"Un Français" : Diastème "rêve que ce pays se débarrasse de cette haine inouïe qui l’a gagné"

"Un Français" : Diastème "rêve que ce pays se débarrasse de cette haine inouïe qui l’a gagné"

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INTERVIEW - Dans "Un Français", en salle ce mercredi, Diastème tire le portrait d’un skinhead repenti sur trois décennies marquées par la montée du Front National. La bande-annonce du film à peine sortie, les insultes fusaient sur la toile et la polémique enflait, entraînant la réduction du nombre d’avant-premières et de copies du film. Après avoir raconté ces évènements sur son blog, le cinéaste a accordé un entretien à metronews pour faire le point.

Comment est née l’idée de ce film ?
J’avais écrit un texte nommé "Un Français" pour parler du climat un peu bizarre dans lequel on vivait au moment du mariage pour tous. Et puis, quand la mort tragique de Clément Méric est arrivée, je me suis dit qu’il fallait faire un film sur ce sujet qui n’avait pas encore été traité : je voulais essayer de comprendre comment un homme pouvait se débarrasser de la haine, de la violence et de la colère qu’il a en lui. J’ai appliqué ça aux skinheads mais ça aurait pu être autre chose. L’extrême droite n’est qu’un contexte.

Mais pas un contexte anodin.
C’est un univers que je connais. J’ai grandi dans une banlieue dans laquelle mes camarades de bac à sable sont devenus skinheads. Et moi, en 1985, j’étais à Nanterre avec Touche pas à mon pote, au moment des combats avec les skins, des descentes… J’ai vu la haine grandir petit à petit. Pour les gens de ma génération, le Front national est devenu imposant en 1984 : nous avons passé nos trente ans de vie d’adulte entourés de ça.

Avez-vous effectué un travail d’enquête ?
J’ai rencontré beaucoup d’anciens skinheads de cette génération. Certains ont fait de la taule, d’autres n’ont pas bougé mais beaucoup ont changé. Mon film n’est pas un conte de fées : ils sont nombreux à avoir rompu avec toute haine, à être devenus éducateurs, à inculquer aujourd'hui le respect au gamin. J’en connais même un qui est devenu moine bouddhiste…

"Vous connaissez beaucoup de salles qui refusent des avant-premières ?"

Et pour les partisans du Front national ?
La vie en a mis sur mon chemin et, surtout, je suis auteur. Je sais me mettre dans la peau d’un personnage, quel qu’il soit, que je partage ses idéaux ou non. Je n’ai pas de morale quand j’écris. Je veux comprendre mes personnages, ce qui ne veut pas dire que je les excuse. J’ai cherché à traiter tous mes personnages sans caricature, sans malhonnêteté.

Mais considérez-vous votre film comme politique ?
Si vous parlez d’appel au vote, de politique au sens partisan du terme, pas du tout. Si vous parlez d’une vision globale sur ce qu’est la vie en société, bien sûr ! Je rêve que ce pays se débarrasse de cette haine inouïe qui l’a gagné.

Vous avez écrit sur votre blog que certaines avant-premières avaient été annulées. Mars Distribution dit "refusées". C’est-à-dire ?
On m’avait dit qu’il y avait 50 avant-premières organisées puis on m’a annoncé au téléphone qu’elles avaient été annulées, à l'exception de quelques-unes. Mais le résultat est le même : vous connaissez beaucoup de salles de cinéma qui refusent des avant-premières de films ? C’est assez rare… Quant au nombre de copies, Mars Films m’en avait annoncé 100 au départ, puis cela a été réduit à 50.

Pour quelles raisons ?
Quand la bande-annonce a été mise en ligne, il y a eu un déferlement de haine et d’insultes via les réseaux sociaux. Ça n’a pas installé un climat très engageant pour les exploitants… Mais je ne citerai pas de noms. Ça m’ennuie qu’ils ne prennent pas mon film, surtout s’ils l’aiment, mais je ne vais pas pointer du doigt un exploitant pour qu’il aille se faire pourrir. Et puis en avoir parlé fait qu’on arrivera peut-être à gagner quelques copies. Les gens pourront alors donner un avis sur un film, et pas sur une bande-annonce et un résumé.

Et que répondez-vous à ceux qui disent que la "polémique" sert aussi de publicité du film ?
Il paraît que Le Monde a fait une brève très sympathique, disant que j’avais organisé tout ce truc. Ça fait vingt-huit ans que j’écris : si j’avais ce talent marketing, je m’en serais servi avant. Et je ne sais pas si le fait qu’on parle d’un film pour de mauvaises raisons est mieux que le fait qu’on n’en parle pas du tout.

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