Les 100 milliards "d'épargne-Covid" des Français : un bas de laine très convoité, et une épargne qui change

DÉCRYPTAGE - Dans sa chronique "Les indispensables", Fanny Weil s'est intéressée ce vendredi 4 septembre 2020 à l'épargne supplémentaire accumulée par les Français pendant le confinement.
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ARGENT DE CÔTÉ - La rentrée n'a que peu ralenti l'appétit des Français pour l'épargne, au travers de placements plus prudents. Une (super)cagnotte que le gouvernement voudrait voir réorientée vers la consommation.

85,6 milliards d'euros, c'est le montant total de notre épargne financière au 1er septembre, telle que la décompte la Banque de France dans sa note mensuelle sur la situation financière des ménages. Une hausse de près de 16 milliards sur le mois écoulé, loin du plus haut de la période du confinement, mais trois fois plus que dans la période précédant l'épidémie. Entre février et juillet dernier, ce sont plus de 100 milliards d'euros que nous avons ainsi déposés à la banque, tous comptes confondus. 

On savait les Français friands d'épargne, bien plus que l'essentiel des consommateurs de pays comparables ou voisins. Mais à ces niveaux-là, ce n'est plus de l'appétit, c'est de la boulimie : selon l'INSEE, le taux d'épargne des ménages atteint aujourd'hui 27,4%, quand il n'était que de 14,9% en 2019. Une progression que n'explique pourtant pas le rendement plutôt anémique des produits d'épargne les plus courants.

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Si elle en a fait exploser les montants, l'épidémie de Covid-19 a aussi modifié le palmarès des placements les plus populaires. Le plus visible, c'est l'assurance-vie, supposé placement préféré des français, qui n'a pourtant pas profité de l'épargne forcée des mois de confinement et après. Ce serait même plutôt l'inverse, les sociétés d'assurance rapportant un solde négatif sur les cinq derniers mois, avec cinq milliards d'euros en moins investis en assurance-vie.

Selon les professionnels, l'explication tiendrait à l'incertitude des ménages face à l'avenir, qui leur ferait privilégier une épargne disponible à tout moment et des placements plus "liquides", plutôt qu'une épargne bloquée comme l'est l'assurance-vie. De quoi expliquer la performance du Livret A, plus de 22 milliards d'euros déposés entre janvier et juillet, malgré son taux d'intérêt maigrelet (0,5%), mais dont l'épargnant peut disposer à volonté. Autre signe de grande prudence, l'intérêt pour le Plan Épargne Retraite, fiscalement avantageux, et rassurant pour l'avenir.

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Difficile de ne pas mettre ces cent milliards-ci en regard des cent milliards d'aides annoncés dans le plan France Relance dévoilé jeudi par le gouvernement. C'est en tout cas ce qu'a fait Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie, qui appelle les épargnants à réinjecter une partie de leur bas de laine dans l'économie. Parmi les pistes qui pourraient les y aider, une aide au déblocage de l'épargne salariale. A la vue de la crise économique qui sévit cette année, les entreprises devraient peu distribuer de primes d'intéressement ou de participation au printemps prochain. Pour compenser, Jean Castex a évoqué l'idée de permettre aux salariés de débloquer tout ou partie de leur épargne salariale, sans pénalités.

Le Premier ministre et son ministre de l'Économie pourraient voir leurs voeux entendus, la Banque de France notant d'ores et déjà "un redémarrage d’activité dans plusieurs secteurs avec des niveaux proches de la normale, d’avant la crise". Un retour à la consommation à confirmer dans quelques semaines, quand l'institution publiera ses prochaines perspectives économiques.

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