"Mission : Impossible - Fallout", la critique :  crépusculaire et émouvant, du grand art

"Mission : Impossible - Fallout", la critique : crépusculaire et émouvant, du grand art

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ON ADORE - Tom Cruise retrouve l'agent Ethan Hunt dans le 6e volet de la saga "Mission : Impossible", en salles le 1er août. Un personnage qui lui colle à la peau et avec lequel il s'offre de nouvelles aventures spectaculaires. Mais pas seulement, le film dressant en creux un portrait d'une star qui refuse de vieillir. Pour notre plus grand plaisir...

C’est le rôle de sa vie. Au cours de son impressionnante carrière, Tom Cruise a incarné des personnages plus "épais" que l’agent Ethan Hunt. On pense, parmi d’autres, à T.J. Mackey, le gourou du sexe torturé de "Magnolia" de Paul Thomas Anderson. Ou à Bill Harford, le mari rongé par le désir d’"Eyes Wide Shut" de Stanley Kubrick. Aucun, pourtant, pas même le Maverick de "Top Gun", ne synthétise à ce point la légende de l’un des comédiens les plus insaisissables de sa génération. Une vedette charismatique, dont le sourire carnassier souffre à peine du poids des années. Un type notoirement accro à l’adrénaline, qui réalise lui-même ses cascades, surtout les plus folles, donnant des sueurs froides à son assureur. Un homme secret aussi, dont l’appartenance à une organisation controversée n’est, au fond, pas si éloignée de l’existence clandestine de son double de fiction.


En 1996, Tom Cruise a 34 ans lorsque la Paramount lui propose de tenir le rôle principal d’un premier film, inspiré de la célèbre série télé des années 1960. Il a déjà de nombreux succès à son actifs et il vient de lancer sa propre société de production afin de piloter sa carrière indépendamment du bon-vouloir des autres. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il est partie prenante dans le choix des réalisateurs de la saga. Son idée, au départ,  est de confier chaque épisode à un auteur différent afin qu’il y appose sa patte. Brian De Palma, John Woo, J.J. Abrams, Brad Bird… Mais en off, tout le monde sait que le patron de "Mission : Impossible", c’est lui.

En 2018, la cinquantaine passée, Tom Cruise est plus que jamais lancé dans une course folle. Contre les méchants qui veulent faire sauter la planète. Contre le temps qui menace son éternelle jeunesse. Contre ceux aussi qui ne se plieraient pas à sa vision de la saga. En plein tournage du 4e volet, il en avait confié la réécriture à Christopher McQuarrie, l’auteur du scénario Oscarisé de "Usual Suspects". Depuis, ces deux-là ne se quittent plus. Leur mot d’ordre ? Toujours plus beau, toujours plus grand. Toujours plus fou. Si "Rogue Nation" était un feu d’artifice, alors "Fallout" est une symphonie.


Tout commence par un rêve, qui se change bien vite en cauchemar. Sur un coin de paradis, Ethan et son épouse Julia (Michelle Monaghan) renouvellent leurs vœux sous l’œil malicieux d’un prêtre qui est en réalité Soloman Lane (Sean Harris), le méchant schizo de l’épisode précédent. Lorsque notre agent secret préféré se réveille en sursaut, nous sommes dans une vieille baraque à Belfast où il reçoit son nouvel ordre de mission. Sur la piste de John Lark, le mystérieux commanditaire de l’enlèvement d’un expert en arme nucléaire, il retrouve à Berlin Benji (Simon Pegg), son  geek préféré, et  Luther (Ving Rhames), le vieux complice dont il sauve la peau en commettant une terrible erreur…


Sympa, on ne vous dit pas de quoi il en retourne exactement. Sinon que la petite bande de l’IMF va devoir se rendre à Paris pour intercepter Lark lors d’une rencontre au sommet avec la Veuve Blanche, une intermédiaire aussi redoutable que sexy… Comme chaque épisode de la franchise "Fallout" enchaîne les rebondissements, les trahisons, les tours de passe-passe et les séquences renversantes. Mais ce 6e volet se distingue des précédents à plus d’un titre. Et toujours pour le meilleur, comme si le Tom Cruise au bord du précipice de ses précédents films – au hasard "La Momie" ? – retombait miraculeusement sur ses pattes à chaque fois qu’il enfile son costume fétiche. Et ce n’est pas qu’une métaphore.

