Xavier Dolan : "Les gens aiment me voir comme une tête à claques"

Xavier Dolan : "Les gens aiment me voir comme une tête à claques"

INTERVIEW – En cinq films, Xavier Dolan a fait de la mère son fil conducteur artistique. En atteste son sublime "Mommy", en salles ce mercredi, qui dresse le portrait poignant d’une maman-courage s’occupant seule de son fils hyperactif. De passage à Paris, le réalisateur québécois, lauréat du Prix du Jury à Cannes en mai dernier, s’est confié à Metronews.

Des milliers d’adjectifs ont été utilisés pour vous qualifier. Quels sont ceux qui vous agacent le plus ?
Les adjectifs qu’on utilise pour me décrire ne me font pas chier. En revanche, ce qui m’énerve, c’est quand on me demande d’y réagir. Les questions du genre : 'Comment se sent-on quand on est un enfant prodige ?'. Qu’est-ce que, moi, je peux répondre à ça ? Les gens aiment avoir une vision extrêmement narcissique de moi, pédante, très tête à claques… La vérité, évidemment, c’est qu’ils ne me connaissent pas. Je suis en réalité quelqu’un d’assez timoré, qui doute beaucoup, comme la presque totalité des personnalités dont on aime à dire qu’elles sont monstrueuses, imbuvables, arrogantes…

Après quatre films, on a l’impression que vous avez trouvé votre ton avec Mommy, et que ce dernier ressemble à ce qui sera désormais votre cinéma…

Tout à fait. C’est exactement ça ! La vie est faite de films dont certains sont des exercices à part comme Tom à la ferme et Les amours imaginaires. Mes trois longs métrages qui se ressemblent le plus émotionnellement sont les impairs : J’ai tué ma mère, Laurence Anyways et Mommy. Ce sont les plus latins, intenses et expansifs. Ce que j’ai le plus compris au fil des années, c’est l’importance avant tout de raconter une histoire. A chaque plan et à chaque scène de Mommy, on se disait : histoire, histoire, histoire… personnage, personnage, personnage, personnage… et émotion ! La mise en scène n’a jamais été ma priorité.

"Dans la vie les gens s’utilisent sans être des salauds pour autant"

Vos films explorent constamment les relations mère-fils, comme dans Mommy où un jeune homme violent et hyperactif rend la vie difficile à sa génitrice. Pour vous, c’est quoi une bonne mère ?
(Long silence) C’est la pire question qu’on ne m’ait jamais posé en ce sens où elle est très intelligente… Franchement, je peux peut être écrire des rôles de mères, me projeter dans leurs peaux. J’aime le faire, je l’avoue, ça me fascine, ça m’amuse, ça m’inspire. Mais je ne vais pas répondre à votre question. Je n’en ai aucune idée. C’est ma réponse.

A l’inverse, comment définiriez-vous un bon fils ?
C’est avoir la maturité, très tôt dans sa vie, de comprendre ce que représente l’étendue des sacrifices qu’une mère peut faire pour bien élever son enfant au mieux de ses capacités, de ses moyens, de ses ressources intellectuelles, financières et émotives. Il faut comprendre qu’une femme a deux vies : celle de jeune femme et celle de mère. Il y a entre les deux une petite mort, l’enterrement de projets, d’amours, de désirs, de rêves.

L’amour, quelle qu’en soit la forme, est-il un passeport pour la souffrance ?
Au cinéma, je pense que c’est… (Une poussette tombe au loin. Xavier blêmit. Heureusement, il n’y avait pas de bébé à l’intérieur). J’ai eu peur ! (Il se reprend) J’aime beaucoup aborder des personnages qui se battent pour leur liberté, leurs idéaux… mais souvent, la vie les écrase, les fait perdre. C’est ça la vie. Les gens s’utilisent sans être des salauds pour autant. La voisine de Mommy a une vie lisse, viciée par la mort, et se retrouve attirée par ceux qui habitent en face. Aller vers eux, c’est s’affranchir.

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