Roman Polanski : "Quoi que je dise, ça sera mal interprété"

DirectLCI
RENCONTRE – Le cinéaste franco-polonais Roman Polanski revient sur les écrans ce mercredi avec "D’après une histoire vraie", un thriller psychologique adapté du roman à succès de Delphine de Vigan. Nous l'avons rencontré. Un entretien forcément particulier, dans le contexte sulfureux de l’affaire Weinstein, et alors que l’auteur de "Tess" et "Chinatown" est accusé de viol et agression sexuelle par de nouvelles victimes présumées.

Au moment de notre entretien, le cinéaste ne sait pas que la rétrospective que lui consacre la Cinémathèque française, à Paris, va être fortement contestée par plusieurs associations féministes. Mais c’est tout de même dans un contexte particulier que nous avons rencontré Roman Polanski, 84 ans, le 19 octobre dernier, à l’occasion de la sortie de son nouveau film, D’après une histoire vraie. Quelques heures plus tôt, sa comédienne Eva Green avait en effet confirmé avoir été l’une des victimes du producteur Harvey Weinstein, comme l’avait révélé un peu plus tôt la mère de l'actrice, Marlène Jobert. Veste de costume, jeans délavé et baskets rouge vif, le cinéaste nous reçoit dans une chambre paisible d’un palace parisien. Courtois, plutôt affable dès lors qu’on parle de cinéma, il paraît fatigué.


Sur l’affaire qui secoue Hollywood, comme sur le feuilleton judiciaire dont il est le héros depuis de longues années, le cinéaste franco-polonais ne souhaite pas s’exprimer. C’était un préalable à notre entretien, mais nous lui avons tout de même posé la question, alors qu’il venait d’évoquer cette Amérique qui a consacré son talent d’artiste…  avant de devenir le  théâtre de son pire cauchemar : le meurtre sauvage de sa compagne enceinte, la comédienne Sharon Tate, par la secte de Charles Manson, le 9 août 1969, dans leur villa de Cielo Drive. Puis de se retrouver, plus tard, sur le banc des accusés après le viol de Samantha Geimer, 13 ans au moment des faits, le 10 mars 1973, dans la maison de Jack Nicholson sur Mullholland Drive.

En vidéo

Roman Polanski : "Je n'aime pas les films qui n'ont rien à voir avec les livres dont ils sont adaptés"

"Je ne rêve déjà pas beaucoup. Mais surtout pas de l’Amérique,", nous répond l'homme controversé, avec un demi-sourire lorsqu’on lui demande s’il s’imagine un jour refouler le sol des Etats-Unis. Rappelons que Roman Polanski, qui avait déjà passé 42 jours en prison avant d’être libéré pour conduite exemplaire, a pris l’avion pour l’Europe, le 1er février 1978,  craignant que la justice ne le condamne à une peine plus lourde. Il n’y reviendra jamais, en dépit d’une demande d’extradition qui court toujours. Et entrainera son arrestation, en septembre 2009, lors d’un voyage en Suisse.


"J’ai de très bons souvenirs de l’Amérique", dit-il, semblant occulter les drames qu’on vient de citer. "Avec des amis dont la plus grande partie n’est plus là. Et puis comme dit un grand philosophe grec (Héraclite – ndlr) : 'On ne peut pas se baigner deux fois dans la même rivière'. Parce que ce n’est plus la même rivière. Ni les mêmes baigneurs."  L’affaire Weinstein lui donne-t-elle encore moins envie d’y replonger ? "Certainement, mais c’est un sujet que je ne vais pas aborder parce que quoi que je dise, ça sera mal interprété."

En vidéo

Roman Polanski : "Le seul film où il y a beaucoup de ce que j'ai vécu, c'est Le Pianiste"

Emmanuelle Seigner à l'origine de son nouveau film

En 2017, ni les honneurs, ni les drames, encore moins les polémiques ne semblent pouvoir le faire raccrocher. Son nouveau film, D’après une histoire vraie, en salles le 1er novembre, fait suite à La Vénus à la Fourrure, qui lui a valu le César du meilleur réalisateur en 2013. "J’aimerais faire 'back to back' (enchainer les tournages – ndlr) comme on dit en Anglais. Mais ça ne m’ait jamais arrivé encore", regrette-t-il, pressé de retrouver les plateaux. C’est Emmanuelle Seigner qui lui a suggéré d’adapter le roman à succès de Delphine de Vigan, persuadée que cette histoire d’écrivain en panne d’inspiration, soudain vampirisée par une  mystérieuse amie, faisait écho aux thrillers psychologiques de ses débuts, comme Répulsion ou Le Locataire.

En vidéo

Roman Polanski : "Je n'avais jamais filmé deux femmes qui s'opposent"

 "J’ai tout de suite trouvé ça intéressant parce qu’il y avait deux femmes qui s’opposent", raconte-t-il avec gourmandise. "Je n’avais jamais fait cette 'figure' en quelque sorte. Dans mes films il y a toujours un conflit entre deux hommes ou entre un homme et une femme. Quand je tourne, il me faut quelque chose de nouveau. Sinon je m’ennuie un peu", soupire-t-il. Entre fantastique et réalisme, le cinéaste a choisi de ne pas choisir. "Je voulais conserver cette ambiguïté qui est présente dans le livre. Je n’aime pas voir une adaptation où ça devient autre chose que ce que j’ai lu, où un personnage que j’aimais disparaît, ou d’autres apparaissent... Et finalement l’histoire n’a plus rien à voir !"

En vidéo

Huis-clos, manipulation mentale: l'ADN du cinéma de Polanski

Déjà héros de plusieurs documentaires, dont le passionnant Wanted et Desired de Marina Zenovich, consacré à l’affaire Geimer en 2008, Roman Polanski fera forcément un jour l’objet d’un film de fiction. Les siens sont déjà entrés dans la légende du cinéma.  "C’est quoi, au fond, un film de Polanski ?", lui demande-t-on avant de prendre congé. "Franchement je ne me casse pas la tête avec ce genre de choses. Je laisse ça aux gens comme vous. Aux philatélistes !"

Plus d'articles

Sur le même sujet