En manque de shopping ou pas du tout, nos vies ont-elles changé avec les commerces fermés ?

En manque de shopping ou pas du tout, nos vies ont-elles changé avec les commerces fermés ?

CONSOMMATION - Les commerces non-essentiels sont fermés depuis le début du confinement. Cela change-t-il nos habitudes de consommation et notre rapport aux achats ? Sommes-nous en manque ou abstinents consentants ? Allons-nous changer durablement de comportement ?

Au début du confinement, Camille, parisienne, est partie en Bourgogne avec son compagnon et ses deux enfants. Ils ont là-bas, une maison secondaire, et un grand jardin. Elle a l’air bien là-bas, au calme, sous le soleil, dans la nature. Et, depuis des jours, elle poste sur les réseaux sociaux des photos de ses créations, ambiance cuisine de grand-mère, grande table en bois, carrelage en céramique. De l'authentique. Du terroir. De la nature. Camille fait et montre sur Instagram ses citrons confits maison, ses pickles de radis pesto et plantes, sa tarte au citron de "Franou" sans gluten, ses cueillettes de boutons de pâquerettes pour en faire des câpres. A chaque fois, les publications sont assorties de hashtags "no waste", "zero déchets", " bocaux en verre", "chemin de la nature". 

Ce confinement et les magasins fermés l’ont poussée sur un chemin qu’elle ne rêvait que d’emprunter : une vie ralentie, un peu décroissante, recentrée sur la nature. "Les magasins ne me manquent pas du tout", dit-elle. "On se recentre sur les besoins essentiels, et personnellement cela accélère un début de réflexion que j’avais depuis déjà quelque temps : celui de quitter Paris."

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A Paris, Aurore, jeune femme qui travaille dans la publicité, a elle aussi, avec les magasins fermés, vu changer sa consommation. "La nourriture prend plus de place qu’avant, car c’est devenu le moment de plaisir’" raconte-t-elle. "Du coup, j’y consacre sans doute un budget plus important, car je vais chez le charcutier, le fromager… Il faut se faire du bien au moral !" Elle confesse, cependant, craquer de temps en temps… "En début de semaine, j’ai fait une commande chez Sephora. J’avais besoin d’un shampoing spécial que je ne trouve que là-bas. Mais tant qu’à faire une commande, j’ai pris aussi un masque, et puis du maquillage… Au final, cela m’a coûté une belle somme." Dans l’absolu, elle essaie de ne pas trop "craquer". A la fois pour les livreurs – d’ailleurs sa position là-dessus n’est pas arrêtée – "je ne sais pas s’il faut s’interdire d’acheter, pour préserver leur santé car ils s’exposent, ou si à l’inverse, cela leur permet de gagner un peu d’argent", et dans une volonté de moins consommer. 

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Et c’est un peu la question. Qu’est-ce que la fermeture des commerces a changé dans nos vies ? Génère-t-elle un vrai manque, une frustration ? Ou au contraire nous fait-elle prendre conscience de l’inutilité de certains achats ? Peut-on imaginer que ce confinement engendre un véritable changement de comportement ? A en croire les experts, analystes ou commentateurs, il y aura un "avant-après". Mais de quoi sera-t-il fait ? Il y a, c’est sûr, une volonté de changement. Un sondage Yougov pour le magazine Society estime que 87% des Français manifestent une envie de voir la société changer. La régulation de la finance et la prime à l'écologie sont les deux priorités des Français pour l'après-crise, indique l’étude. Cela passe aussi, pour 65% des sondés, par la modification de leurs habitudes de consommation, notamment en termes de quantité et de qualité : envie de consommer plus local (58%), de moins consommer, de réduire ses besoins (50%), se rapprocher de ses proches (42%), faire du sport (34), cultiver soi-même ses fruits et légumes (28%)… 

