"Tom à la ferme", le coup de maître de Xavier Dolan

"Tom à la ferme", le coup de maître de Xavier Dolan

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RENCONTRE - Avec "Tom à la ferme", l'acteur et réalisateur canadien Xavier Dolan change de registre et s'oriente brillamment vers le thriller. Il nous plonge dans le deuil tourmenté d'un jeune homme fragile. Explications.

"Je veux plaire à mes parents et les impressionner", prévient Xavier Dolan. A tout juste 25 ans, on peut dire que l'acteur et réalisateur québécois a d'ores et déjà réussi ce noble pari. Après les succès de J'ai tué ma mère, Les amours imaginaires et Laurence Anyways, l'intéressé se met en scène avec brio dans Tom à la ferme, un quatrième long métrage adapté de l'œuvre homonyme du dramaturge Michel Marc Bouchard.

"J'ai eu un coup de foudre pour la pièce, se souvient-il. Très vite, j'ai compris qu'on pouvait en tirer un véritable thriller psychologique. Quelque chose qui marquerait une rupture par rapport à mes précédents drames sentimentaux." Dolan y incarne Tom, un jeune homme peroxydé qui se rend à la campagne pour les funérailles de son amant. "Il se sent coupable de cette mort, explique-t-il. Le frère du défunt lui propose alors, de manière toxique, de devenir quelqu'un d'autre pour protéger sa maman éplorée."

Tourner tant qu'il est possible

Dans ce jeu de rôle "malsain et tordu", le héros trouve alors une forme d'expiation et de rédemption. Une façon d'oublier graduellement son chagrin et les fondements de sa propre identité. Loin des excentricités fulgurantes qu'on lui connait, Dolan opte ici pour une mise en scène minimaliste, portée par la BO hitchcockienne de Gabriel Yared. "Tout est très différent cette fois : les cadrages, le rythme, le nombre de personnages et de lieux, le temps des répliques, le non mouvement de la caméra..., avoue-t-il. C'est toujours une victoire que de pouvoir évacuer de suite certains instincts et réflexes."

Bien plus qu'une simple claque formelle, on tient là une œuvre vénéneuse sur le poids de l'intolérance et de l'incommunicabilité. Derrière la noirceur des rapports unissant les deux protagonistes du récit se glisse en effet une poignante dénonciation de l'homophobie ordinaire. "Il nous reste 7 ou 8 ans pour faire les choses comme on les entend avant que la civilisation actuelle ne se désagrège", regrette-t-il. Avec des idées pareilles en tête, pas étonnant qu'il ait (déjà) terminé son prochain film, Mommy, qui pourrait se retrouver à Cannes en mai prochain. Un génie à plein régime, donc.

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