"Tout le monde m’aime mais personne ne me veut" : rencontre avec Marcello Fonte, la révélation de "Dogman"

PORTRAIT - C'est la révélation de "Dogman", le nouveau film de Matteo Garrone, le réalisateur "Gomorra", en salles en France ce mercredi. Marcello Fonte, 39 ans, a enchaîné les petits boulots avant de décrocher le rôle qui lui a permis de remporter le prix d'interprétation au dernier Festival de Cannes. De passage à Paris, il s'est confié auprès de LCI.

Enfant, Marcello Fonte rêvait de devenir pompier. "J’ai toujours eu tendance à vouloir aider les autres", explique la vedette de "Dogman", prix d’interprétation mérité au dernier Festival de Cannes. "Ça me fait plaisir… et ça me permet d’oublier mes propres problèmes." Quand il débarque à Rome, quelques années plus tard, ce fils de maçon calabrais n’a pas les diplômes requis pour rejoindre les soldats du feu. Alors il va faire d’autres métiers. Plein de métiers. 


"J’ai été musicien, boucher, barbier, plombier, marchand de fruits", énumère pour nous le comédien de 39 ans. Deux mois après son sacre sur la Croisette, on le retrouve dans la cour ensoleillée d’un hôtel de la place des Vosges, à Paris. "J’ai travaillé cinq ans dans une crêperie et huit ans dans une galerie d’art. J'ai rénové des maisons. Et j’ai aussi fabriqué des bagues !", continue-t-il en retirant le bijou en fer forgé qu’il porte à l’annulaire pour nous le montrer.

J’aime être sur un plateau. J’aime me salir avec le travail. Respirer l’air, sentir le sable sous mes pas et la pluie sur ma peauMarcello Fonte

Dans le film de Matteo Garrone, le talentueux réalisateur de "Gomorra", Marcello joue… Marcello, toiletteur pour chiens dans une petite cité balnéaire au Sud de l’Italie. Divorcé, il partage son temps libre entre sa fille et  Simoncino, son ami d’enfance, une brute épaisse, le coup de poing facile et le nez dans la cocaïne. Le personnage semble avoir été écrit sur mesure pour son interprète à l’écran. Pourtant il est inspiré d’un fait divers qui a secoué le pays dans les années 1980.


"C’est un homme doux, fragile. Il a peur, très peur", raconte Marcello Fonte comme s’il le connaissait depuis toujours. "Il évite la violence, du moins il ne la cherche pas. Il aime sa fille, mais aussi son travail et les gens du quartier dans lequel il vit. Il voudrait être un bon père de famille." Si le film est noir, très noir, le comédien a vécu le tournage comme une parenthèse enchantée, lui qui n’avait à son actif qu’une poignée de seconds rôles.


Autant dire qu’il ne s’imaginait pas un seul instant recevoir un prix d’interprétation sur la scène du Palais des Festivals. Des mains de son illustre compatriote Robert Benigni de surcroît. "Vous savez, je fais les choses dans l’instant, pas pour gagner des prix", assure-t-il lorsqu’on l’interroge sur son triomphe cannois. "J’aime être sur un plateau. J’aime me salir avec le travail. Respirer l’air, sentir le sable sous mes pas et la pluie sur ma peau."

Sa notoriété soudaine n’a rien changé, ou presque, à sa vie quotidienne. Il vit toujours dans une petite pièce sombre du Nuovo Cinema Palazzo, le théâtre abandonné de Rome dont il a pris possession il y a huit ans avec une bande de copains squatteurs. C’est là que Matteo Garrone l’a découvert, sur scène, dans une pièce de théâtre jouée par d’anciens détenus. L’un d’entre eux gravement malade,  Marcello Fonte l’avait remplacé à la dernière minute.


De son propre aveu, la star discrète de "Dogman" a "beaucoup de connaissances mais peu d’amis" dans la vie. Et pas de petite copine. "Tout le monde m’aime mais personne ne me veut !", soupire-t-il. "Lorsque j’ai gagné le prix à Cannes, je pensais que j’allais rencontrer la femme de ma vie. Mais les filles t’attrapent, elles font une photo avec toi et après elles te disent 'Ciao !'. Et puis il ne reste rien."

>> "Dogman" de Matteo Garrone. Avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria. En salles le 11 juillet.

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