VIDÉO - Pourquoi il faut voir "La belle et la meute", film choc sur le viol et l’impunité de la police dans la société tunisienne

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A VOIR - Puissant sur la forme comme le fond, "La Belle et la Meute" s'inspire de l'histoire vraie de Meriem Ben Mohamed qui, dans son livre "Coupable d'avoir été violée", raconte sa nuit d'horreur à Tunis où trois policiers l'ont violée et comment la police a tout fait pour l'empêcher de porter plainte. Un film choc, en salles depuis mercredi.

Tourné en neuf plans-séquences, La belle et la meute raconte la descente aux enfers d'une jeune femme violée en marge d'une fête à Tunis par des policiers, déterminée à porter plainte malgré les humiliations et les menaces, et perdue dans la nuit d'un désastre inouï.


Le film démarre dans une atmosphère de fête : un groupe d'amies, insouciantes et élégantes, s'apprêtent dans des toilettes. Dans la salle à côté, une soirée étudiante bat son plein, garçons et filles dansent au son de la musique orientale. Dès la scène suivante, l'ambiance change: une des jeunes femmes, Mariam (Mariam Al Ferjani) court dans la rue, en pleine nuit, terrorisée, avant d'être rattrapée par Youssef (Ghanem Zrelli), le jeune homme avec qui elle était sortie prendre l'air un peu plus tôt et qui s'efforce de la rassurer. Il l'emmène dans une clinique privée, dans l'espoir d'obtenir un certificat médical prouvant qu'elle a été violée afin de pouvoir porter plainte. 


Mais à l'accueil, la réceptionniste refuse de la présenter à un médecin, sous prétexte qu'elle n'a pas sa carte d'identité, restée comme son sac à main et son téléphone portable dans la voiture des policiers qui l'ont agressée. Leur périple nocturne se poursuit dans un hôpital public, où ils croisent une journaliste et un caméraman, puis dans deux commissariats où Mariam se retrouve confrontée à ses violeurs. Partout, elle est confrontée aux sarcasmes, aux menaces et à l'absurdité de la machine administrative.

Une victime qui passe à un statut de demandeuse de justice

Brillamment filmé, La Belle et la meute part d'une histoire vraie racontée dans le livre "Coupable d'avoir été violée" de Meriem Ben Mohamed. Celle d'une femme qui ne se contente pas du statut de victime et qui passe à un statut de demandeuse de justice. Une "héroïne contemporaine", selon sa réalisatrice. A mesure que la nuit avance, Mariam, qui au départ a un côté oie blanche, se découvre face à l'épreuve. Une épreuve que le spectateur endure à travers des longs plans-séquences, entrecoupés d'ellipses (le viol, par exemple, n'est pas montré) et des lumières blafardes qui renforcent l'atmosphère pesante. 


La protagoniste trouve une parfaite incarnation en la comédienne Mariam Al Ferjani qui, le visage défait, exprime avec justesse la peur ressentie par son personnage tout au long du récit, mais aussi son opiniâtreté, lèvres serrées et regard affirmé, quand elle refuse de parapher le retrait de sa plainte rédigée par des policiers. Si l'héroïne n'est pas politisée, son compagnon d'infortune l'est en revanche beaucoup plus. Il va la soutenir et la pousser sur le chemin pour faire valoir ses droits.

Le seul long métrage de cette ampleur et de cette force sur le sujet

La nécessité impérieuse à l'origine du film qui ne sombre ni dans la caricature ni dans l'émotion facile est sensible au détour de chaque plan. 


Si les débats sur les abus policiers sont en revanche peut-être plus vifs qu'ailleurs dans la jeune démocratie, depuis la révolution de 2011 qui a mis fin à la dictature de Zine el Abidine Ben Ali, cette histoire relatant les difficultés d'une femme violée à se faire entendre, à déposer plainte et appelant à la résistance avec une rage salutaire, confine à l’universel. Ces affres ne sont pas propres à la Tunisie, elles nous concernent tous, elles nous impactent tous, renvoyant à notre actualité la plus proche. La belle et la meute impose ainsi sa lumineuse nécessité: il est peut-être le seul long métrage de cette ampleur et de cette force sur le sujet.


La belle et la meute, en salles depuis mercredi

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