Il y a d’abord quelque chose d’émouvant dans la façon dont la star utilise son propre vieillissement pour servir son personnage. La nouvelle patronne de la CIA (Angela Bassett) jugeant Ethan Hunt désormais trop tendre, et à vrai dire moins fiable qu’auparavant, elle l’affuble en effet d’un cerbère plus grand, plus jeune, plus viril aussi en la personne du playboy moustachu August Walker, incarné par Henry Cavill, le Superman des blockbusters bodybuildés de Zack Snyder. Pour s’en défaire, Papy Cruise va devoir redoubler d’efforts – et d’ingéniosité. Surtout lorsqu’on l’accuse, à tort, d’être l’agent double que tout le monde recherche.


Les scènes d’action, à couper le souffle comme toujours, exploitent elles aussi les nouvelles failles du héros. Même lorsqu’il arpente Paris à moto, la police nationale à ses trousses, et bien qu’il parvienne à traverser la place de l’Etoile à contresens, il est moins précis, moins lucide, tout simplement moins alerte qu’auparavant. Et dès qu’il doit poursuivre le méchant du film en courant sur les toits de Londres, il est rapidement distancé, soupirant à l’idée d’effectuer un saut périlleux devant les pensionnaires impatients d’un open space en altitude. Christopher McQuarrie semble d’ailleurs avoir conservé au moins un plan de la réception manquée au cours de laquelle sa vedette s’est cassée la cheville durant le tournage dans la capitale britannique, le contraignant à suspendre le tournage pendant plusieurs semaines.

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La chute de Tom Cruise lors du tournage de Mission impossible 6

S’il retrouve des couleurs lors d’un dernier acte dantesque, Cruise / Hunt a aussi des bobos à l’âme. Comme l’acteur, le héros a connu des hauts et des bas en privé. A cause de ses choix de vie. De sa réputation compliquée aussi sans doute. Depuis qu’il s’est séparé de Katie Holmes, la mère de sa fille Suri, Tom n’a plus de girlfriend et de vie de famille. Comme lui peut-être, Ethan a peur de s’engager avec Ilsa (la divine Rebecca Ferguson), la belle espionne anglaise qui lui a donné le tournis dans le dernier épisode. Il faut dire qu’il se sent toujours aussi coupable d’avoir abandonné Julia, son épouse, en raison de son emploi du temps très… chargé. Et lorsque une petite nouvelle lui fait de l’effet, il tergiverse et la laisse faire le premier pas. Sans étreinte ni lendemain.


"Mission : Impossible - Fallout" se savoure donc comme un portrait en creux de son comédien principal, connu de tous et pourtant si éloigné du commun des mortels. Mais c’est avant tout un divertissement de gamme qui trouve sa singularité en délaissant un peu l’humour et la couleur au profit d’une gravité nouvelle et d’une noirceur intimidante, soulignée par la BO vrombissante de Lorne Balfe. Tout au long du film, splendidement mis en lumière par le chef opérateur Rob Hardy, il règne une atmosphère cafardeuse, incertaine comme un saut en parachute en plein orage au-dessus de la verrière du Grand Palais, transformée en dernier dancefloor avant l’apocalypse. Les éclaircies, comme ces éphémères retrouvailles entre Ethan et Ilsa dans les jardins du Palais Royal, n’en sont que plus savoureuses.


Enfin si l’intrigue a été pensée avant l’élection de l’actuel pensionnaire de la Maison Blanche, elle dresse, à l’instar d’une série politique comme la controversée "Homeland", le portrait d’une administration américaine gangrenée de l’intérieur, ne laissant plus de place, ou presque, aux idéalistes au grand coeur que représentent Ethan Hunt et les siens. 22 ans après avoir perdu tous les membres de son équipe dans le premier film, ce grand solitaire n’a d’ailleurs jamais été aussi entouré. Envisage-t-il de passer le relais à l’un (ou l’une) de ses camarades de jeu ? Le plus tard possible alors…


>> "Mission : Impossible - Fallout", de Christopher McQuarrie. Avec Tom Cruise, Henry Cavill, Rebecca Ferguson, Ving Rhames, Simon Pegg... Durée : 2h24. En salles le 1er août.  

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