Étiquette carbone sur mes carottes ou mon tee-shirt : comment ça pourrait fonctionner ?

Un paysage avec ou sans pollution / Photo d'illutration
Mon argent

BOUCLE VERTUEUSE - La Convention citoyenne pour le climat propose d'indiquer un "score carbone" dans les commerces. Quelques précurseurs utilisent déjà une sorte de Nutriscore écologique pour des produits alimentaires ou textiles. Nous avons interrogé l'Ademe, qui travaille sur la méthodologie d'un tel dispositif, et l'une des entreprises proposant son propre système.

"Créer un score carbone sur tous les produits de consommation et les services" : cette proposition -que l'on pourrait assimiler à une sorte de Nutriscore écologique- figure dans le rapport que la Convention citoyenne pour le climat a remis le 21 juin au ministère de la Transition écologique et solidaire. Elle vise, avec les 148 autres mesures préconisées, à réduire d'au moins 40% les émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030.  Existe-il déjà des exemples et comment cela pourrait-il fonctionner à grande échelle ? On fait le tour de la question en six points.

• L'idée d'instaurer un étiquetage environnemental n'est en fait pas nouvelle

"Apporter de la transparence aux consommateurs sur l'impact environnemental des produits de consommation est une démarche engagée dans le cadre du Grenelle de l'environnement (2009), reprise dans la Loi de la transition énergétique pour une croissance verte de Ségolène Royal (2015), puis dans la Loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (début 2020)", indique à LCI Raphaël Guastavi, chef de service adjoint au service Produits et efficacité matière de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise l'énergie (Ademe), notamment rattachée au ministère de la Transition écologique et solidaire.

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• Différents affichages déjà en cours avec des lettres

Une classification avec des lettres de A à E accompagnées d'une planète bleue, est déjà utilisé par quelques enseignes... et pas des moindres. Decathlon et Okaidi expérimentent en effet cet affichage en ligne depuis quelques mois pour le textile. De son côté, la Fourche, un magasin bio en ligne fonctionnant sur adhésion, réserve pour le moment un autre système de notation (A+ à E) aux produits alimentaires et affiche en prime de façon chiffrée la quantité de CO2 rejetée pour 100 g de produit. Casino avait tenté l'expérience il y a plus de dix ans, sans poursuivre.

• Deux approches différentes : impact écologique multicritères ou seulement les rejets de CO2

Les deux systèmes s'appuient dans tous les cas sur des bases de données publiques. Le premier (utilisé par Decathlon et Okaidi), élaboré en collaboration avec l’Ademe et le ministère de la Transition écologique et solidaire, englobe le cycle de vie complet du produit (des matières premières à la fin de vie, en tenant compte de la distribution). Il intègre différents impacts environnementaux en plus des émissions de CO2 (épuisement des ressources, pollution de l'air ou de l'eau notamment). Exemples glanés au hasard : le tee-shirt de running, en polyester recyclé, remporte un B tandis que les chaussettes de tennis doivent se contenter d'un E, composées quant à elles majoritairement de coton.

Le second système (utilisé par La Fourche) a été réalisé en collaboration avec Etiquettable, une application collaborative de cuisine durable. Il cible uniquement les émissions de gaz à effet de serre, en prenant en compte les différentes étapes pour arriver au produit fini (l'amont agricole, le transport, l'emballage, le stockage...). Pour du beurre par exemple : il faut en effet prendre en compte l'écrémage du lait, la pasteurisation, la maturation, le barattage, le lavage et le malaxage. Des étapes qui consomment de l’énergie et génèrent donc des gaz à effet de serre. De même que le transport.

Le calcul s'appuie sur les données de l'Ademe  et la lettre est ensuite déterminée en comparant le chiffre du produit étudié à la moyenne des aliments habituellement consommés par les Français. Sachant qu'un repas moyen est estimé  à 2.040 grammes d'équivalent CO2", nous détaille Lucas Lefebvre, co-fondateur de La Fourche. Illustration provenant de la boutique en ligne :  le café en grain du Mexique, qui génère le rejet de 342g de CO2 pour 100 g de produit, se voit attribuer un B. Ce qui reste très en dessous de la viande rouge (E, minimum 960 gCO2/100g). Dans certains cas cependant, il a fallu extrapoler car la base de donnée publique, bien qu'elle s'enrichisse, est encore incomplète. Ainsi un panais est assimilé à une carotte. Autre limite soulevée, la base de donnée fournit des moyennes par ingrédient... alors qu'une aubergine produite en bio n'aura pas forcément la même empreinte carbone qu'une autre produite en agriculture conventionnelle. La moyenne suffit cependant amplement à comparer des types d'aliments entre eux. 

