Grand Format : les secrets des lunettes correctrices à 10 euros

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ECONOMIES - En France, une paire de lunettes vaut en moyenne 456 euros, mais il est possible d'en trouver à prix cassé. De plus en plus d’enseignes promettent verres et montures à partir de 10 euros. Comment expliquer cet écart des prix ? Comment sont fabriquées ces lunettes low-cost, et surtout, sont-elles de bonne qualité ?

Charles Liebert, caviste à Paris, collectionne les paires de lunettes. Des lunettes rouges et carrées pour les jours où il veut être "positif et joyeux", des lunettes noires pour "les salons ou les conférences"… A chaque circonstance une paire, ou presque. En neuf ans, cet astigmate a acheté neuf paires de lunettes. En France, il faut compter en moyenne 456 euros pour une paire : mais Charles Liebert a acheté les siennes dans des boutiques low-cost. "Avant ça me coûtait entre 600 et 700 euros, aujourd’hui ça me coûte 50 euros", note-t-il. 

Comme lui, de plus en plus de Français se laissent séduire par les lunettes à prix cassé. Lunettes pour tous, Polette, Sensee, et depuis peu la grande distribution : tous promettent lunettes et montures à partir de dix euros. Chez le premier, le leader français du marché, on promet une paire de lunettes fabriquée en seulement dix minutes. Le client choisit parmi 400 modèles fabriqués en Chine. Comme chez un opticien classique, on peut y venir avec son ordonnance, mais un examen est aussi proposé sur place.

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100 paires par jour

Pour servir aussi vite les clients, les commandes sont traitées à la chaîne dans un laboratoire, au sous-sol du magasin. "Dix minutes c’est faisable, même parfois six minutes", souligne Aminata Sylla, monteuse optique. Un robot taille et affine les verres en deux minutes seulement. 100 paires sont produites par jour, ce qui permet à la marque d’être rentable. Depuis 5 ans, Paul Morlet, fondateur de "Lunettes pour tous" est ainsi devenu un sérieux concurrent sur le marché de l’optique. "On a la chance de vendre plusieurs centaines de paires de lunettes par magasin. Un marché classique aujourd’hui, c’est deux paires par magasin par jour", constate-t-il. Voilà le secret : avec dix fois plus de ventes donc, les discounters misent sur les volumes tout en réduisant les marges.

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Des verres "un peu plus grossiers"

Mais côté qualité, les verres sont-ils aussi performants ? Pour Thanh Hoang-Xuan, professeur en ophtalmologie, ce type de lunettes ne répond pas à tous les besoins. "Ce sont des verres qui sont un grand apport pour tous ceux qui ne peuvent pas se payer des verres normaux, modernes, bien faits, mais par contre ils ont des inconvénients. C’est un petit retour à 20 ans en arrière où les verres sont un peu plus grossiers ou ne sont pas traités contre les ultra-violets."

Plus grossiers peut-être, mais les nouveaux acteurs du low-cost ont malgré tout de beaux jours devant eux, car les Français payent leurs verres en moyenne 50% plus cher qu’en Allemagne, et 65% plus cher qu’au Royaume-Uni. Un écart de prix qui serait dû à une différence de qualité, selon Bernard Levy, opticien "Vue d’Issy" dans les Hauts-de-Seine : "En France on a la chance d’avoir un vrai marché haut de gamme plutôt, c’est dommage de tirer vers le bas, parce qu’on a un marché qui est vraiment exceptionnel. Au niveau de la santé visuelle ça s’en ressent à long terme. On a beaucoup moins d’accidents du travail liés à la vue, d’accidents de conduite, de choses comme ça parce qu’on a des verres de bien meilleure qualité. "

Frais de service et marges plus importantes font aussi grimper la note. A l’avenir, les opticiens vont devoir miser sur les conseils et l’accompagnement, seule option pour se différencier dans ce marché ultra-concurrentiel. 

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