UN JOUR À DEAUVILLE. Partie 2

CINÉMA
EN DIRECT DE DEAUVILLE. Michael Moore n’est pas là, Donald Trump est partout, Todd Solondz bouscule la compétition ("Le Teckel"), Douglas Kennedy raconte tout… Les artistes ont des choses à nous dire au Festival de Deauville.

Attention tout le monde, Michael Moore ne vient plus au Festival de Deauville. On le sait depuis vendredi, via un mail sobre des attachés de presse: "Nous sommes tristes de vous annoncer que Michael Moore a dû annuler sa venue en France. Une urgence familiale est survenue, et Michael ne pouvait quitter sa famille dans l’épreuve qu’elle traverse. Nous lui témoignons tout notre soutien". Bon. Dommage car Michael Moore, assez dément en interview, aurait certainement eu de jolies choses à dire sur les futures élections américaines et sur un certain Donald Trump qui, entre nous, hantent les esprits de nos cinéastes américains actuels.

De l’avis des journalistes ayant pu le découvrir en amont en projection de presse, Where to invade next serait aussi passionnant qu’énervant. En gros, à l’image des autres documentaires de Michael Moore. Un peu comme à la fin de Sicko (2007) lorsqu’il interrogeait des bourgeois français sur leurs conditions sociales paradisiaques, leurs vacances grassement payées par le gouvernement. Notre collègue (F.C. pour ne pas le désigner) assure même: "Dans le meilleur des cas, Michael Moore est un agent double, infiltré dans la sphère contestataire pour la décrédibiliser de l’intérieur. Dans le pire, c’est un homme d’affaires suffisamment cynique pour exploiter la colère des plus faibles en leur faisant miroiter une herbe plus verte."

Troisième film présenté en compétition : Le Teckel de Todd Solondz. Quatre histoires a priori déconnectées, reliées par un teckel, de l’enfance à la vieillesse, racontant comment n'importe quel être humain rêve, se transforme, perd ses illusions, meurt. Hilarité et tristesse, plus que jamais, chez le réalisateur du terrible Happiness. Applaudissements chaleureux à la fin de la projection même si, comme toujours avec Solondz, ça divise entre ceux qui adhèrent à cette féroce vision de l’humanité et ceux qui la rejettent en bloc. 

Plus tard, nous avons rencontré le réalisateur Todd Solondz qui, pour l’occasion, arborait une nouvelle paire de lunettes aux contours bleus pour le soumettre à la question : pourquoi a-t-il finalement sauvé le personnage de Dawn Wiener, l’héroïne de Bienvenue dans l’âge ingrat qui se suicidait au début de Palindromes et qui réapparaît comme par magie sous les traits de Greta Gerwig? Comment a-t-il pensé à Julie Delpy pour jouer une maman méchante et à Tracy Letts, scénariste de Bug et de Killer Joe, pour jouer un papa infect? Est-ce qu’il n’en a pas marre d’être traité de misanthrope alors que ses personnages derrière leur apparente superficialité révèlent en réalité un abîme existentiel déchirant? Est-ce normal que désormais on pleure à ses films? Et puis Ellen Burstyn, extraordinaire. Il faudra écrire des lignes et des lignes sur ce Teckel. On y reviendra au moment de sa sortie le 19 octobre.

Nous enchaînons avec le romancier Douglas Kennedy, membre du jury présidé par Frédéric Mitterrand, qui, entre deux souvenirs cinéphiles, commente l’état actuel des Etats-Unis: "Certes, j’ai décidé de revenir vivre aux Etats-Unis après trente ans en Europe, tout en conservant un pied-à-terre à Paris. Mais j’ai toujours un billet aller-retour. Pour moi, il était très important d’acheter une maison dans le Maine et de revenir à New York après mon divorce. Pourquoi? Parce que c’est chez moi. C’est mon pays. C’est un pays que j’adore et j’ai beaucoup d’inquiétude, surtout cette année avec ce dangereux monstre de Donald Trump. Les sondages lui sont favorables pour le moment, mais ils varient souvent d’une semaine à l’autre. On verra. Aux Etats-Unis, et c’est partout dans le cinéma américain, on est très schizophrène. Il y a une partie brillante, cultivée, progressiste ; il y a aussi une partie ignorante, conservatrice, très fermée à l’autre." On ne parlera évidemment pas des films en compétition. Secret professionnel oblige.   

A Deauville, la vie poursuit son rythme, les films s’accumulent, les Muppets muppétisent et pendant toute la journée, le stress monte, une question insoutenable demeure : est-ce que, yes or no, James Franco viendra bien à Deauville cette année ? Sur les coups de 18 heures, on sait, la réponse est yes. Texto de l’attaché de presse qui nous donne, enfin, le lieu et l’horaire de l’entretien ce lundi. A suivre donc. 

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