VIDEO - "Iris" : sexe, femme fatale et faux semblants… Rencontre avec Jalil Lespert, réalisateur sans tabou

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INTERVIEW – Deux ans après le biopic "Yves Saint-Laurent", Jalil Lespert est derrière mais aussi devant la caméra avec Iris, un thriller érotique en salles mercredi prochain. LCI est allé à la rencontre d’un acteur-réalisateur qui n’a vraiment pas froid aux yeux.

LCI : Iris, c’est un film sur le plaisir… ou sur la douleur ?

C’est un doux mélange. Disons un mélange amer et j’espère un peu subtil.


LCI : C’est aussi un remake de Chaos, un film japonais de Hideo Nakata, inédit en France. Vous étiez fan ? 

Jalil Lespert : Je ne l’ai pas vu ! En revanche j’avais lu le scénario du remake qui devait au départ se faire chez Universal aux Etats-Unis. C’était en 2011 et au dernier moment, peut-être parce qu’il était trop sulfureux, le projet a été abandonné. Le producteur m’a alors proposé d’en faire une adaptation française. J’ai tout de suite trouvé le scénario très original. Parce qu’il empruntait les codes du film de genre avec un certain brio, tout en s’autorisant de légers dérapages, voire de grands écarts. Pour moi, c’est aussi un hommage au cinéma d’Hitchcock, de Brian de Palma, avec des jeux de miroirs, des faux-semblants. J’ai pris les droits, à l’époque où je préparais Yves Saint-Laurent. Dans la foulée j’ai tourné Versailles pour Canal + et le côté sulfureux de la série me ramenait sans cesse vers le scénario d’Iris que j’avais un peu mis de côté…


LCI : Difficile de parler du film sans trop en dévoiler. Mais vous vous mettez en scène dans des séquences assez "extrêmes"… 

Jalil Lespert : Vous parlez de la banque ? (rires) J’ai beaucoup travaillé sur l’univers de la finance, comment obtenir un crédit ou pas… Un vrai rôle casse-gueule (sourire, puis plus sérieux). Je suis un peu kamikaze dans l’âme, je pense. Au départ je ne pensais pas jouer dans mon film, je ne l’avais jamais fait avant. Comme je voulais jouer sur ce côté miroir, je m’étais dit que j’allais trouver un comédien sensiblement du même âge que Romain Duris, qui avait accepté le rôle de Max. Quand je lui ai expliqué ça, il m’a dit ‘mais pourquoi tu ne le fais pas toi ?’. Il a planté une petite graine, mais je n’ai pas tout de suite dit ok. Parce qu’il y avait un vrai risque… 


LCI : Et puis vous avez succombé à la tentation...

Jalil Lespert : Mais il était tellement formidable ce rôle ! Quand on parle de Versailles, on pense tout de suite à Louis XIV. Mais moi celui que j’adore c’est Philippe d’Orléans, parce qu’il est ambigu, tourmenté, avec des fêlures… Le banquier d’Iris, manipulateur, trouble, c’est un peu ça aussi. Et lorsque Romain Duris vous pousse à le faire, c’est difficile de ne pas foncer. J’aimais bien aussi l’idée d’être devant et derrière la caméra sur un film comme ça, avec tout ce côté impudique. Ca me semblait une prise de risque intéressante.

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Iris : l'extrait La Rançon

LCI : Le grand cinéaste sud-coréen Park Chan-wook (Old Boy, Mademoiselle) dit qu’il est plus facile de tourner des scènes de violence que de sexe. Vous confirmez ?

Jalil Lespert : Les scènes de violence, c’est très technique. Ca demande beaucoup de plans, de la patience aussi. Les scènes de sexe, ce n’est pas si différent. C’est chorégraphié, il faut être très précis. Chaque geste compte. Mais c’est vrai qu’il y a ce tabou du sexe. Nous, acteurs, sommes un peu habitués. On joue avec notre corps, bien sûr. Mais c’est toujours "touchy", pour l’équipe de tournage  autour encore plus. Si bien que l’ambiance est un peu bizarre, soudain tout le monde est très maladroit. Tu as le meilleur chef opérateur au monde et curieusement il n’arrive pas à allumer sa lampe ! Une fois dépassé tout ça, il y a quelque chose qui se raconte, qui n’est pas uniquement lié au sexe. Par ce que ce genre de scène s’inscrit dans une histoire, parce qu'elle doit faire avancer le scénario… 


LCI : Est-ce que la morale du film, c’est qu’il ne faut pas toujours assouvir tous ses fantasmes ?

Jalil Lespert : Je dirais qu’une des morales du film c’est que nos actes ont des conséquences. Ce qui me plaît dans Iris, c’est qu’il n’y a pas vraiment de bons, pas vraiment de méchants. On est dans une zone grise, c’est un film amoral. Tout le monde est tour à tour manipulateur et manipulé. Ensuite il y a quelque chose de l’ordre de la vérité et du rapport qu’on entretient avec elle. A trop vouloir cacher les choses, on finit par être rattrapés parce qu’on voulait enfouir. 


LCI : Charlotte Le Bon, c’est la muse qui fait fantasmer le réalisateur comme le spectateur ?

Jalil Lespert : J’avais une idée très précise de là où je pouvais l’emmener car j’avais déjà travaillé avec elle sur Yves Saint-Laurent. Je savais que je pouvais lui donner un côté Hitchcockien, glacial, inaccessible, façonné de toutes pièces par l’homme qui l’aime. Mais je savais aussi de par sa filmographie, sa personnalité également, qu’elle avait ce côté "girl next door" qui la rend très sympathique. Pour un personnage à multiples facettes comme le sien, c’était parfait. C’est quelqu’un qui doutait beaucoup quand je l’ai rencontré, qui a beaucoup travaillé depuis, et je sentais qu’on pouvait aller encore plus loin ensemble. Je suis sûr que c’est un rôle qui va compter pour elle.

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Iris : Romain Duris et Charlotte Le Bon dans la bande-annonce

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