"The Witch" : le puritanisme américain balayé par une sorcière métaphysique

"The Witch" : le puritanisme américain balayé par une sorcière métaphysique

CRITIQUE – Après avoir fait le tour des festivals, de Toronto à Sundance en passant par Gérardmer, "The Witch" de Robert Eggers déploiera ce mercredi son aura maléfique en salles. On vous prévient : la proposition formelle que renferme ce long métrage atmosphérique va à contre-courant de la production du moment. Explications.

Aux Etats-Unis, les films d’horreur se suivent et se ressemblent (trop) souvent, un peu comme des clones sortis de l’esprit d’Aldous Huxley ou d’Ira Levin. Calibrés, marketés, assaisonnés de jump-scares (ces moments de sursaut appuyés), parfois aseptisés, ils obéissent dans leur grande majorité à une construction purement programmatique visant à engranger un maximum de dollars dès leur premier week-end d’exploitation en salles.  

Pourtant, de temps en temps, à l’instar de Mister Babadook ou It Follows, certains cinéastes se disjoignent de la cacophonie mercantile, contournant les gentils canons de peur en vigueur pour interroger des thématiques moins triviales, comme la crainte de l’autre ou le deuil. Dans The Witch, Robert Eggerts a choisi d’invoquer les codes traditionnels de la terreur pour les appliquer à une peinture, superbement éclairée par Jarin Blaschke, de l’extrémisme religieux.

La trame a beau se dérouler en 1630, en Nouvelle-Angleterre, les résonnances de cette réalisation demeurent parfaitement actuelles. On y suit l’emménagement d’un couple de bondieusards –William et Katherine– et de leurs cinq enfants au pied d’une forêt fantasmagorique et flippante dans laquelle trônerait, selon toute vraisemblance, une sorcière aux sombres doléances. Disparition de leur nouveau-né, récolte avortée… Très vite, la famille se heurte en effet à des agissements irrationnels.

Sorcière (in)visible

Inspiré de la première chasse aux sorcières Outre Atlantique, soixante-deux ans avant le fameux épisode de Salem dans le Massachussetts, The Witch et son décorum d’antan épinglent sans concession ceux qui sont toujours cadenassés dans des schémas de pensée archaïques. Bien que l’action manque parfois cruellement à l’entreprise, que le cinéaste a préférée austère et rigide (et longuette, avouons-le), ce long métrage retranscrit l’enfermement avec une mise en scène brillante.

Pour info : la sorcière qui a donné son titre à cette production n’a ni grain de beauté pileux au bout de son nez crochu ni balais volant recouvert d’une toile d’araignée. Elle est plutôt la matérialisation psychique d’un clan fermé, prisonnier de ses codes moraux, traumatisé par ce satané désir naissant qu’il faut refouler en psalmodiant frénétiquement. Davantage destiné à un public cinéphile et aguerri, ce cauchemar sensoriel devrait, malgré ses qualités formelles, égarer un paquet de spectateurs dans ses bois inextricables.   

A LIRE AUSSI >>  Notre critique de "It Follows"    

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

"Je n'avais jamais subi une telle violence" : le maire de Nice Christian Estrosi annonce qu'il quitte Les Républicains

Féminicide à Mérignac : "Ça s'est joué à une seconde", témoigne un voisin qui a essayé de s'interposer

EN DIRECT - Covid-19 : 600.000 personnes vaccinées en 24h en France, un nouveau record

"Vous lui avez volé sa vie" : la famille d'Arthur Noyer interpelle Nordahl Lelandais

Procès de Nordahl Lelandais : "Si j’avais accepté sa demande, peut être qu’on aurait évité un drame"

Lire et commenter

LE SAVIEZ-VOUS ?

Logo LCI défend l'ambition d'une information gratuite, vérifiée et accessible à tous grace aux revenus de la publicité .

Pour nous aider à maintenir ce service gratuit vous pouvez "modifier votre choix" et accepter tous les cookies. > En savoir plus.