Banque en ligne, banque mobile, néo-banque : comment s'y retrouver dans cette jungle ?

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INTERVIEW - L'arrivée d'Orange Bank est susceptible de changer la donne dans le secteur des banques en ligne et néo-banques. Boursorama, N26 et bientôt EKO... la multitude des offres peut brouiller les cartes. Guillaume Clavel, patron du comparateur Panorabanques nous aide à y voir plus clair.

C'est un coup de pied dans la fourmilière que l'opérateur téléphonique Orange a donné en lançant Orange Bank début novembre 2017. Cette banque 100% mobile, dont les principaux services sont gratuits, affiche l'ambition d'attirer 2 millions de clients. Pour rester dans la course, le Crédit agricole annonce d'ores et déjà l'arrivée prochaine d'EKO. Cette nouvelle offre propose l'essentiel des services bancaires pour 12 euros par an. Elle est accessible en ligne, comme le veut la tendance, mais ne tire pas pour autant un trait sur l'accueil en agence. 


Une façon de se démarquer de nouvelles venues, surnommées -parfois improprement- néo-banques qui tentent elles aussi de tirer leur épingle du jeu. Celles-ci, à l'instar de la britannique Revolut ou de l'allemande N26 (arrivées en France depuis cet été pour la première et le début de l'année pour la seconde) présentent la particularité d'être uniquement accessibles via leur application mobile.  


De nouvelles formules susceptibles d'ouvrir l'éventail des offres, déjà enrichi ces deux dernières décennies par l'arrivée successive de banques en ligne telles que ING Direct dès 2000, Boursorama Banque en 2006 ou encore BforBank en 2009. Comment s'y retrouver dans cette jungle des offres bancaires ? Les réponses de Guillaume Clavel, fondateur du comparateur de banques Panorabanques.com. 

LCI : Banque en ligne et néo-banque : quelles différences au juste ?

Guillaume Clavel : Les banques en ligne sont des filiales des banques traditionnelles. Techniquement, ce sont des "établissements de crédit" habilités à gérer des moyens de paiement (y compris des découverts), à octroyer des crédits et à gérer des actions et des produits financiers notamment. Les néo-banques ont un statut d'"établissement de paiement", qui leur permet d'effectuer des opérations bancaires et d'octroyer des crédits mais de façon très encadrée. Jusqu'ici les premières étaient accessibles sur leur site et sur leur application mobile et les secondes uniquement sur mobile. Orange Bank, bien que 100% mobile, vient brouiller les cartes car il s'agit techniquement d'une banque en ligne et non d'une néo-banque. A l'inverse, N26 habituellement qualifiée de néo-banque est bel et bien une banque car elle a reçu un agrément bancaire en Allemagne, faisant foi dans toute l'Union européenne.

LCI : Ces banques présentent des restrictions mais aussi des possibilités inédites...

Guillaume Clavel : Les premières banques en ligne exigeaient un minimum de revenus ou d'épargne pour ouvrir un compte mais les montants réclamés ont tendance à diminuer voire disparaître pour les derniers venus. Ainsi, ils sont réduits à 1000 euros de revenus mensuels chez Boursorama Banque et Hello Bank!, à 1200 euros chez Fortuneo ou ING Direct ou encore à 1600 euros chez BforBank. Aucune condition de revenus chez Orange Bank ni chez les néo-banques (C-ZAm, Compte-Nickel). Quant aux banques mobiles N26 ou Revolut, il faut avoir conscience que leurs comptes sont associés à une carte bancaire généralement à autorisation automatique, c'est-à-dire sans découvert possible, qui présente parfois l'inconvénient de ne pas pouvoir être utilisée avec certains automates, de stations-service par exemple. Les banques mobiles présentent l'avantage de permettre d'effectuer des virements y compris par SMS. Impossible en revanche de demander un chéquier. Le solde est mis à jour en temps réel et il est possible de trier ses dépenses par catégories (certaines banques mobiles permettent aussi de le faire). Ce qui peut aider à gérer son budget. Autre point fort, proposé par Revolut, pour les clients qui voyagent à l'étranger : il est possible d'avoir trois comptes dans des devises différentes et de transférer l'argent de l'un à l'autre sans frais.

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Banques en lignes : une révolution ?

Attention aux frais cachés

LCI : Les tarifs sont très bas mais faut-il se méfier des frais cachés ?

Guillaume Clavel : Pour les besoins du quotidien les tarifs sont bien en dessous de ceux des banques traditionnelles. A commencer par la carte bancaire classique (voire haut de gamme), généralement gratuite dans les banques en ligne alors qu'elle est facturée en moyenne 41 euros par an (haut de gamme : 125 euros) dans les banques traditionnelles. De même, les frais de tenue de compte sont offerts par les banques en ligne alors qu'ils s'élèvent en moyenne à 18 euros dans les réseaux traditionnels. A noter, les néo-banques C-Zam (Carrefour banque) ou Compte-Nickel (désormais filiale de BNP Paribas) facturent respectivement 12 euros par an (+5 euros au départ) et 20 euros par an. Il existe cependant des frais cachés. Par exemple chez Orange Bank tout est gratuit, ou presque, car dans certains cas il peut y avoir des frais de tenue de compte. La facture atteint ainsi 5 euros par mois si le client n'effectue pas au moins trois paiements ou retraits par mois avec sa carte bancaire ou son service de paiement mobile. Sinon les principaux services sont gratuits : carte bancaire, assurance des moyens de paiement, retrait d'espèces illimité dans un distributeur. Gros point noir : les retraits à un distributeur peuvent coûter. Deux euros par retrait à partir du sixième par mois chez N26, un euro chez C-zam hors réseau Carrefour Banque ou BNP Paribas, par exemple.

A noter : les usagers des banques classiques dépenseront en moyenne 193,80 euros en frais bancaires en 2017, selon les estimations de Panorabanque.com. A priori bien plus qu'avec une banque en ligne ou une néo-banque.

LCI : Tout le monde peut-il vraiment s'y retrouver ?

Guillaume Clavel : Deux Français sur trois ne veulent pas se passer d'une agence bancaire (Baromètre Ifop pour Wincor Nixdorf, ndlr)... même si dans les faits ils n'y vont pas forcément. Savoir qu'il est possible de rencontrer quelqu'un face à face les rassure. Pourtant les sites des banques permettent d'effectuer la plupart des tâches autrefois demandées au guichet (solde du compte, édition d'un RIB, virement notamment). Et même si certaines banques en ligne permettent désormais de souscrire des crédits immobiliers ou une assurance-vie derrière son ordinateur, il est compréhensible que certains aient besoin d'avoir un interlocuteur capable de les conseiller. C'est aussi sans doute une question de frein psychologique.

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