Wesley Snipes : "Être toujours apprécié du public est une bénédiction"

Wesley Snipes : "Être toujours apprécié du public est une bénédiction"
CINÉMA
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INTERVIEW - Après avoir effectué plus de deux ans de prison, pour fraude fiscale, Wesley Snipes fait son retour au cinéma dans "Expendables 3", en salles ce mercredi. Dans le film de Patrick Hughes, il incarne Doc, une tête brûlée que Sylvester Stallone & co. vont chercher directement... derrière les barreaux. Drôle de coïncidence. De passage à Paris avec ses nouveaux camarades, le comédien âgé de 52 ans s'est confié sans tabou à metronews.

On a l'impression qu'il règne une ambiance de franche camaraderie entre les acteurs du film. C'est sincère ou juste pour la promo ?
Les gars qui avaient déjà bossé ensemble sur les précédents films ont développé une véritable amitié. Moi je suis pote avec Stallone depuis l'époque de Demolition Man, en 1993. Les autres, je ne les connaissais pas tous. Mais j'ai toujours voulu bosser avec eux. Dolph Lundgren, par exemple, je l'avais croisé "en société", mais je n'avais jamais eu l'occasion de lui parler.... et j'ai découvert que c'était un mec très fun ! Un esprit doux dans un physique de viking. Antonio Banderas pareil. J'étais allé rendre visite à Woody Harrelson sur le tournage du film de Ron Shelton, Les Adversaires, et on s'était juste salué. Maintenant que je le connais... je suis accroc ! (rires)

Il paraît que Stallone est l'un des premiers à vous avoir proposer du boulot, avant même votre sortie de prison. Vous confirmez ?
A vrai dire ça faisait pas mal d'années qu'il me proposait de refaire un truc ensemble. On avait même discuté de ma présence dans le premier Expendables. Mais disons que j'étais... préoccupé (sourire). Donc ça n'a pas marché. Lorsqu'il a vu que j'allais sortir de prison plus vite que tout le monde l'imaginait, il m'a appelé pour me proposer de rejoindre l'équipe.

Comme par hasard, Sly vient vous chercher en prison au début du film. Quelle coïncidence !
L'art imite la vie, n'est-ce pas ? (rires). Les scénaristes n'ont pas eu de mal à intégrer ce qui m'était arrivé, avec pas mal d'humour. Je suis allé en prison, ce n'est pas quelque chose que je peux cacher, c'est partout sur Internet. Je ne suis pas mal à l'aise par rapport à tout ça. Et ça a servi a créer le background du personnage.

"Chacun d'entre nous a traversé des hauts et des bas"

Pour faire partie de la bande des Expendables, il faut être capable de rire de soi-même, non ?
Absolument. Les personnages de la franchise sont à l'image du parcours des comédiens qui les incarnent. Chacun d'entre nous a traversé des hauts et des bas. On est tous passé par des périodes de grand succès, des tragédies, des déceptions. Des choses inattendues. Et je crois que tout ça crée de la camaraderie. Du respect aussi. On sait ce qu'on a vécu, et aussi que nous sommes résistants, toujours créatifs, toujours en bonne forme physique, prêts à affronter le futur.
Vous rappelez-vous votre première rencontre avec Sylvester Stallone ?
Le producteur de Demolition Man, Joe Silver, est venu me chercher. Il avait vu Passager 57, il savait que j'avais du background dans le domaine de l'action, et des arts martiaux. Il m'a proposé ce rôle de méchant complètement fou. Et moi, j'adore jouer les méchants. Peut-être même plus que les gentils (rires). De fil en aiguille, j'ai fini par rencontrer Stallone (il réfléchit). A vrai dire je ne l'ai pas rencontré avant le premier jour de tournage ! (sourire). J'étais nerveux comme un dingue. Je ne savais pas à quoi m'attendre.
Et il était comment ?
Cool. Mais on sentait qu'il était bien installé dans son univers. Que c'était lui le patron. Je me rappelle d'une scène où je devais le projeter contre un mur. Tout était chorégraphié et moi je lui ai vraiment adressé un "spinning back kick" (coup de pied en arrière – ndlr). Si bien qu'il a crié : "Coupez !". Il s'est approché de moi et il m'a dit (Wesley Snipes imite la voix de Stallone) : "écoute, mec. Je sais que tu es Mister Karaté, mais tu n'es pas obligé de me propulser contre le mur". J'étais trop mal... Je suis retourné dans ma caravane en me disant "merde, je suis là depuis une heure et je vais déjà me faire virer".

