"A Beautiful Day" : faut-il (ou pas) être marteau de ce thriller ultraviolent avec Joaquin Phoenix ?

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ON HÉSITE – En salles ce mercredi, "A Beautiful Day" met en scène Joaquin Phoenix dans la peau de Joe, une brute suicidaire au coup de marteau facile quand il s'agit d'en découdre avec un réseau pédophile. Si la performance de l’acteur, primé à Cannes, est indiscutable, la violence hyper esthétique de la réalisatrice Lynne Ramsay pose question.

Mercenaire au passé trouble, Joe est chargé de sauver la fille d’un sénateur des griffes d’un réseau pédophile. Une mission presque trop facile pour cette brute meurtrie, qui se serait déjà mis une balle dans la tête depuis belle lurette s’il n’avait la responsabilité de sa vieille mère acariâtre. Evidemment rien ne va se passer comme prévu… Interprété par un Joaquin Phoenix ombrageux comme on l’aime, A Beautiful Day vaut-il pour autant le détour ?

OUI, parce que Joaquin Phoenix est impérial

Du tourmenté Commode de Gladiator au dépressif Theodore de Her, en passant par ses performances épatantes dans Walk the line, Two Lovers ou encore The Master, Joaquin Phoenix est l’un des rares comédiens de sa génération qui fait TOUJOURS l’unanimité. Visiblement, la réalisatrice britannique Lynne Ramsay (Ratcatcher, We Need To Talk about Kevin) brigue la présidence du fan club, tant ce vrai-faux film noir est en réalité une déclaration d’amour à son intimidante vedette. Barbu, l’œil noir, en larmes ou ensanglanté, torse nu ou en costard noir, le marteau toujours à portée de main… Un véritable phénomène qui n’a pas besoin de beaucoup de mots pour imprimer une intensité hors du commun sur la pellicule. Et qui a décroché logiquement le prix d’interprétation sur la Croisette en mai dernier.

NON, parce que le scénario n’est pas à la hauteur

Avoir un grand comédien dans son film, c’est bien. Lui proposer une intrigue qui tient la route, c'est mieux. On se demande encore si le jury du dernier Festival de Cannes ne s’est pas trompé d’enveloppe lorsqu’il a remis à Lynne Ramsay le prix du scénario pour cette histoire de réseau pédophile qui profite aux puissants, inspiré d’un court roman de Jonathan Ames, le créateur de la série Bored to Death. Si A Beautiful Day est présenté ici et là comme un nouveau Taxi Driver, son antihéros arpentant les bas-fonds de New York à la manière du Travis Bickle joué par Robert De Niro, la faible épaisseur du récit et des personnages secondaires le rapproche davantage d'un Taken version arty…

OUI, parce que c’est visuellement superbe

Si A Beautiful Day captive malgré tout, sa mise en scène sophistiquée y est pour beaucoup. Entre lumières crues, plans séquences hallucinés et fulgurances psychédéliques, le chef opérateur Thomas Townend fait des merveilles pour donner corps à cette descente aux enfers qui mise davantage sur l’atmosphère que l’action pure. Et puis après We Need To Talk About Kevin, Lynne Ramsay a de nouveau fait appel à Jonny Greenwood, le brillant guitariste de Radiohead, pour orchestrer une bande originale hypnotique branchée sur la psyché tourmentée de Joe…

NON, parce qu’on ne ressent (presque) jamais la violence

Le hic, car il y en a un, c’est qu’à force de vouloir faire du beau avec du laid, la quête esthétique de Lynne Ramsey finit par anesthésier la violence physique ET psychologique qu’on est en droit d’attendre d’un film de vengeance. On a bien compris que la réalisatrice voulait contourner les règles du genre, privilégiant le hors champ à la brutalité frontale. Voir Joaquin Phoenix massacrer ses victimes à coups de marteau aurait sans doute été insoutenable pour de nombreux spectateurs. Mais alors pourquoi le filmer en gros plan lorsqu’il s’arrache une dent à la pince ?

>> A Beautiful Day, de Lynne Ramsay. Avec Joaquin Phoenix, Ekaterina Samsonov, Giovanni Ribisi.. Durée 1h30

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