VIDEO - "Je me suis dit que j’allais mourir" : blessé par balle, Mark Moogalian raconte l’attaque du Thalys

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TEMOIGNAGE – Le 21 août 2015, en tentant de désarmer le terroriste Ayoub El Kahzzani, Mark Moogalian a été grièvement blessé à bord du Thalys Amsterdam-Paris. LCI l’a rencontré avec sa compagne Isabelle à l’occasion de la sortie le 7 février prochain du film de Clint Eastwood, "Le 15 :17 pour Paris", dans lequel ils ont accepté de jouer leur propre rôle.

S’il est encore en vie, c’est grâce à un incroyable concours de circonstances. Grâce à son courage, aussi. Le 21 août 2015, le Franco-américain Mark Moogalian, 51 ans, voyage avec son épouse Isabelle à bord du Thalys 9364 reliant Amsterdam à Paris lorsqu’il vient porter secours à Damien, un jeune employé de banque en train de se battre avec Ayou El Khazzani, un belgo-marocain qui a surgi des toilettes, torse nu, un fusil d’assaut autour du cou.


"Pourquoi me suis-je levé ? Je ne sais pas", avoue-t-il au micro de LCI, presque trois ans plus tard. "Par curiosité, je pense. Je me sentais un peu attiré. On fait tous ça de temps en temps, on veut aller voir ce qui se passe." Son héroïsme, Mark Moogalian va le payer cher. Alors qu’il a réussi à désarmer le terroriste et à s’éloigner en courant, ce dernier dégaine un pistolet et lui tire une balle dans le dos.


"Je me suis dit que j’allais mourir à bord de ce train", se rappelle-t-il, persuadé alors que le terroriste va l'achever. "Quand je me suis mis à ramper entre les sièges, j’ai réalisé qu’il avait touché une artère. La balle est rentrée par le dos, elle a percé le poumon. C’était comme une pompe, comme une fontaine. Je commençais à me sentir un peu faible. Le sang était chaud... J’étais sûr que c’était fini parce qu’on était loin d’une gare et que rien n’allait arrêter le saignement."

Je voulais que ma femme sache que j’allais mourir mais que je n’avais pas peurMark Moogalian

Lorsqu’il aperçoit l’Américain Spencer Stone en train de charger le terroriste, Mark Moogalian est loin d’imaginer que ce dernier, ambulancier militaire de formation, va lui sauver la vie.  "Je me suis dit ‘la cavalerie est arrivée. Je vais y passer mais personne d’autre’. Je lève la tête, et entre les sièges, deux rangées plus loin, je vois Isabelle. On se regarde dans les yeux. Pour moi c’était la possibilité de se dire au revoir. Je voulais qu’elle sache que j’allais mourir mais que je n’avais pas peur. Quelques instants plus tard j’ai perdu conscience. J’ai vu ma mère, que j’avais perdue deux mois plus tôt d’un cancer du pancréas. Et puis je suis revenu."


Lorsqu’il se réveille, Mark Moogalian est dans un sale état. Il a perdu beaucoup de sang et pour stopper l’hémorragie, Spencer Stone a placé ses doigts dans la plaie. Bien qu’il ait subi lui-même plusieurs blessures dans la bagarre, le pouce à moitié-sectionné notamment, le jeune Américain, 23 ans seulement, fait preuve d’une maîtrise exceptionnelle. Et trouve les mots pour rassurer le passager jusqu’à l’arrivée du train à Paris où il sera pris en charge par le SAMU.


"Après avoir discuté avec tout le monde, j’ai compris que c’est un enchaînement d’événements qui a fait qu’on a réussi à éviter un vrai désastre", raconte Mark Moogalian. "Damien, le premier, puis mois, puis les trois Américains… Nos interventions ont permis d’éviter un carnage." Hospitalisé plusieurs semaines en soins intensifs, il sera décoré par le président François Hollande en septembre 2016, aux côtés de Damien, l'employé de banque français qui a lui préféré rester dans l'anonymat.

Avec le soutien de sa compagne,  et grâce à l'amitié qu'il a noué à distance avec Spencer Stone, Mark avoue avoir rapidement tourné la page. "Ça m’est arrivé de faire des cauchemars où quelqu’un voulait me mettre une balle", avoue-t-il. "Pas très souvent, mais de temps en temps. Je ne dirais pas que j’étais hanté. Au début j’étais peut-être plus paranoïaque. Mais ça s’est dissipé au fil des semaines et des mois. Je n’ai jamais oublié que c’était une victoire. Chaque fois que je parlais à Spencer au téléphone, il me le rappelait et ça faisait du bien."


Prof d’anglais natif de Virginie, installé en France depuis les années 1990, Mark Moogalian est également peintre et sculpteur. Avec sa compagne, il a même fondé un groupe, Secret Season, qui a enregistré plusieurs albums. L’attaque du Thalys a renforcé leur couple, même si tout n’a pas été simple au début. "Le stress post-traumatique, ça existe et il faut quand même le gérer", admet Isabelle. "Pendant plusieurs semaines, à chaque fois qu’il sortait, pour faire trois pas ou acheter une baguette, qu’importe, j’étais terrifiée. J’avais peur qu’il ne revienne pas. Longtemps je ne lui ai pas dit parce que je ne voulais pas lui empoisonner sa vie."

Tous les deux avouent leur surprise quand on leur a proposé de jouer leur propre rôle dans le film de Clint Eastwood, "Le 15 :17 pour Paris". "Pour nous l’important c’était que l’événement soit représenté correctement. Le mieux possible. Le plus exact possible", explique Mark. "D’un côté j’avais très envie de le faire, je trouvais l’idée extraordinaire et magnifique. D’un autre côté j’avais un peu peur", avoue Isabelle. 


"Je me demandais si émotionnellement j’allais réussir à vraiment jouer. Est-ce que je n’allais pas m’effondrer ? Finalement ça s’est très bien passé", assure-t-elle, ravie de la collaboration avec le légendaire cinéaste américain dont le couple assure avoir vu "tous les films". Leur seul regret ? L’absence de leur chien Benny, présent lors de l’attaque, mais mort peu avant le tournage. "Il a dû être joué par un professionnel", soupire Mark.

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