Thomas Ngijol : "Je ne passe pas mon temps à me marrer"

Thomas Ngijol : "Je ne passe pas mon temps à me marrer"

INTERVIEW - Ngijol sans Eboué, il fallait bien que ça arrive un jour sur grand écran. A bloc, le comédien a fait son film, "Fastlife" (en salles depuis le 16 juillet) et nous raconte cette périlleuse et enrichissante aventure.

La "fastlife", c’est terminé pour Thomas Ngijol, qui signe son premier film en tant que réalisateur. Il a mûri, a trouvé ses marques auprès de Karole Rocher, l’une des héroïnes de Fastlife et la mère de sa petite fille qui vient de naître. Si l’histoire de Franklin Ebagé n’est pas tout à fait la sienne, il y a cependant des similitudes que le comédien confesse sans fard. C’est dans des choses vécues qu’il a puisé la force d’écrire son premier long-métrage, une comédie plus réaliste que ses précédents films, loin du film à gags. Celui qui a grandi dans le Jamel Comedy Club s’apprête aussi à remonter sur les planches. C’est dans la suite 504 qu’il est passé aux aveux.

Comment vous sentez-vous dans la peau du réalisateur, seul maître du navire ?
C’est une grande responsabilité, il faut être humble, généreux et à l’écoute. Etre le chef d’orchestre n’a pas été simple, mais au final je suis content, car j’ai réussi à aller au bout. Le film ressemble à ce que je voulais faire, avec ses qualités et ses défauts. Malgré tout l’amusement que j’ai pu ressentir dans l’écriture et le jeu, si je devais refaire un film, je pense que je serais moins présent à l’écran. J’ai appris à respecter encore plus les réalisateurs.

Avez-vous la pression après les succès de Case départ et du Crocodile du Botswanga ?
Je ne me mets pas la pression car le film part d’une démarche sincère. Je n’ai pas essayé de créer une formule. Je ne suis pas allé à la facilité en reproduisant des choses déjà éprouvées. J’ai voulu faire différemment, grandir, évoluer. T’as le droit de te planter, c’est plus grave de faire un film malhonnête.

Faire rire reste-t-il votre premier objectif ?
Par forcément. Je n’ai pas envie d’évoluer avec un clivage, j’évolue au gré des projets. Je ne passe pas mon temps à me marrer, je n’ai pas une tête de comique d’ailleurs. Quand on voit l’affiche du film, on ne se dit pas que c’est drôle...

"Les athlètes sont des gars lambda"

Dans quelles circonstances avez-vous mûri l’idée de faire un film sur ces gens qui ne pensent qu’à briller ?
C’est dans l’air du temps, nous sommes tous un peu piégés par les réseaux sociaux, on veut tous être un peu in. Le déclic est arrivé quand j’ai fait la soirée de trop, où j’étais entouré de plein de petits Franklin, moi-même je l’étais, je me suis élevé et je me suis dit que c’était pourri, que j’aspirais à autre chose. C’est dans ce moment de lucidité que j’ai décidé de raconter la vie d’un mec qui vit de ses rêves et qui n’arrive pas à devenir un homme.

A quel point êtes-vous proche (ou pas) de Franklin Ebagé ?
Je le trouve touchant, ce personnage. Ce n’est pas à moi de dire si je le suis, mais j’assume totalement d’être émotif. Dans ces traits on se rejoint. A une époque je n’aurais pas du tout assumé, mais maintenant j’ai la larme assez facile. Pleurer régulièrement, cela permet d’être équilibré.

Vous êtes plutôt footeux, mais vous avez préféré le monde de l’athlétisme. Pourquoi ?
Je voulais que cela soit monsieur Tout-le-Monde. Un athlète a sa petite fulgurance aux JO et après il redevient un gars lambda. Un footeux, s’il est joueur professionnel, n’a pas les problèmes d’argent que peut avoir Franklin. C’était aussi atypique de parler de l’athlétisme. Il y avait le rapport à la vitesse, le contraste avec la "fastlife", car lui n’avance pas trop et il s’appelle Franklin en plus, en référence à la tortue du dessin animé.

Votre casting est aussi atypique : Karole Rocher, Olivier Marchal, Julien Boisselier...
Pas pour moi. Ce qui est dommage dans le cinéma français, ce sont ces clivages. Karole, qui partage ma vie, est une personne très drôle, qui a le sens comique. Je voulais que Franklin soit le seul fou au milieu de gens normaux. Le décalage comique vient de sa folie. Olivier Marchal, on ne le voit pas arriver, et paf ! il rafle tout. L’interprétation, j’y crois à un certain niveau, là il n’y a pas besoin d’interpréter, il faut comprendre le personnage, ce qu’ont très bien fait Julien, Yazid, Karole et Olivier.

"Je voulais désamorcer les clichés du rap"

Kaaris joue son propre rôle dans le film, et le hip-hop y a une place importante. Etes-vous un rappeur frustré ?
Absolument. Ceux qui me connaissent savent que j’ai un gros problème avec ça et qu’il va falloir que je le règle. Mais je n’ai pas envie de faire carrière dans le rap.

Les clichés du rap ont la peau dure...
Je ne pense pas les propager dans le film, dans le sens où j’aime le rap dans toute sa diversité. Quand j’appelle Kaaris, c’est pour désamorcer les clichés. On connaît tous ces personnes dans leur musique, mais on ne sait pas ce qui se passe à l’intérieur. J’avais envie de montrer qu’ils pouvaient être construits en tant qu’hommes. C’était ça le plus important.

Vous avez tourné au Cameroun avec des acteurs locaux ?
C’était nécessaire, il était hors de question de ramener des comédiens français, cela aurait été dégradant. On a donc fait des castings, c’était très plaisant de voir l’enthousiasme présent là-bas. J’étais content car c’est mon pays d’origine et cela m’a permis de voir que c’était possible, car quand on part en tournage en Afrique on nous dit souvent que c’est trop compliqué.

Vous revenez en octobre avec un nouveau spectacle baptisé 2 (à partir du 14 octobre au théâtre Dejazet à Paris)...
Au même titre qu’il y a eu Rocky 1... il y a Thomas Ngijol 2 ! J’ai retrouvé l’œil du tigre. Je pense avoir acquis une certaine maturité pour refaire un spectacle. J’avais perdu un peu la flamme, je m’étais éloigné de la scène. J’ai commencé à écrire et je vais aller à Avignon le travailler. Avant j’étais un jeune homme, donc il y avait beaucoup de pudeur. Maintenant je suis père de famille. Je me dois d’être honnête, je n’ai pas envie d’être dans la représentation qu’on aimerait donner de moi.

Vous ne prenez pas de vacances alors ?
Si, à Avignon et à l’île Maurice, deux coins de travail et de détente. Je vais jouer dans le off pendant dix jours au théâtre Le Paris, à Avignon. Je vais venir avec un grand tableau et mon Velleda pour discuter avec le public et écrire mon spectacle avec lui : c’est comme ça que je travaille. 

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