"Nous allons basculer d’une économie de l’efficience, où l’optimisation et le juste à temps sont privilégiés, à une économie de la résilience, avec une préférence pour la durabilité, la continuité et la sécurité", analyse Sébastien Lacroix, du cabinet de conseil en stratégie Mc Kinsey, dans les Echos vendredi. Le changement de comportement des consommateurs sera même, pour lui "l'évolution la plus importante" : "Aujourd’hui, 42% des Français ont réduit leur consommation, davantage qu’en Italie." Et en sortie de crise, les experts ne croient pas vraiment à un pic de consommation de rattrapage. Les prévisions d’achat sont annulées, plus que reportées. "Les achats d’impulsion ont diminué de 40% et les consommateurs sont prêts à changer de marque et de canal de distribution, avec un taux de pénétration de l’e-commerce de +20%", poursuit le consultant, qui pense qu'une "sorte de frugalité générale peut sortir de tout cela". Voilà pour la théorie. Et dans la réalité ? Cette sorte de "frugalité heureuse", n'est-elle pas un peu idéalisée ? N’est-elle pas une vision de CSP+, qui ont les moyens de s’offrir ce genre de détachement ? Cette prise de conscience peut-elle vraiment s'ancrer dans le temps ?

Mon portefeuille est ravi et moi aussi- Sylvia

Quoi qu’il en soit, comme répond Sylvia, à notre appel à témoignage sur Facebook, les magasins fermés font parfois prendre conscience que non, cela ne manque pas : "C’est quand même là qu’on se rend compte qu’on achetait des tas de choses qui ne servaient à rien… en dehors de la nourriture. Mon portefeuille est ravi et moi aussi", dit-elle. Elodie voit les bienfaits de ce côté confiné : "On fait des économies, on est moins tenté de faire les magasins comme on est obligé de rester à la maison." "De toute façon pour rester chez soi, comme disait ma grand-mère, on ne met pas un tailleur Chanel. Même si on ne se laisse pas aller pour autant", abonde Sandro. 

Cette non-consommation forcée pousse certains à faire des économies, sans forcément tout remettre en question. "Je sors une fois par semaine pour un plein de course", raconte ainsi Sarah. "J'ai déjà mis des économies de côté, qui serviront pour faire plaisir aux enfants dès que possible." Mais d'autres n'ont pas le choix : s'ils réduisent les achats, c'est par nécessité économique : "Moi aussi je fais des courses une fois par semaine, mais je suis loin de pouvoir économiser vu ma perte de salaire", raconte Cindy. Même chose pour Nicolas : "Le coût des produits alimentaires augmente, les salaires avec le chômage partiel diminue donc non aucune dépense de mon côté."

Le compromis de l'achat en ligne

Mais il y a aussi des addicts, pour qui la frugalité imposée est difficile. "Je suis toujours dans les magasins de déco, ma fille dans des boutiques de fringues, donc oui c’est dur", dit Isabelle. "Cela nous manque énormément, c'est très long. Mais contentons-nous de pas être malade." Beaucoup de personnes continuent, cependant, des petits achats par-ci, par là : "Je commande sur le net les choses que je ne peux pas trouver dans mon supermarché", dit Isabelle. Leyla, qui ne peut "pas se passer de shopping", continue aussi à acheter en ligne. "Surtout pour ma fille qui est en pleine croissance !" C’est aussi, d’ailleurs le souci de Lydie : "Les enfants… Les beaux jours arrivent et ils ont grandi, donc on coupe les Jeans en short, les t-shirt manche longue en débardeur, mais pour les chaussures il va bien falloir commander sur internet… " Ce qu'a déjà fait Armelle, en commandant es basket Reebook à ses enfants  en ligne.

Commander en ligne n'est pas nouveau, c'est la proportion qui a explosé. Au détriment à long terme des petits commerces ? "C’est très dur de ne pas consommer, mais cela l'est encore plus pour nos commerçants", dit Christophe, lui-même ancien commerçant. "C'est un assassinat ni plus ni moins... Hors de question d'acheter sur les plates-formes internet." Serge, lui, est un consommateur averti et militant : "Je n'ai pas cédé à la tentation de l'Internet, pas même à celle du drive et je continue avec mes commerçants de proximité comme avant le confinement", dit-il. "Nos commerçants auront besoin de nous, ne les oublions pas." 

Demain, tous décroissants ?

Mais certains se sont déjà projetés dans une vie décroissante. Souvent, le processus avait commencé avant le confinement. "Nous achetons moins, mais surtout local pour aider nos commerçants et agriculteurs", explique Anthony. "Cela fait longtemps que je n’ai plus envie de remplir mon placard de trucs moches fabriqués en Chine", ajoute Solènne. "Si cela pouvait faire comprendre à certains que la surconsommation n’est pas nécessaire, ce serait bien", conclut Fabienne. "Perso, non, ça ne me manque pas du tout."

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