"Warcraft" : sans la Chine, point de salut pour le cinéma américain ?

CINÉMA
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BUSINESS - Sortie le 8 juin en Chine, l’adaptation du jeu vidéo "Warcraft" a généré plus de recettes en un week-end que le dernier "Star Wars" en plusieurs mois. Le résultat d’une habile campagne marketing, menée par Legendary Pictures, société de production américaine, rachetée par un conglomérat chinois en janvier dernier. Explications.

La Chine va-t-elle sauver Hollywood… ou bien le dévorer ? Le triomphe impressionnant de Warcraft, adaptation du jeu vidéo du même nom, dans un pays qui compte plus d’1.3 milliards d’habitants, interroge les experts du cinéma mondial, à l’heure où les blockbusters américains réalisent davantage de recettes à l’extérieur qu’à l’intérieur de leurs frontières.

Réalisé par Duncan Jones, le fils de David Bowie, ce film de fantasy aux effets spéciaux spectaculaires est produit par Legendary Pictures, une société américaine fondée en Californie en 2000. Parmi ses succès majeurs : la trilogie Dark Knight de Christopher Nolan, Very Bad Trip et ses suites et plus récemment Jurassic World.

Une superproduction "china-friendly"

En janvier dernier, le conglomérat chinois Dalian Wanda Group, spécialisé dans le tourisme et l’hôtellerie de luxe, est devenu l’actionnaire majoritaire de Legendary, moyennant un gros chèque de plus de 3 milliards de dollars. En 2012, déjà, Dalian s’était offert AMC Theaters, l’une des plus grandes chaînes de cinéma aux Etats.

Avec Warcraft, ce nouveau géant du cinéma mondial est passé à la vitesse supérieure. En partageant les coûts de production du film, environ 160 millions de dollars, avec plusieurs sociétés chinoises, dont China Film Group, studio financé par l’Etat, Huay Brothers, un important studio privé, et le géant des réseaux sociaux locaux Tencent, il s’est assuré les bonnes grâces de Pékin.

Mais ce n’est pas tout. Warcraft a bénéficié d’une sortie simultanée avec les Etats-Unis, limitant les risques de piratage. Legendary s’est également assuré une campagne marketing monstres, avec le soutien de pas moins de 26 marques chinoises dont le géant informatique Intel, l’assurance Ping An, le constructeur auto Jeep ou encore le brasseur Tsingtao.

Bref une campagne de lancement monstrueuse pour un résultat qui l’est tout autant. Diffusé sur 67% des 39 000 écrans du pays, y compris dans les petites villes, Warcraft a engrangé 164 millions de dollars de recettes en trois jours, davantage que Star Wars 7 qui a totalisé 124 millions de dollars de recettes… sur la totalité de son exploitation !

Interrogé au cours du weekend lors du Shanghai Film Festival, la star locale Jackie Chan voit dans ces chiffres les prémices d’une nouvelle ère du cinéma mondial. "Les Américains ont la trouille. Si nous pouvons faire un film qui rapporte plus d’un milliard de dollars, les gens à travers le monde qui étudient le cinéma vont se mettre à apprendre le Chinois, alors que jusqu’ici c’est nous qui apprenons l’Anglais."

Un marché à la croissance exponentielle

Une prophétie pas si farfelue si l’on observe l’évolution du plan de financement des superproductions américaines ces dernières années. Tout en négociant une hausse du quota de films hollywoodiens autorisés chaque année en Chine, les studios s’allient avec des firmes locales, afin de pénétrer un marché à la croissance exponentielle. Au point de donner une couleur locale de plus en plus appuyée à leurs productions.

Ce qui explique pourquoi des films récents comme Skyfall, Iron Man 3 ou Transformers 4 incluaient des séquences et/ou des comédiens made in China. Pionnier dans de nombreux domaines, James Cameron avait lui décidé, dès 2012, de s’associer à la société de production chinoise Tianjin North Film Group afin de lui fournir du matériel de tournage en 3D. Tout en annonçant avoir recruté des acteurs chinois pour jouer des Na’vi dans les prochaines suites d’Avatar. Malin.

Cette influence nouvelle des capitaux chinois sur le cinéma américain ne s’arrête pas là. Si elle a déçu aux Etats-Unis, Pacific Rim, une autre production Legendary, aura finalement droit à une suite grâce à son succès en Chine, où elle a réalisé un quart de ses recettes mondiales. Un sort que pourrait également connaître Warcraft. Tandis qu’il triomphait en Chine, le film de Duncan Jones faisait six fois moins bien aux Etats-Unis, avec moins de 25 millions de dollars de recettes. Mais tant que les Chinois approuvent…

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