"Tout l’argent du monde" : notre avis sur le film de Ridley Scott… sans Kevin Spacey

ON AIME – Confronté aux frasques sexuelles de Kevin Spacey, le cinéaste britannique Ridley Scott a retourné toutes ses scènes dans "Tout l'argent du monde" en un temps record avec un autre acteur, le vétéran Christopher Plummer. Une opération invisible à l’écran. Et qui, d’une certaine manière, offre une exposition inespérée à cet excellent thriller, inspiré de l’histoire vraie du kidnapping de l’héritier du magnat du pétrole John Paul Getty, dans les salles ce mercredi.

C’est un film qui a déjà sa place dans l’Histoire du cinéma. Le 8 novembre dernier, Ridley Scott annonçait sa décision de remplacer Kevin Spacey, englué dans un scandale sexuel sans précédent, par le vétéran Christopher Plummer dans son prochain film, Tout l’argent du monde. "Nous ne pouvions pas laisser les agissements d’un membre de l’équipe impacter le travail de tous les autres", expliquera à Entertainment Weekly le cinéaste britannique.


Le hic, c’est que le tournage était déjà terminé depuis plusieurs semaines lorsque l'affaire a éclaté. Et que la sortie était en salles était prévue pour la fin décembre. Malin, l’auteur de Gladiator et Blade Runner va profiter des quelques jours consacrés à la promo du film pour convoquer les autres comédiens, Mark Wahlberg et Michelle Wiliams au premier chef, afin de retourner toutes les scènes où elles jouaient avec Kevin Spacey, en Italie et en Grande-Bretagne notamment.

Hormis une brève séquence filmée à l’origine en Jordanie, et retouchée grâce à la magie des effets spéciaux numériques, il n’y a donc plus aucune trace du travail de l'acteur désormais maudit à Hollywood. Pour la petite histoire, c’est à Christopher Plummer que Ridley Scott avait pensé à l’origine pour incarner le cupide milliardaire John Paul Getty, avant que les producteurs lui suggèrent un Kevin Spacey jugé plus "bankable"…


En découvrant Tout l'argent du monde, on oublie vite la star controversée de House of Cards. Parce que son remplaçant livre une performance absolument époustouflante, encore plus si l’on considère qu’il n’a eu quelques jours pour préparer le rôle. Mais surtout parce que c’est un excellent film de Ridley Scott, une sorte de cousin seventies du sous-estimé Cartel, le narco-thriller glaçant que lui avait écrit le romancier Cormac McCarthy en 2013.

En vidéo

"Tout l'argent du monde" : un extrait du film avec Michelle Williams

Tout l’argent du monde débute par le rapt, dans les rues de Rome, de Paul, le petit-fils à la gueule d’ange du magnat du pétrole, par une bande de bras cassés qui réclament la bagatelle de 17 millions de dollars à Gail Harris, la mère du garçon. Le problème, c’est que cette dernière n'a plus un sou depuis qu'elle a divorcé de Getty Jr. Et qu’elle entretient des relations glaciales avec son ex beau-père. Refusant de payer, le patriarche confie l’affaire à Fletcher Case, un ancien de la CIA  qui s’envole pour l’Italie avec Gail.


C’est le début d’une guerre des nerfs que Ridley Scott orchestre avec une efficacité redoutable, sans jamais se départir d’un humour noir… mais alors très noir. Sous le vernis de la reconstitution soignée, le cinéaste livre une charge corrosive contre la cupidité des puissants, sans jamais tomber dans la caricature. La clé de voute de cette satire de haut vol, c’est le personnage de Gail, incarnée par Michelle Williams.

La comédienne livre une performance toute en nuances, qu’elle réprime sa colère envers l’odieux patriarche, refuse de céder au désespoir face à la presse qui la traque ou tance le débonnaire Fletcher Case, incarné par un Mark Walhberg impeccable, qu’on n’avait pas trouvé aussi bon depuis The Fighter, en 2010. Si le jeune Charlie Plummer (rien à voir avec Christopher) est totalement crédible en héritier torturé par ses bourreaux, dommage en revanche que Ridley Scott soit allé demander à Romain Duris de jouer un mafioso bien trop caricatural…


Les "reshoots" de Tout l’argent du monde auraient coûté pas moins de 10 millions de dollars à Ridley Scott et ses producteurs, soit un quart du budget initial du film. Une somme que le monstrueux Getty Sr. aurait certainement jugé dérisoire. L’ironie du sort, c’est qui si le cinéaste craignait l’impact négatif de la présence de Kevin Spacey, il s’est offert une campagne de pub inespérée en effaçant ce dernier avant même la moindre condamnation judiciaire, rappelons-le. Business is business, n’est-ce pas ?


>> Tout l'argent du monde de Ridley Scott. Avec Michelle Williams, Mark Wahlberg, Christopher Plummer. Durée 2h15. En salles le 27 décembre 2017

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Kevin Spacey, un autre scandale sexuel à Hollywood

Plus d'articles

Sur le même sujet