• Une expérimentation lancée pour uniformiser les pratiques

Comme d'autres entreprises, La Fourche, participe à un projet lancé en début d'année par le ministère de la Transition écologique et solidaire. "Le programme consiste à nous réunir régulièrement avec les équipes du ministère pendant dix-huit mois afin d'asseoir une méthodologie qui permettra d'uniformiser les pratiques et de donner à terme un éco-score à différents types de produits", explique Lucas Lefebvre. Au lancement de cette opération, la secrétaire d'Etat Brune Poirson avait indiqué à nos confrères de l'AFP vouloir, du moins pour les vêtements, fixer cette méthodologie dans un décret d'application avant la fin du quinquennat. 

A noter que, outre les travaux menés par l'Ademe pour  arriver à une grille de lecture la plus simple possible, l'Europe cherche aussi à uniformiser les choses. La Commission européenne mène ainsi un programme, baptisé "Product environmental footprint", destiné à mettre d'accord tous les pays de l'Union sur la méthode de calcul d'une empreinte environnementale prenant en compte différents critères en plus des émissions de CO2. En tout cas, pour le moment, "au niveau français, il existe une trentaine de référentiels disponibles pour les entreprises qui souhaitent s'en emparer dans différents secteurs : électronique, habillement, ameublement, mais aussi des services comme les hébergements touristiques (autrement-dit des hôtels peuvent afficher leur impact environnemental) ", énumère Raphaël Guastavi.

Cet affichage pourrait créer une boucle vertueuse de consommation et de production, comme on l'a vu avec l'étiquette énergie- Raphaël Guastavi, expert à l'Ademe

• La question d'un étiquette obligatoire ou facultative 

Les pouvoirs publics vont-ils contraindre les producteurs à fournir une étiquette sur l'impact environnemental ? Sans que l'on puisse répondre à cette question dans l'immédiat, il existe de toute façon du côté des clients "une demande très forte en matière de changement personnel dans une optique de consommation responsable", observe Lucas Lefebvre, persuadé que cette information est susceptible d'orienter les choix.

"Apporter cette transparence au consommateur peut à la fois lui permettre d'effectuer des choix éclairés et en même temps donner aux producteurs des outils pour aller vers une amélioration continue, en augmentant la performance environnementale des produits qu'ils mettent sur le marché : cet affichage pourrait ainsi créer une boucle vertueuse de consommation et de production, comme on l'a vu avec l'étiquette énergie", abonde de son côté l'expert de l'Ademe. Les fabricants dont les frigos étaient par exemple classés en D, ont travaillé pour passer en C, en B, puis en A. Critères de consommation responsable bel et bien devenus des atouts commerciaux. 

Un "prix vert" proposé par l'UFC-Que Choisir pour orienter implicitement les choix vers les produits moins polluants

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• Trop d'étiquette tue l'étiquette ?

Ces affichages relatifs à la pollution viennent s'ajouter à de nombreuses autres informations obligatoires ou facultatives telles que la composition nutritionnelle, les ingrédients, l'origine, labels, le score Yuka... Le risque ne serait-il pas alors que trop d'info tue l'info ? Cela dit, comme le Nutricore, les scores carbone ou écologique actuellement expérimentés s'affichent sous forme de lettres. Leur présentation a donc le mérite de donner l'information de façon synthétique. 

L'UFC-Que Choisir propose de son côté de mettre en place un "prix vert". Il s'agirait d'une sorte de taxe carbone qui pèserait sur les produits ou services qui nuisent à l'environnement et souvent vendus à "des prix indûment bas car les fabricants n'assument pas le coût de leurs pollutions", souligne l'association. Cette tarification qui a donc vocation à "refléter le vrai coût environnemental de notre consommation (fabrication, transport, déchets, etc.) rendrait ainsi plus compétitifs les produits écologiquement vertueux". 

Ce qui conduirait donc de façon implicite à moins acheter les produits les plus polluants. Dans l'immédiat, l'association recueille l'avis du grand public sur ce système. Il figure en effet parmi "17 propositions pour une consommation responsable pour l'après crise" soumises depuis jeudi 25 juin et pendant tout l'été à la consultation des consommateurs. Une démarche participative destinée à élaborer une loi que l'association compte soumettre aux parlementaires et au gouvernement d’ici à l’automne.

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