VIDEO - Isabelle Huppert : "Être actrice, c’est avoir envie de s’aventurer dans des contrées un peu obscures"

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INTERVIEW – Un an après avoir décroché le César de la meilleure actrice pour "Elle", de Paul Verhoeven, Isabelle Huppert retrouve un rôle sulfureux dans "Eva", le thriller de Benoît Jacquot, en salles le 7 mars. Son réalisateur fétiche, son métier d’actrice, la libération de la parole des femmes... Elle s’est confiée à LCI.

C'est la comédienne la plus admirée de sa génération. Du cinéma français tout court. Parce que sa filmographie impressionne. Mais surtout parce qu'elle n'a pas peur de prendre des risques, bien qu'elle s'en défende, acceptant des rôles qui pourraient faire peur à d'autres. A l'occasion de la sortie le 7 mars de "Eva", sa sixième collaboration avec le réalisateur Benoît Jacquot, nous nous sommes entretenus avec Isabelle Huppert. Un entretien sans filtre avec une artiste pas tout à fait comme les autres...

LCI : C’est la sixième fois que vous tournez avec Benoît Jacquot depuis "Les Ailes de la Colombe", en 1981. Est-ce une pure coïncidence ou bien estimez-vous qu’il vous filme mieux que les autres ?

Isabelle Huppert : Mieux que les autres, je ne vais pas m’engager sur ce terrain-là. Je ne veux froisser personne. Il me filme comme j’aime en tous les cas. J’aime bien me laisser filmer par lui. Et j’aime bien partager le temps d’un film avec lui. C’est un moment assez délicieux.

LCI : Qu’aimiez-vous dans le personnage d’Eva, assez énigmatique au fond ?

Isabelle Huppert : Eh bien précisément le fait que c’est un personnage énigmatique. On ne peut pas décider si elle est sympathique, antipathique, triste, gaie, indifférente. Elle est un peu tout cela à la fois et ce que j’aime dans le fait de tourner avec Benoît Jacquot, c’est qu’il n’a pas peur de laisser les choses dans une certaine forme d’indécision. Peut-être pour mieux cerner ses personnages, pour rendre son histoire au fond plus complète.

LCI : Est-ce qu’il vous arriver d’être effrayée par certains personnages que vous êtes amenée à incarner ?

Isabelle Huppert : Non. Ce qui peut effrayer, c’est une incompréhension, quelque chose qui vous "empêche" dans la relation avec le réalisateur. Mais sur le papier aucun personnage ne m’effraie. Je n’ai pas peur de lire un livre de Dostoïevski. Et pourtant il en a écrit des personnages effrayants ! C’est la même chose au cinéma.

Je ne connais pas d’actrice ni frileuse, ni peureuse. Après j’ai la chance qu’on me propose ce genre de rôleIsabelle Huppert

LCI : Et si je vous dis que vous acceptez des rôles qui pourraient faire peur à d’autres actrices…

Isabelle Huppert : Je ne pense pas que les actrices aient peur de quoi que ce soit. Si elles sont actrices, c’est justement qu’elles ont envie de s’aventurer dans des contrées un peu obscures. Je ne connais pas d’actrice ni frileuse, ni peureuse. Après j’ai la chance qu’on me propose ce genre de rôle et d’aventure. Mais je ne suis pas différente des autres pour ça.

LCI : Pensez-vous oser plus avec l’expérience ?

Isabelle Huppert : Je ne crois pas, non. Je ne pense pas qu’on change… Enfin si, certainement. C’est très obsessionnel le fait de jouer. C’est comme une idée fixe. Elle vous poursuit depuis le début, peut-être même depuis qu’on est né…

LCI : C’est un besoin aussi ? Un état dans lequel vous aimez vous retrouver ?

Isabelle Huppert : Oui mais c’est juste un état de plaisir, c’est faire ce qu’on aime. Moi mon plaisir c’est de tourner des films. Ça pourrait être n’importe quoi d’autre… à condition que j’aime ce n’importe quoi d’autre ! Moi ça me plaît de faire des films. Ça me plaît de tourner, de jouer. Ça me plaît le moment où je dois dire une réplique. Ça me plaît. Je ne sais pas comment l’expliquer… mais c’est assez simple en fait !

LCI : La parole des femmes s’est libérée ces derniers mois, dans le cinéma en particulier. Avez-vous l’impression de vivre un moment historique ?

Isabelle Huppert : Oui, absolument. On a sans doute trop traîné pour dire certaines choses. Alors on les dit parfois peut-être d’une manière qui ne plaît pas à tout le monde. Mais en tous les cas c’est un moment très important… et ce n’est pas près de s’arrêter.

LCI : Le cinéma est-il un milieu plus macho, plus sexiste que les autres ?

Isabelle Huppert : Non c’est le monde en général qui n’est pas tendre avec les femmes. Il se trouve que la parole s’est libérée dans le milieu du cinéma parce qu’elle s’est rendue publique. Après il ne faudrait pas diaboliser ce qui se passe sur les plateaux, et notamment la relation entre les metteurs en scène et les actrices. Parce qu’elle est précieuse et la plupart du temps belle. Et puis parfois ça peut mal se passer…

LCI : Ça peut devenir un rapport de force ?

Isabelle Huppert : Ce n’est pas un rapport de force. Mais parfois on se surprend soi-même d’être capable de faire certaines choses quand on tourne. La plupart du temps c’est pour le meilleur, et parfois pour le pire. Sur un plateau, il arrive qu'on se retrouve traversé par une force qu’on ne se soupçonnait pas. Mais ça n’a rien à voir avec une quelconque domination qu’on subirait.

LCI : Vous retrouvez à la place du metteur en scène, filmer les autres, ça vous fait envie ?

Isabelle Huppert : Pas particulièrement, non. Peut-être un jour par curiosité. Mais pas par nécessité ce qui n’est pas tout à fait pareil. Juste pour voir. Mais bon, peut-être que le prix à payer serait trop élevé. Si c’est pas bien ou si ça m’a demandé trop d’efforts… Je me dirais que la curiosité est un vilain défaut !

>> "Eva" de Benoît Jacquot. Avec Gaspard Ulliel, Isabelle Huppert, Richard Berry. En salles le 7 mars.

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