"Where to invade next" : et Michael Moore nous a (encore) conquis

CINÉMA

ON AIME - Le 42e Festival du Cinéma Américain de Deauville a rendu dimanche hommage à Michael Moore, absent pour des raisons personnelles, avec la projection de son nouveau documentaire "Where to invade next", en salles le 14 septembre. Le cinéaste a envahi pour l’occasion le Vieux Continent afin d’y voler de bonnes idées. Son but ? Redonner sa grandeur à l’Amérique. Verdict !

Le citoyen américain Michael Moore a toujours été énervé. Une colère inamovible qui lui a servi de moteur, depuis ses débuts, pour tirer à boulets rouges sur le lobbying de l’armement (Bowling For Columbine), les désastres du système de santé (Sicko) ou les secrets d’alcôve de son ennemi juré, George W. Bush (Fahrenheit 9/11, Palme d’Or à Cannes en 2004). Après six ans d’absence, on pensait le trublion gauchiste calmé sous l’ère Barack Obama. On se trompait. Il a en effet secrètement ressorti de ses cartons un ancien projet auquel il avait songé à ses 19 ans, alors qu’il sillonnait l’Europe en train, les sens en folie.

Il s'improvise armée à lui tout seul

Un voyage initiatique exaltant qui lui a (semble-t-il) ouvert les yeux sur le monde et sur tout ce qui manquait à sa chère patrie : les Etats-Unis d’Amérique. C’est de ces vieux souvenirs qu’est ainsi né son nouveau documentaire Where to invade next, dont le titre guerrier fait office de trompe-l’oeil. Car non : Moore n’entend pas nous resservir sa légendaire et utile révulsion face aux multiples conflits menés à travers le globe par les USA. Il s’improvise plutôt armée à lui seul pour aller planter le Stars and Stripes là où siègent les bonnes idées. En substance : une invasion pacifiste pour chaparder aux européens quelques antidotes.

Emerveillé, il réalise qu’en Italie, les patrons accordent huit semaines de congés payés à leurs salariés, avec un rab en cas de lune de miel. En France, il salue les menus équilibrés des cantines, où les enfants ne s’empiffrent pas de burgers et de nuggets hypercaloriques entre deux gorgées de soda saturé en sucre. "Quoi, vous ne servez des frites que trois fois par an ?", s’étonne-t-il. 

Au rayon de l’éducation, il manque de faire un anévrisme quand les Finlandais, réputés pour former les meilleurs étudiants de la planète, lui expliquent que les professeurs ne donnent jamais de devoir à la maison afin que les enfants puissent jouir de leur temps libre et libérer leur esprit. Et ainsi de suite : la prospérité des classes moyennes en Allemagne, la gratuité de l’enseignement en Slovénie, le système carcéral norvégien fondé sur la réinsertion et non la revanche, le poids des femmes dans la société islandaise…

Where to invade next est pensé et construit comme un grand voyage d’infotainment, une balade instructive, aussi bien pour le spectateur que pour le réalisateur. Une fois n’est pas coutume, Moore y déploie sa méthode avec une redoutable efficacité : ce savant mélange de provocation, d’humour acerbe et d’indignation. Le tout enveloppé méticuleusement dans une science du montage absolument implacable. 

Son mérite, c’est justement d’être parvenu à vulgariser le documentaire, un genre cinématographique souvent snobé par le grand public, pour le rendre divertissant. Avec quelques limites néanmoins à la clé, dont cette propension permanente à cacheter tout ce qui n’arrange pas, dessert ou dément son propos.

Ici, rien ne vient en effet chicaner les vérités suprêmes qu’il semble asséner au sujet de chaque pays filmé. A l’entendre, l’herbe est toujours plus verte ailleurs. Si cette idéalisation revêt souvent des contours crispants, elle n’enlève en rien le caractère plutôt sain de la démarche. Moore prône après tout l’entraide, le partage, l’écoute, la compassion, l’empathie, le dialogue. Quel mal y a-t-il à ça ?  

Sa nouvelle réalisation, pareille à un formidable laboratoire pour le vivre-ensemble, donne l’impérieux désir de voyager, de rencontrer, d’essayer. Bien sûr, dans le lot, tout n’est pas à prendre pour argent comptant. Mais avec le recul nécessaire et quelques sursauts de cynisme en moins, le plaisir est au rendez-vous.

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