Pourquoi "Phantom Thread" est le film le plus chic de l’année

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COUP DE CŒUR – Dans "Phantom Thread", en salles ce mercredi, Paul Thomas Anderson met en scène la romance vénéneuse entre un grand couturier et la jeune serveuse qu’il prend pour muse. Un thriller psychologique d’une folle élégance, porté par l’indispensable Daniel Day-Lewis et l’étonnante Vicky Krieps.

D’abord il y a ce titre, énigmatique. Voire un peu rébarbatif, avouons-le. "Phantom Thread" ? En VF, c’est "le fil caché". Celui qu’utilise Reynolds Woodcock, star du Londres des années 1950, pour dissimuler un message ou un objet dans la doublure de l’une de ses admirables créations. Mais aussi celui qui l’unit à Alma, la discrète serveuse qu’il prend pour muse après avoir poussé à bout la précédente.


Si leur rencontre, dans un restaurant en bord de mer, à des allures de conte de fées, la jeune femme découvre bientôt le côté obscur de son prince charmant. Maniaque, obsessionnel. Limite goujat et même détestable dès lors qu’il rejoint l’atelier où la haute société vient faire appel à son génie. Seule Cyril, sa sœur, semble avoir le mode d’emploi de ce personnage aussi séduisant qu’inquiétant.

Un bonheur esthétique de chaque instant

Le premier charme du nouveau film de Paul Thomas Anderson réside dans sa beauté plastique hors norme. Des splendides lumières naturelles à la majesté des décors, des merveilleux costumes d’époque à l’élégante partition de Jonny Greenwood, le guitariste de Radiohead, "Phantom Thread" est un bonheur esthétique de chaque instant. Le genre de bijou tout en nuances comme le cinéma américain en propose de moins en moins, obsédé par les blockbusters aux couleurs pop. 


Pendant la première demi-heure, c'est bien simple : on oublierait presque le drame qui se noue sous nos yeux pour savourer, émerveillés, les yeux grands ouverts, le soin méticuleux apporté à chaque détail. Comme si, bien qu’il s’en garde, le cinéaste avait conçu son couturier fictif comme un double pour le moins déroutant. 


Mais bien vite, la nature de la relation entre Woodcock et Alma interroge. N’est-il qu’un vieux séducteur de pacotille, usant de sa position sociale pour attirer une fille de milieu modeste dans ses filets ? Ne cherche-t-il qu’à exploiter sa beauté - et son apparente naïveté - comme il l’a fait avec d’autres auparavant ? Se rebiffera-t-elle à temps pour préserver sa dignité ? A moins qu’elle ait de plus sombres desseins…

Depuis le rock n'roll "Boogie Nights", il y a déjà 20 ans, le Californien Paul Thomas Anderson a toujours eu le chic pour cultiver le malaise qui sommeille en chacun de ses personnages jusqu’au point de rupture. "Phantom Thread" surprend dès qu’il inverse le rapport de force entre ses deux principaux protagonistes, d’une manière pour le moins… délectable.


Il serait criminel d’en dire plus sur l’intrigue de ce thriller psychologique aussi raffiné dans le fond que dans la forme. Sinon qu’elle friserait la faute de goût sans l’interprétation en tous points remarquables de ses deux comédiens. Plus sobre, mais pas moins torturé que son personnage de magnat du pétrole dans "There Will Be Blood", Daniel Day-Lewis brode un Woodcock tour à tour fascinant, pathétique et attachant.


Face à lui, la comédienne luxembourgeoise Vicky Krieps incarne une Alma aussi délicate que magnétique, se jouant des attentes du spectateur pour dessiner une héroïne bien plus moderne qu’on pourrait le croire. Si son célèbre partenaire, en lice pour un quatrième Oscar, laisse entendre qu’il pourrait s’agir de son dernier film, cette sublime révélation n’a sans doute pas fini de nous captiver.

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