Les Français n'y ont jamais autant investi leur argent : qu'est-ce que la finance solidaire ?

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FINANCE - Les Français n'ont jamais autant placé leur argent dans des projets à vocation sociale ou environnementale selon le baromètre de la Finance Solidaire de Finansol et "La Croix" publié ce lundi matin. En 2018, la finance solidaire a représenté 12,6 milliards d'euros de placements.

Comment donner du sens à son argent ? Des milliers de Français investissent dans des projets à vocation sociale ou environnementale, grâce à la finance solidaire, comme l'indique le baromètre annuel Finansol et La Croix publié ce lundi. En 2018, en épargnant via leur entreprise, leur banque ou investissant directement dans une entreprise solidaire, les Français ont déposé 12,6 milliards d’euros sur des placements solidaires. Un chiffre record, en hausse de 8,7% par rapport à l’année précédente, soit un milliard d’euros supplémentaires pour des entreprises et des associations qui ont permis de créer ou consolider 48000 emplois, de reloger 3050 personnes ou encore d’approvisionner 22600 foyers en électricité renouvelable.

Où va l'argent de la finance solidaire ?

D’après le baromètre 2018 Finansol - La Croix, "la lutte contre l’exclusion" capte plus de la moitié des financements générés par l’épargne solidaire. Cela regroupe les aides aux logements, comme la construction de nouvelles habitations dans le parc social ou l’hébergement des personnes handicapées ou dépendantes. Mais aussi l’action sanitaire et sociale, avec notamment l’insertion par l’activité économique. “L’association Les invités au festin par exemple, basée à Besançon, s’occupe de personnes en souffrance psychiatrique pour leur proposer de nouvelles solutions d’hébergement”, illustre Patrick Sapy, directeur de Finansol. “En France on a plutôt l'habitude d’enfermer ces gens-là dans des milieux très médicalisés. Cette association propose une alternative à la prise en charge des personnes souffrant de troubles psychiatriques et achète des logements privés pour les autonomiser. Elle fonctionne avec des bénévoles, et grâce à un récent financement issu de l’épargne solidaire, elle va ouvrir d’ici peu un magasin à Besançon, qui sera tenu par les personnes dont elles s’occupent, pour les réinsérer progressivement dans le monde du travail.”

Ces dernières années, le financement d’activités environnementales s’est développé et capte aujourd’hui un quart de la finance solidaire. Cela recouvre le soutien aux énergies renouvelables, mais aussi l’aide aux entreprises et associations, dans la filière biologique ou s’inscrivant dans les logiques de circuits courts agricoles.

Enfin, l’aide aux projets tenus dans des pays en développement représente désormais la troisième voie la plus importante dans la répartition des ressources issues de la finance solidaire. “Un exemple très très fréquent est le soutien d’institutions de micro-finances qui encouragent les femmes à entreprendre une petite activité génératrice de revenus qui leur permet d’être indépendante financièrement. La SIDI (Solidarité Internationale pour le Développement et l’Investissement) notamment, travaille avec des organismes installés dans des pays en voie de développement et qui ont ce genre de pratiques. Elle leur prête alors de l’argent issu de l’épargne solidaire pour les aider à encourager les femmes, à payer l’éducation des jeunes filles, entre autres”, détaille Patrick Sapy.

Epargne salariale et livret bancaire solidaire : comment cela fonctionne ?

Pour aider les associations et financer des actions solidaires, il y a plusieurs façons de contribuer. Vous pouvez décider de faire un don direct, ou de passer par l’épargne solidaire. Deux principaux supports d’épargne sont utilisés : les produits bancaires, et l’épargne salariale. Dans le premier cas, il suffit d’ouvrir un livret d’épargne solidaire, parmi ceux proposés par votre banque, qui ont des partenariats avec une ou plusieurs associations. Vous y placez vos revenus comme sur un livret d’épargne classique, avec la particularité que tous les ans lorsque vous percevrez vos intérêts, une partie de ces intérêts ira à l’association solidaire.

Pour la seconde option, il faut se renseigner auprès de votre employeur, pour savoir si votre entreprise propose des plans d’épargne salariale. Depuis 2010, les entreprises sont obligées de proposer un fonds solidaire dans leur dispositif d’épargne salariale. Si vous choisissez ce fonds, une partie de votre épargne sera alors investie dans une entreprise solidaire ou une association, le plus souvent sous forme de prêt, sans que votre solde varie.

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Quelle est la meilleure solution pour se mettre à l’investissement solidaire ?

“Pour les petits montants je conseille plutôt le livret bancaire car c’est le support le plus pratique. Mais en raison de la baisse des taux c’est aussi le moins rémunérateur”, explique Patrick Sapy. “Si vous avez beaucoup de capital, vous pouvez épargner sur des fonds communs de placement, qui sont plus performants et ont plus d’impact”, poursuit-il. “Au final tout dépend de votre patrimoine. C’est l’avantage de l’épargne solidaire : il y a une multitude de produits différents qui correspondent aux différences de patrimoine financier de chacun, et à l’intérêt que chacun porte au suivi des projets dans lesquels ils investissent”, résume le directeur de Finansol.

Patrick Sapy nous dit d'ailleurs constater régulièrement que les épargnants “veulent être impliqués dans le choix de l’association bénéficiaire”. Dans le cadre de l’épargne salariale, les gestionnaires précisent dans les descriptifs de fonds avec quelles associations ils travaillent. L’utilisation de vos revenus est donc bien entendue encadrée, mais “étant donné que tout est mutualisé, il peut être plus difficile d’avoir un suivi précis et régulier des investissements qui sont faits”, reconnaît Patrick Sapy. Ainsi lorsque vous avez particulièrement à cœur de suivre ce qui est fait avec l’aide de votre argent, “vous pouvez aussi décider d’investir directement dans le capital d’une entreprise solidaire”, conseille-t-il. Idéalement labellisée Finansol, qui certifie aux épargnants que leur argent est bien investi dans des projets solidaires. 

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“Ce n’est pas parce que vous épargnez solidaire que vous avez plus de risques ou que vous renoncez à toute rémunération”, assure ensuite Patrick Sapy. “La rémunération est raisonnable, bien que légèrement inférieure à d’autres placements, puisque les entreprises solidaires ne peuvent pas payer des taux d’intérêts énormes comparé à des entreprises plus classiques”, poursuit-il. Selon lui, le véritable avantage est d’avoir à la fois un rendement financier - même faible - et un rendement social. “Vous pouvez vous dire qu’avec votre argent, vous avez contribué à la création de tant d’emplois, permis le logement de tant de personnes, etc.” avance Patrick Sapy. “C’est une satisfaction d’avoir ces indicateurs sur l’utilité et l’impact social généré par votre don ou votre épargne, et pas seulement une rémunération”.

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