"The Room" : le nanar culte qu'il faut voir avant de découvrir "The Disaster Artist" de James Franco

"The Room" : le nanar culte qu'il faut voir avant de découvrir "The Disaster Artist" de James Franco

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OH HI MARK - Tommy Wiseau pensait réaliser un chef d'oeuvre. Il a finalement pondu ce qui est encore qualifié de "pire film de l'histoire". Sortie en 2003, cette romance au scénario sans queue ni tête, au montage bâclé et aux images à moitié floues continue d'électriser les foules. James Franco raconte le tournage de cette catastrophe annoncée dans "The Disaster Artist", en salles ce mercredi, pour lequel il a remporté un Golden Globe en janvier.

Il fait partie de ces films tellement mauvais qu’ils en deviennent bons. Ces plaisirs coupables qu’il faut visionner au deuxième, voire troisième degré, pour en profiter pleinement. "The Room" a acquis le statut de film culte après des années de séances de minuit et un sacré travail de promotion de son acteur principal/réalisateur/scénariste/producteur, tellement fier de son bébé, Tommy Wiseau. Trop pour un seul homme ? "Il fait tout, il n'est bon à rien", résume parfaitement bien le site spécialisé Nanarland. A la mi-février, il fait salle comble par deux fois au Grand Rex pour des projections spéciales en compagnie de son compère de toujours, Greg Sestero.


L'ambiance est électrique. Les 2400 spectateurs ne tiennent pas en place, crient à chaque fois qu'un personnage entre et quitte une pièce, à chaque fois que la ville de San Francisco ou qu'une cuillière apparaît à l'écran et répètent chacune des répliques les plus attendues. Rendant l'expérience "The Room" un peu plus particulière pour les novices qui découvraient ce long-métrage auréolé du titre de "pire film de l'histoire" depuis sa sortie en 2003. Une distinction pas franchement usurpée. Par où commencer ? L'histoire, peut-être ?

"The Room" est le "Citizen Kane" des mauvais filmsUn professeur de cinéma dans Entertainment Weekly en 2008

Johnny (Tommy Wiseau), un banquier, est en couple avec Lisa (Juliette Danielle) qui le trompe avec Mark (Greg Sesteros), son meilleur ami. Ajoutez à ce pitch faiblard un scénario qui n'a ni queue ni tête, des répliques incohérentes, des images à moitié floues, un montage plus qu'hasardeux et des scènes de sexe dignes des téléfilms érotiques des années 1980. À se demander où ont bien pu passer les 6 millions de dollars de budget...  En six mois de tournage, l'équipe technique se renouvelle régulièrement. Les acteurs vont et viennent. Le script est remanié. "Certaines choses ne pouvaient simplement pas être dites. Je sais que c'est difficile d'imaginer que ça ait pu être pire. Mais ça l'était", confesse anonymement un des acteurs à Entertainment Weekly.  "Je voulais tout mettre dans ce film, comme si c'était une salade César", affirme Tommy Wiseau aux Inrocks. Ceci explique peut-être cela.

Persuadé de tenir un chef d'oeuvre, il compare sa romance à celle d'"Un Tramway nommé désir". Il dépense même 300.000 dollars dans un énorme panneau d'affichage à Hollywood pour promouvoir son bijou dès sa sortie en 2003. Il y restera cinq ans. Mais rien n'y fait. Le succès qu'il attendait n'est pas là. Les acteurs eux-mêmes préfèrent taire le projet. "Ce n'était pas un film que je voulais partager avec les gens. Pendant quelques années, The Room n'a pas fait partie de ma vie", raconte Greg Sestero à Newsweek. En 2008, il est contacté par Entertainment Weekly pour un article autour du "culte de "The Room"", qui attire les curieux lors de séances de minuit mensuelles. "Ce film expose la nature fabriquée de Hollywood. "The Room" est le "Citizen Kane" des mauvais films", y explique un professeur d'université. Greg Sesteros se lance alors dans la rédaction de The Disaster Artist, un livre racontant les coulisses de ce tournage chaotique.  Tout y est "véridique à 99,9%" selon Tommy Wiseau.

Je me suis identifié à l'histoire, aussi fou que ça puisse paraître, parce que c'est celle de rêveurs et de personnes qui galèrent pour réussir à HollywoodJames Franco au New York Times

Trois semaines après la publication, Greg Sestero reçoit un coup de fil de James Franco et Seth Rogen, désireux d'adapter son récit à l'écran. "Je lui ai donné beaucoup d'images de coulisses de "The Room", c'est pour ça que [son film] est si authentique", explique-t-il à Newsweek.  "Je me suis identifié à l'histoire, aussi fou que ça puisse paraître, parce que c'est celle de rêveurs et de personnes qui galèrent pour réussir à Hollywood", raconte au New York Times James Franco, qui reprend le rôle de Tommy Wiseau. Son frère Dave se glisse dans celui de Greg Sestero. Succès critique, "The Disaster Artist" décroche deux nominations aux Golden Globes, une aux Oscars. S'il n'avait été rattrapé par des accusations de harcèlement sexuel au lendemain de sa victoire aux Golden Globes, James Franco aurait sans doute pu prétendre à l'Oscar du meilleur acteur.

De quoi médiatiser un peu plus un Tommy Wiseau en manque de reconnaissance, même s'il se défend de courir après la célébrité. Il clame désormais que tous les défauts de son film étaient en fait recherchés. "J'ai décidé de faire le pire film jamais fait en me disant que ça pourrait être drôle, mais les gens ont mis du temps à me reconnaître cette qualité et ils pensaient que j'avais voulu faire un film sérieux", assure-t-il aux Inrocks, rappelant qu'il est même "monté sur la scène des Golden Globes avec James Franco". 

Pour ceux désireux de partager l'expérience Wiseau-Sestero, un deuxième film, "Best F(r)ients", sortira dans les prochaines semaines. Déjà culte ?

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