"The End" : Gérard Depardieu hurle dans les bois… et personne ne l’entend

CINÉMA

CRITIQUE - Après "Valley of Love", Guillaume Nicloux retrouve Gérard Depardieu dans "The End", un film à petit budget disponible en e-cinéma ce vendredi. Le comédien français y incarne brillamment un homme perdu en pleine forêt, seul (ou presque) face à son destin. Verdict ?

A l’intérieur de la maison, pièces, objets et recoins expectorent une forme de lassitude, de désenchantement. Jusqu’au réveil qui annonce un jour nouveau, un jour de trop. L’homme -dont on ne connaîtra jamais le nom- se réveille dans le vide de son existence. 

Il petit-déjeune avec sa chienne, en silence, non loin d’un cadre d’où lui parvient le sourire de sa défunte épouse. Enfile sa tenue de chasse, met son fusil en bandoulière et pénètre dans une forêt avoisinante. Après quelques pas dans les bois, son clebs et son arme se volatilisent, faits mystérieux qui amorcent le début d’un cauchemar - réel ou éveillé ?

Gérard Depardieu impérial

Après l’avoir dirigé au côté d’Isabelle Huppert dans Valley of Love, Guillaume Nicloux plonge une seconde fois Gérard Depardieu dans les entrailles d’une atmosphère méphitique. Et lui attribue les traits d’un être désabusé et triste. D’un homme esseulé qui, égaré dans une nature aussi dédaléenne qu’un esprit kafkaïen, doit affronter et dompter sa propre finitude.

Rouspétant dans la touffeur, maugréant devant des scorpions, interdit face à des rencontres hallucinantes (au propre comme au figuré), notre charismatique Gégé national habite chaque plan. Son jeu, sobre, sec et juste, participe indéniablement dans la réussite de ce projet casse-gueule.

Une mise en scène sans effets superflus

Qu’on se le dise : cette oeuvre d’errance abstraite -entre Gerry et Le projet Blair Witch- aurait pu se prendre les pieds dans les multiples branches de pièges qui la guettaient. Mais Nicloux est parvenu à transformer les trébuchements de sa fine intrigue en force motrice. Grâce à une potion aussi énigmatique que les aventures vécues par le héros, le cinéaste réussit en effet à maintenir un suspens serré.

Sa mise en scène, précise (voire clinique), ne s’encombre d’aucun effet fantastique ou stylistique. Ici : rien de forcé, rien d’appuyé… The End repose au contraire, d’un bout à l’autre, sur une austérité qui, contre toute attente, a raison de l’ennui dans lequel aurait pu échouer le navire. Etonnant, donc.

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