"J'ai failli me faire virer le premier jour du tournage de Demolition Man"

Comme lui, vous avez débuté dans des rôles dramatiques avant de jouer dans des blockbusters. Que faut-il pour être un bon héros de film d'action ? Est-ce aussi plaisant à jouer que le reste ?
Je crois que pour être un bon héros de film d'action... il faut déjà aimer les films d'action. Bien sûr, il faut être doté d'un bon physique. Et ça aide si on sait jouer. L'idéal, c'est d'avoir un gimmick qui vous distingue des autres. Dans mon cas, j'ai pu intégrer ma passion des arts martiaux à des rôles comme Blade. Alors bien sûr, jouer un rôle dramatique réclame une palette plus complète. C'est plus gratifiant d'un certain point de vue. Mais faire des films d'action, c'est comme être un grand gamin dans un magasin de bonbons.

Blade est l'un de vos rôles les plus populaires. Parce qu'il fait appel à votre amour du cinéma de genre, tout en étant très sombre, plus complexe que la moyenne des superhéros ?

Avec Blade, j'ai eu la chance de travailler avec des gens qui m'ont laissé m'approprier le personnage. Mon approche, c'était d'imaginer à quoi ressemblerait Blade s'il existait vraiment. Je ne voulais pas en faire un héros de BD, mais une créature hybride, tourmentée, qui cherche sa place dans le monde, et cherche à canaliser sa haine pour les gens qui ont détruit sa famille. Tout en faisant plein de trucs très cools avec son sabre (sourire).
Vous êtes partant pour un 4e épisode de Blade ?
Let's do it ! (enthousiaste). On était parti sur une bonne voie, même si le 3e a un peu déraillé. Mais je n'ai pas l'impression d'avoir totalement embrassé le personnage. Je suis plus âgé, plus mûr désormais. Meilleur dans certains domaines. Sans parler des effets spéciaux qui nous permettraient de faire des choses impossibles à l'époque des trois premiers films. Il y a un vrai potentiel et ça m'excite beaucoup. Ce serait super de refaire Blade, à nouveau. Mais si c'est impossible, pour des raisons politiques, j'ai un autre personnage en tête qui pourrait prendre sa place...

"Ce serait super de refaire Blade à nouveau. Let's do it !"

C'est votre personnage dans Expendables 3 ?
Non, pas lui. Mais je pourrais le refaire dans un 4e, oui. Il est un peu cinglé, comme mon personnage dans Demolition Man.

Vous avez vu The Strain, la série de Guillermo Del Toro, le réalisateur de Blade 2 ?
Oui, et j'ai beaucoup aimé. Je suis fan de Guillermo, vous savez.

Son film est le meilleur des trois, non ?

Ah, je ne sais pas. J'aime beaucoup les deux premiers, pour des raisons différentes. Guillermo avait apporté son univers, et cette capacité à créer des monstres extraordinaires qui n'appartiennent qu'à lui.

Dans Expendables 3, vous vous faites remplacer par des mercenaires plus jeunes. Est-ce quelque chose que vous avez ressenti en tant qu'acteur, au fil de votre carrière ?

Je ne vois pas les choses comme ça. Un acteur doit s'inscrire dans son époque, il a des capacités qu'il peut utiliser, adapter en fonction de l'évolution du métier et des goûts du public. Après chacun d'entre nous a une petite horloge qui fait tic-toc au dessus de la tête. Mais d'après moi la compétition n'existe pas : il y a de la place pour tout le monde. Si les goûts des gens changent, c'est à moi de m'adapter, tout en sachant que je n'aurais pas toujours l'air aussi jeune qu'avant. Et puis il y a Photoshop !

Vous souvenez-vous du Wesley Snipes qui avait 20 ans, en 1982. Que penserait-il de l'homme que vous êtes devenu ?

J'ai eu une vie riche, excitante, avec des hauts incroyables, des milieux et des bas très inattendus. L'ensemble forme une somme d'expériences passionnante. Sachant que je ne me destinais pas au cinéma mais à la scène. Je devais chanter et danser. Sans parler du fait que dans le Bronx, où j'ai grandi, il n'y avait pas d'acteurs, personne n'étais jamais allé à Hollywood. Des années après, le fait d'être toujours apprécié, des professionnels et du public, est une bénédiction incroyable. Et une sacrée surprise.

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