"Une vie" : Stéphane Brizé signe une adaptation soignée mais aride de Maupassant

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ON HESITE – Stéphane Brizé, le réalisateur de "La Loi du Marché", concrétise un projet dont l’idée germait dans son esprit depuis 20 ans : adapter "Une vie" de Guy de Maupassant. Mais, les désillusions de son héroïne vont ici de paire avec celle du spectateur. Reste le talent de la jeune comédienne Judith Chemla, épatante.

Changement d’époque pour Stéphane Brizé, le réalisateur de Mademoiselle Chambon et La loi du Marché, chronique sociale et intime qui avait valu le prix d’interprétation cannois à Vincent Lindon en 2015. Le cinéaste français nous propulse en 1819, en Normandie, dans la vie de la baronne Jeanne Le Perthuis. Après des études au couvent, elle pensera trouver l’amour absolu en la personne de Julien Lamare qui, très vite et malgré son charme, se révélera infidèle, violent, avare. Et cela ne sera que le début des désillusions pour la jeune femme qui, pendant les trois décennies qui suivront, se fanera au gré des saisons...

Economie de mots et d'artifices

Et Stéphane Brizé de justement refléter dans la nature environnante et la manifestation des éléments l’état psychologique de son héroïne malmenée. Totalement organique, majoritairement filmée sans lumière artificielle, son adaptation du premier roman de Guy de Maupassant mise sur l’économie de mots et d’artifices. Le parti pris est intéressant mais le résultat aride. La faute à un scénario qui, à force de privilégier l’anecdotique au gré de saynètes déstructurées, annihile tout souffle romanesque et tue toute forme d’empathie pour cette amoureuse victime de l’égoïsme des hommes (son mari puis son fils). 


C’est d’autant plus regrettable que la trop rare Judith Chemla (vue dans Camille redouble et Ce sentiment de l’été) est épatante de fragilité et de délicatesse, qu’elle joue l’idéaliste de 20 ans ou la femme abandonnée de 47 ans. Tout était réuni pour passionner. Tout. Sauf l’émotion. 

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