Lambert Wilson : "On imagine assez mal Cousteau comme un grand séducteur"

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INTERVIEW – Il incarne le Commandant Cousteau dans "L’Odyssée", le film de Jérôme Salle qui sort mercredi prochain. Pour LCI, Lambert Wilson évoque ce personnage qui le faisait rêver enfant… avant de l’incarner aujourd’hui avec toutes ses zones d’ombre à l’écran.

Cousteau, au départ, c’est plus que le bonnet rouge pour vous ? 

Bien plus que ça ! Cousteau c’est un souvenir d’enfance, un souvenir bien spécifique. Celui d’une sorte de grand-père idéal qu’on regardait à la télé, un grand-père avec de l’autorité mais aussi une bonhommie, un sourire. Quelqu’un qui avait l’air de faire des trucs très rigolos avec une équipe de gens très sympathiques sur un bateau dans des paysages géniaux. Je rêvais d’en faire partie. Pour moi c’était un personnage positif.


Vous dîtes positif mais le film de Jérôme Salle en dépeint un portrait plus nuancé. Avec même de nombreuses zones d’ombre. Est-ce que ça vous a surpris ?

Complètement. J’avais anticipé que c’était un bon personnage de cinéma parce qu’il avait vécu des choses très douloureuses, notamment la perte accidentelle de son fils à  un âge tellement jeune… J’avais imaginé cette faille. Mais la vie privée… J’ai l’habitude de considérer que ça ne me regarde pas. Mais lorsque Jérôme Salle a écrit le scénario, il a voulu raconter la vie d’un homme, et ça implique à la fois des parts de lumière et des parts d’ombre. Les dernières sont assez inattendues. On imagine assez mal Cousteau comme un grand séducteur. Ce qu’il faut comprendre, c’est que le prestige de la Calypso et de son équipage à l’époque était mondial. Ses hommes étaient des sex-symbols attendus partout…


Vous me dites que Cousteau, c’était le George Clooney de l’époque ? 

Un Clooney pas sexy en apparence, mais qui détient un message, une passion qui le rendaient charismatique et attirant. C’était aussi un père qui était capable de partager sa passion avec ses enfants à un âge très précoce, pour les délaisser ensuite pour suivre sa bonne étoile, partir au bout du monde… L’autre zone d’ombre, c’est le Cousteau businessman qui accepte un deal avec la British Petroleum pour lancer ses expéditions, un deal qui va dévaster l’environnement. Cousteau, enfin, c’était un homme de son temps. Un prédateur, un jouisseur, qui a petit à petit pris conscience qu’on ne peut pas seulement s’emparer des richesses de la nature mais aussi les préserver. Si bien qu’il entrera dans le XXe siècle dans la peau d’un homme engagé dans la lutte écolo.

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Bande annonce L'Odyssée

Ce n’est pas la première fois que vous jouez un personnage ayant réellement existé. C’est quoi le truc pour réussir ?

Pour Cousteau, il y avait énormément de matériel. Des livres, des biographies, des documents extraordinaires comme ces deux numéros de "Radioscopie" avec Jacques Chancel que j’ai beaucoup écouté. Dans l’un des deux il se livre énormément. Dès qu’il s’éloigne de l’image positive et souriante qu’il véhiculait, il se révèle assez grave, voire sombre, voire pessimiste. Sa vie est dense, longue, on aurait pu faire dix films sur lui ! Et puis il y a la partie pratique : apprendre la plongée, perdre des kilos…


Quand on devient Cousteau physiquement… est-ce qu’on le devient un peu dans sa tête aussi ?

Ça peut arriver dans certains moments. Notamment lorsqu’on interprète un meneur d’hommes. On a tout ça en nous de façon embryonnaire. On le développe et on le fait remonter à la surface. Sur le pont de la Calypso bis, je me suis parfois comporté comme un commandant. Jérôme Salle s’en amusait parfois. Parce que c’est formidable d’être le grand patron. Surtout moi qui suis quelqu’un qui a tendance à fuir les responsabilités. Je suis très adolescent à ce niveau-là. Mais je partage avec lui une fibre colérique. Les engueulades entre Cousteau et son fils Philippe étaient particulièrement déplaisantes…


Ce qu’on ressent bien à l’écran…

C’est normal parce que le fils veut à la fois faire comme le père mais aussi le dépasser. Et puis il y avait des différends profonds dans leur philosophie de la grande aventure. Une jalousie de base qui parfois pouvait se transformer en combat à mort.

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