Woody Allen : "Si je pouvais tuer et m’en tirer à chaque fois que j’en ai envie, je serais le dernier homme sur Terre"

CINÉMA
INTERVIEW – "L’homme irrationnel", c’est le titre du nouveau film de Woody Allen, en salles ce mercredi. Un mélange de comédie romantique et de film noir dans lequel Joaquin Phoenix incarne un prof de philo tenté par le crime parfait. metronews a recueilli les confidences du maître new-yorkais, caustique comme toujours.

 Woody et la philosophie
"Je me suis marié pour la première fois à l’âge de 20 ans. Ma femme en avait 17, elle étudiait la philosophie à l’université et chaque soir elle me demandait de l’aide pour ses devoirs. C’est comme ça que j’ai découvert la philosophie. Curieusement à l’époque les films de Bergman sortaient à New York et je me suis aperçu que la pensée de Kierkegaard, de Nietzsche y était dramatisée de fort belle manière. Comme la magie ou la clarinette, la philosophie m’a toujours procuré beaucoup de plaisir. Reste que d’un point de vue pratique, ça ne sert rien. Même si on vous explique que la mort n’est pas la fin de la vie, vous allez quand même vieillir et mourir. Désolé."

 Woody et le crime parfait
"Si je pouvais tuer et m’en tirer à chaque fois que j’en ai envie, je serais le dernier homme sur Terre. Il y a quelque chose de très esthétique dans l’idée du crime parfait. C’est très créatif, très excitant. Au fil de ma carrière, j’ai souvent mis en scène des histoires criminelles. Dès le début en fait. Dans Prends l’oseille et tire-toi, je jouais un type qui braque une banque et se retrouve au bagne. Et puis il y a eu Bananas, Crimes et Délits, Match Point, Cassandra’s Dream… Après tout c’est l’essence même du drame. Regardez Shakespeare, Dostoïevski, Tolstoï. Ils écrivaient sur l’adultère, le meurtre, les choses les plus atroces dans la vie."

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 Woody et le film parfait
"Je suis très critique envers mes films. Mais il y en a un que j’ai pris beaucoup de plaisir à faire, c’est   Match Point. Strictement à cause de la chance qui m’a accompagné du début à la fin. Juste avant le tournage, j’ai perdu mon actrice principale… et j’ai trouvé Scarlett Johansson pour la remplacer. Elle était parfaite. Sur le tournage, lorsque j’avais besoin d’un ciel nuageux… il y avait des nuages. Quand j’avais besoin de pluie… il pleuvait. Etc. Tout ce que je faisais fonctionnait. Je n’aurais pas pu faire un mauvais film, même si j’avais essayé."

 Woody et Joaquin Phoenix
"Contrairement à sa réputation, c’est un garçon très doux, gentil, professionnel. Il est toujours à l’heure, il apprend ses dialogues, il salue tout le monde. Mais qu’est-ce qu’il est torturé ! S’il était à table avec vous et que vous lui demandiez de vous passer le sel, il mettrait sa tête entre les mains et il fera une expression de désespoir. Comme dans Hamlet ! En fait je n’ai pas eu besoin de le diriger. Il suffit de filmer car il a l’air de souffrir en permanence. Alors que d’après moi il ne souffre pas. C’est juste un truc qu’il projette".

 Woody et le temps qui passe
"Si je ne joue pas dans mes derniers films, c'est tout simplement parce que je n’ai pas écrit de rôle adéquat. Par le passé, il me suffisait de lire un de mes scripts et de me dire : ‘je pourrais jouer ce personnage-ci, ou ce personnage-là. Désormais je n’en trouve pas à cause de mon âge. Je ne peux plus me donner le rôle du jeune premier romantique (sourire). Récemment dans   Apprenti Gigolo, de John Turturro, j'ai joué un vieux maquereau. Voilà le genre de rôle auquel j'en suis réduit désormais !"

 Woody et sa série pour Amazon
"Je ne plaisante pas lorsque je dis que j’ai du mal à écrire cette série que je me suis engagé à faire pour eux. En fait j’ai deux idées sur lesquelles je travaille en parallèle. L’une d’elle, c’est l’histoire romantique de deux jeunes gens en week-end à New York. L’autre est plus loufoque et il y a un bon rôle pour moi dedans. J’aimerais que la deuxième fonctionne mais dès que ça coince, je reviens à la première. Et vice-versa. J’espère que je ne vais pas décevoir tout le monde et avoir la honte." 

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