Viggo Mortensen : "Les enfants vont vers autrui sans se demander s’il est Noir, musulman, chrétien ou riche"

Viggo Mortensen : "Les enfants vont vers autrui sans se demander s’il est Noir, musulman, chrétien ou riche"

INTERVIEW – Loin du star-system, qu’il semble exécrer, le comédien Viggo Mortensen maçonne une carrière éclectique et passionnante. Son rôle dans "Captain Fantastic" de Matt Ross, en salles ce mercredi, pourrait bien être l’un de ses plus étincelants. Il y est en effet impérial et touchant sous les traits d’un père qui élève ses six enfants dans les bois, en marge de la société. LCI l'a rencontré.

Dans Captain Fantastic, Ben, votre personnage, s’occupe de ses enfants loin de ce qui, selon lui, corrompt la société. Croyez-vous dans les vertus de l’éducation alternative ?

Je suis complètement d’accord avec l’idée de promouvoir la curiosité, la culture et l’honnêteté. Je crois que c’est ce que fait le père, de manière certes maladroite. Le titre du film est une espèce de question posée par Matt Ross, le réalisateur. Ben est-il vraiment un Captain Fantastic ? Un père parfait ? Evidemment que non. Parce que cela relève de l’impossible d’être un parent exempt de défauts. Mais le jeu en vaut la chandelle. Il est préférable d’engager des efforts pour être un individu, une famille ou une société meilleurs. Il faut aussi accepter, en France, aux Etats-Unis ou ailleurs, le fait qu’une démocratie parfaite n’existe pas. L’important, c’est d’être sincère et de ne jamais cesser d’avancer.

Quand j’ai lu le scénario du film, j’ai eu peur ...- Viggo Mortensen

Il est évidemment crucial de ne jamais mentir aux enfants. Pour autant, faut-il tout leur dire comme on le voit dans le film ?

Vous savez, Captain Fantastic parle surtout de l’écoute, de la communication, de la flexibilité. C’est par ces biais que l’on devient un bon père, qu’on fonde une société forte. Par la libération de la parole. Quand j’ai lu le scénario du film, j’ai eu peur qu’il se résume uniquement à une famille de gauche alternative en guerre contre des gens aux idées conservatrices. Heureusement, ça ne se limite pas à ça, à une proposition idéologique, à une notion de héros ou de anti-héros. Non. Maintenant, pour répondre à votre question, il existe quand même des sujets sur lesquels tout ne peut pas être dit frontalement, sans gants, comme le fait mon personnage. En l’occurrence : le sexe, la mort, la santé mentale, le suicide, la politique, la religion…

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Bande annonce de Captain Fantastic

Vous n’avez eu de cesser d’affirmer, au gré des interviews, que ce tournage tranchait avec vos précédentes expériences…  

(il coupe) Oui, il y avait un côté –réutilisons le mot– alternatif. C’était nouveau dans la mesure où le réalisateur, qui a également écrit le scénario, était ouvert aux quatre vents. Il a cherché à établir une communication optimale entre les enfants et moi. Je les ai rencontrés deux-trois semaines avant de tourner dans une forêt de l’état de Washington. C’était très intelligent de fonctionner de la sorte, bien en amont. Nous avons ainsi fait des lectures et ça m’a aidé autant que ça a aidé Matt Ross. Il a vu comment je me comportais et a ajusté des choses. C’était merveilleux puisque j’ai vraiment pris le temps de connaître les enfants, avec qui j’ai fait des activités. Au premier clap, nous étions déjà une famille.

Moi, sur un plateau, je dépends beaucoup des autres- Viggo Mortensen

Certains comédiens appréhendent de donner la réplique à un enfant. Vous en avez affronté six. Verdict ?          

(petit sourire) C’est vrai qu’il y a plein d’acteurs qui en ont peur, sous prétexte que ces collaborations engendrent toujours leur lot de moments imprévisibles. J’avais déjà travaillé avec des enfants et cela requiert juste un peu plus d’attention. Moi, sur un plateau, je dépends beaucoup des autres. Je m’adapte à chacun. C’est la base de mon travail, d’être ouvert et flexible. Cela dit, il y a autant de types d’approche de jeu qu’il y a d’acteurs. Loin de moi l’idée de penser que je fonctionne de la meilleure des façons. Le plaisir et l’essentiel, c’est de jouer ensemble.

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JTWE – Peut-on éduquer ses enfants loin de la société de consommation ? Réponse avec Viggo Mortensen dans "Captain Fantastic"

Ben enseigne à ses petits la musique, la littérature, la poésie…  Vous êtes vous-même, au-delà de l’actorat, peintre, musicien, photographe et j’en passe. Jugez-vous que l’art soit la meilleure arme pour répondre aux méfaits du monde ?

L’art est une réponse évidente, parmi tant d’autres. (Il réfléchit) Je tiens à redire que ces enfants sont merveilleux parce qu’ils sont humanistes, intelligents, en très bonne condition physique, qu’ils ont leur propres opinions et qu’ils savent les défendre. Ils font face à un père complètement opposé à la rigidité et à l’intolérance, qui veut les protéger en les isolant. Un homme qui, même s’il ne le souhaite pas, finit par devenir un dictateur de la pensée. C’est en cela que le film est si complexe. Plus généralement, j’aime la spontanéité des enfants. Ils vont vers autrui sans se demander s’il est Noir, musulman, chrétien ou riche. Ils sont naturellement curieux de ce qui est différent d’eux, notamment du point de vue des idées et de la manière d’être. Ils savent déjà ce qu’ils sont et souhaitent, in fine, connaitre les habitudes des autres. De nos jours, la polarisation des comportements est un problème. 

C'est le manque de communication qui cause la violence- Viggo Mortensen

Quel sujet craignez-vous le plus d’évoquer face à un enfant ?

(Réflexion) C’est important de ne jamais mentir aux enfants, comme on l’a déjà dit. Quand on évoque des thématiques épineuses, comme la mort ou le terrorisme par exemple, il faut choisir les bons mots. Etre à même de parler de tout d’une façon ouverte, simple, sans avoir peur. Encore une fois, c’est le manque de communication qui cause la violence. Le manque d’informations fiables aussi. C’est pour ça qu’on a des conflits. Ce matin, je regardais le JT. Il y avait des images de bateaux et d’avions de guerre. Mais on ne nous dit pas pourquoi on fait ça, quels dommages ça cause, depuis quand ça a lieu, quel "bien" cela fait… Aux USA, les gens ne s’arrêtent pas pour réfléchir. Les médias non plus.

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