "Dix minutes avant de tourner, je me mets dans ma bulle. Soit la fille me plaît et il y a un feeling et c'est plus vraiment du boulot, soit la fille ne me plaît pas et je pense à quelqu'un d'autre…"

C'est bientôt le moment de filmer "la baise" comme on dit sur le plateau. "Je vais avoir besoin des accessoires de tournage", ellipse Ovidie. Comprendre : les préservatifs, le lubrifiant et les lingettes. Assise sur le canapé, la réalisatrice briefe ses deux acteurs : "Je ne veux pas que vous respectiez les codes classiques du porno : scène de fellation, quelques positions, puis éjaculation. Stoya, tu peux jouir après lui. Ricky, quand tu te retires, je veux bien voir la capote. Je veux qu'on y croie. Je ne vous dirai pas quand changer de position."

Effectivement à plusieurs reprises, devant les interrogations sur la mise en scène de Ricky, elle répondra simplement : "Demande à Stoya ce dont elle a envie". Stoya, elle, est toujours détendue : "J'ai l'habitude de réaliser des films donc là, en tant que simple actrice, je n'ai qu'à faire ce qu'on me dit ", explique-t-elle de sa voix douce. Stoya regarde dans les yeux quand elle vous parle et ponctue ses phrases de sourires polis.

"Fais comme si c'était pour de vrai"

Sur le canapé, Ricky commence à se masturber. "Tu n'es pas obligé d'être dur dès le début" lui signifie Ovidie. Mais l'acteur se sent plus à l'aise avec cette méthode et continue. Une fois "en forme", il range son sexe. Devant ses yeux, on peut distinguer un voile lubrique : Ricky est dans sa bulle. A ses côtés, Stoya avance une main vers le prometteur mont qui se forme derrière sa braguette. Effleure la bosse. Elle plonge son regard dans celui de Ricky et le remplit doucement d'incandescence. Place à l'indécence. Ovidie, caméra en main, son cadreur et de son preneur de son ont maintenant les traits tirés par la concentration. "Action".

Allongée sur le canapé, la cambrure de ses reins offerte à la main de Ricky, Stoya commence une fellation. Ils échangent un baiser. Pas assez fougueux pour Ovidie. "Embrasse-la comme si tu étais fou amoureux d'elle", encourage-t-elle. Puis rapidement, il la déshabille et commence un cunnilingus, la langue visible, la tête légèrement inclinée vers la caméra. "Ne pense pas aux axes de caméra, fais comme si c'était pour de vrai". Stoya gémit doucement. S'en suit une première pénétration. Puis un nouveau cunnilingus.

Des tremblements dans la danse extatique

Elle est allongée sur le dos, les jambes relevées. Le rythme de sa respiration va crescendo jusqu'à se transformer en gémissements lascifs. Ses doigts se crispent sur le canapé, sa poitrine se tend vers le ciel. La tête bascule en arrière, ses yeux bleu vert voilés se lèvent un peu sous ses paupières mi-closes. L'eau de sa bouche frôle ses lèvres. Des tremblements s'invitent maintenant dans sa danse extatique. De petites vagues s'échouent sur ses mollets et ses cuisses. Elle explose dans un râle final qui se transforme en rire nerveux de relâchement. Et murmure à son amant de fiction un "me'ci beaucu" avec un charmant accent américain. Un orgasme non simulé, j'en suis sûr.

"La magie du cinéma", sourit malicieusement Ovidie. "Super, on coupe et on change les batteries, il ne me reste que quelques minutes", lance la patronne. S'enchaînent encore deux positions. J'éternue entre deux prises et Stoya, toujours les quatre fers en l'air, me dit : "A tes souhaits". Normal. En tout, la séquence de sexe pur aura duré une petite heure, ce qui est peu par rapport aux habitudes de l'industrie (c'est souvent trois fois plus). Une fois ou deux, le musculeux Ricky, aura demandé à reprendre son souffle, comme quoi, ça arrive même aux pros… Et "à se remonter " ce qu'il réussit systématiquement. Impressionnant.

Assis sur le canapé côte à côte, les deux amants de fiction reprennent désormais leur souffle. Timidement, Ricky effleure la cuisse de Stoya qui se tient les jambes serrées, repliées sous son menton. Elle a le visage éprouvé par la fatigue. "Ça va ?". Le geste est tellement pudique qu'on en oublierait presque qu'il n’y a pas une demi-heure, il la prenait en levrette sur le canapé. "Ça va", répond-elle, parée de ce sourire poli. Son costume de scène.

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