VIDEO - Matthew McConaughey, l'interview : "Je suis un homme libre"

VIDEO - Matthew McConaughey, l'interview : "Je suis un homme libre"

SUPERSTAR - Dans "Free State of Jones" de Gary Ross, en salles mercredi, Matthew McConaughey incarne Newton Knight, un soldat qui déserte l’armée sudiste, en pleine guerre de Sécession, pour défendre les injustices dans son Mississipi natal. C’est via Skype que LCI a discuté de ce personnage intense et habité avec son célèbre interprète.

LCI : En France on ne connait pas l’histoire de Newton Knight. Enfant, c’est un personnage dont on vous a parlé l’école ?

Matthew McConaughey : Absolument pas ! J’ai grandi dans le Sud et je n’avais jamais entendu parler de Newton Knight avant que cette histoire me trouve. Mais vous savez, 95% des Américains ne le connaissaient pas avant que nous la partagions à travers ce film. Parce que son histoire ne figure pas dans les livres d’histoire.

Pourquoi ? Parce que ce n’est pas un héros traditionnel ?

Mon avis, c’est que Newt et ses hommes, la "Newt Company", constituaient un îlot isolé dans cette guerre que se livraient l’Union et les Etats confédérés. C’est comme s’ils étaient passés entre les gouttes. Ils n’étaient reconnus ni par les uns, ni par les autres. Quand Newt combattait au sein de la confédération contre l’union, il a écrit au général Grant qui dirigeait les armées du Nord pour obtenir de l’aide dans son combat contre les armées du Sud, mais ce dernier l’a copieusement ignoré. Parce qu’on le considérait comme un pirate, un bandit de grand chemin. Et puis bon, qui écrit les livres d’histoire ? Les vainqueurs, non ?

Cette histoire, c’est aussi celle de la communauté afro-américaine et de la violence dont elle est victime, encore aujourd’hui…

Absolument. Il y a des leçons à tirer de cette histoire qui n’est pas si ancienne, à peine 170 ans. Rien à voir avec l’histoire de l’Europe qui s’étire sur des siècles. L’Amérique, elle, est encore un jeune pays, et de nombreuses questions soulevées dans le film sont toujours d’actualité. Newt était un défenseur des libertés civiles, ça le définit mieux que Démocrate et Républicain. Il voulait avoir sa propre terre, sa propre communauté. C’est quelqu’un qui a commencé par vouloir protéger sa famille, son entourage, et qui a fini par venir en aide aux hommes en général. A commencer par ceux qui n’étaient pas capables de se défendre eux-mêmes, et notamment les esclaves à qui il a donné des armes pour se défendre contre les confédérés.

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Matthew McConaughey, numéro trois

Newt ne faisait pas de différence entre les Blancs et les Noirs, à une époque où le racisme était partout… 

Quand Newt constatait une injustice, il voulait la réparer. C’était un homme de bon sens. Il voyait quelqu’un être maltraité, quelle que soit sa couleur, il refusait de laisser faire. Qu’importe les conséquences. D’ailleurs il a mis sa vie en danger pour beaucoup de gens. Pour moi c’est la définition d’un héros.

Est-ce qu’il y a encore des héros comme lui aujourd’hui ?

Je suis sûr qu’il y en a encore. Newt a défendu une cause en mettant en péril ses proches. Je pense que beaucoup de gens auraient du mal avec ça aujourd’hui. Mais est-ce qu’il n’y en a plus ? Je ne crois pas. Peut-être que ça s’exprime différemment.

Faire des films, c’est une forme d’héroïsme ?

Nous les acteurs sommes des porte-paroles, des amplificateurs. Vous et moi discutons de ces sujets, des gens vont nous écouter. Les films, les séries, les livres, lorsqu’ils rencontrent le public, peuvent avoir un impact sur la société, sur les débats qu’elle peut avoir. A ce titre Free State of Jones est un film complètement d’actualité. Je ne dirais pas que c’est une forme d’héroïsme. Mais est-ce que j’ai choisi de faire ce film parce que j’aimais son message ? Parce que je jugeais bon de le partager ? Parce que je pensais que Newt était un grand homme ? Bien sûr. Pas l’unique raison mais l’une des raisons.

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Matthew McConaughey, numéro un

Lorsque vous voyez le mouvement Black Lives Matter faire la une des journaux, avez-vous l’impression que le message de Newt n’est pas entendu. Et avez-vous peur pour les générations à venir ?

Je n’ai pas peur de l’avenir. Comme le disait le philosophe Ralph Waldo Emerson, "plus les choses changent, plus elles restent les mêmes". Aujourd’hui nous sommes à la croisée des chemins. Pour moi nous finirons par atteindre le jour où tout le monde comprendra que "All Lives Matter" (toutes les vies comptent – ndlr). Et aujourd’hui le cri que pousse le mouvement Black Lives Matter est un pas dans cette direction.

En France nous sommes fascinés, et à vrai dire un peu inquiets du résultat de la prochaine élection américaine…

(rires) Nous aussi !

Ca vous fait rire ou ça vous fait pleurer ? 

Un peu des deux. Nous sommes tous déconcertés et la campagne jusqu’ici a produit une sorte de téléréalité assez… déconcertante. Les deux candidats sont actuellement au coude à coude même si Clinton est un peu devant. En ce moment, on entre vraiment dans le vif du sujet. Pour moi le plus dur est de savoir quel média suivre et croire. Si je lis un journal de gauche, son point de vue est extrême. Si je lis un journal de droite, il est extrême aussi. Ce que cette campagne interroge, y compris à travers la candidature de Trump, c’est le rôle des hommes politiques. Qu’est-ce qu’ils font vraiment pour nous ? Ils ont beau dire qu’ils veulent dépasser les partis pour s’occuper du pays, ils finissent par retomber dans les querelles partisanes. Or ce que les gens veulent, ce sont des hommes politiques qui font le job en privilégiant le bon sens.

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Matthew McConaughey, numéro deux

McConaughey président, c’est pour quand ?

Vous n’êtes pas le premier à me poser la question. Et vous savez quoi ? J’aime mon job. J’adore être un acteur, un artiste, avoir ce moyen d’expression. Quand je fais un film comme Free State of Jones et que je discute de ces questions avec vous, que j’exprime mes opinions, et qu’à travers nous les gens apprennent des choses sur leur Histoire, je préfère ça. D’abord parce que c’est plus fun. Et aussi parce que je ne suis pas le genre de personne qui aime être associé à un camp. C’est ce dont nous parlions toute à l’heure. Lorsqu’on entre en politique, il faut choisir de quel côté on veut être. Et moi je préfère me considérer comme un homme libre. 

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