Réforme des retraites : les baisses calculées par les simulateurs en ligne sont-elles fiables ?

Réforme des retraites : les baisses calculées par les simulateurs en ligne sont-elles fiables ?
Mon argent

Toute L'info sur

Les grèves contre la réforme des retraites d'Emmanuel Macron

EXTRAPOLATION - Alors que le contenu de la réforme des retraites n'a pas encore été clairement dévoilé par le gouvernement, de nombreux calculateurs sont déjà disponibles sur Internet. Les projections établies par le SNES-FSU, la CGT des cadres ou encore le think tank IPS présagent tous d'une franche baisse des pensions. Faut-il les croire ?

Un simple clic sur un menu déroulant ou trois chiffres à indiquer dans des cases. Différents simulateurs en ligne proposent aux internautes de calculer leur future pension de retraite, en tenant d'ores et déjà compte de la réforme à venir. En une fraction de seconde, ils calculent des montants à faire pâlir tant ils sont faibles. Quels sont ces outils et quel crédit leur accorder ?

Suscitant sans doute le plus d'inquiétudes, le calculateur du SNES-FSU, premier syndicat du secondaire (collèges et lycées), a été mis en ligne deux semaines avant la grève démarrée le 5 décembre. Les enseignants sont invités à mentionner l'année de leurs débuts dans le métier, le nombre d'années pendant lesquelles ils comptent travailler et le nombre d'heures supplémentaires effectuées par semaine. Par exemple (respectivement année 2000 / 43 ans /1 heure), selon cet outil, un certifié verra sa pension rognée de 997,58 euros par mois. La chute annoncée est encore plus vertigineuse pour un agrégé (-1.110,88 euros pour finir à 2.305,23 euros). 

Lire aussi

Mais quelles sont les données considérées ? Le site précise que son outil est conçu "à partir des principaux éléments connus de la réforme des retraites" et qu'il "permet d’estimer l’évolution de [la] pension en cas d’application immédiate de la réforme"... qui n'est en aucun cas censée être appliquée avant 2025. Il est cependant mentionné que les calculs sont effectués "sans prendre en compte les droits familiaux ni certaines indemnités dont la mesure est plus volatile (indemnité de résidence, éducation prioritaire par exemples)". 

La colère a été attisée par ces simulateurs qui disaient des choses inexactes"- Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation, mercredi 4 décembre 2019

Problème, les éléments concrets de la réforme à venir ne sont pas encore connus. Impossible donc à ce stade d'établir des scénarios avec certitude. Il n'empêche que face au vent de panique suscité par ce calculateur, le ministre de l'Éducation, Jean-Michel Blanquer, a tenté de rassurer la profession à deux reprises. Il a ainsi envoyé mardi 3 décembre à tous les professeurs de France une lettre leur garantissant le maintien de leur "niveau de pensions". Puis a renforcé son engagement le lendemain, allant jusqu'à promettre des hausses de rémunération devant la presse lors d'un déplacement au rectorat de Paris. 

En vain. Jeudi 5 décembre, la mobilisation s'est traduite par un important taux de grévistes de 51% dans le primaire et de 42% dans le secondaire, selon le ministère (et respectivement 70% et 75%, selon les syndicats). Des chiffres d'autant plus hauts, a en croire le ministre, que "la colère a été attisée par ces simulateurs qui disaient des choses inexactes". 

"Macron veut baisser ta retraite. On calcule de combien ?"- Intitulé du simulateur de la CGT des cadres

Autre univers professionnel, même mécanisme. Quelques mois plus tôt, dès cet été, l'UGICT (la CGT des ingénieurs, cadres et techniciens) a, elle aussi, lancé son calculateur. Il appartient aux intéressés d'y entrer uniquement leur année de naissance en dessous d'un intitulé sur fond rouge : "Avec sa réforme, le gouvernement Macron veut baisser ta retraite. On calcule de combien ?"

Pour une naissance en 1987 par exemple, le simulateur indique alors que la retraite pourra être prise en 2049 et que la pension s'élèvera en moyenne à 46% du salaire moyen alors que ceux qui la prennent actuellement touchent environ 61%. Explication donnée dans la méthodologie : "la règle d'or" du "blocage du financement des retraites à son niveau actuel, c'est-à-dire 14% du PIB", alors qu'avec le papy-boom et le vieillissement de la population, les besoins de financement vont être très importants". Or, le PIB est, lui aussi, soumis à des évolutions, le plus souvent à la hausse. 

Un rapport de 76 pages de projections chiffrées

Il peut sembler que la charrue ait également été mise avant les bœufs du côté de l'Institut de la protection sociale (IPS). Cet organisme indépendant, qui se présente comme un "laboratoire d’idées", a dénoncé notamment "une baisse de retraite programmée pour de nombreuses femmes" dans un épais rapport de 76 pages contenant des projections chiffrées. Exemple : un couple ayant élevé trois enfants tout en travaillant tous les deux et ayant cotisé chacun 162 trimestres sur 35.000 euros de revenus par an. Selon cette étude, s'ils partent à 62 ans, la pension de la mère passera de 26.456 euros par an avec le système actuel à 20.423 euros avec le système universel, soit une perte de 6.033 euros. 

Les réactions de l’exécutif ont été rapides. Le jour même de sa publication, fin novembre donc, le haut-commissaire aux Retraites, Jean-Paul Delevoye, n'a pas mâché ses mots  : "La démonstration de l’IPS est un argumentaire partiel et volontairement à charge. Les cas-types mis en avant comportent en effet de nombreuses imprécisions et sont délibérément orientés", écrivait-il dans un communiqué de presse invoquant de nombreuses statistiques susceptibles de ne parler qu'aux initiés.  

À qui profitent les fausses infos ? Pas aux salariés ni aux agents". - Tract de décembre 2019 de la CFDT

Se démarquant plus que jamais des autres syndicats, la CFDT a quant à elle clairement pris ses distances avec ces simulateurs Elle les accuse d'arriver trop tôt alors que "la réforme n'est pas connue". Elle a ainsi publié début décembre un tract à l'intitulé explicite : "Réforme des retraites : À qui profitent les fausses infos ?  Pas aux salariés ni aux agents". 

Seul syndicat  qui continue de soutenir l'idée d'un régime universel, le mouvement de Laurent Berger a ainsi dénoncé des outils qui "basent leurs calculs sur des hypothèses (toujours les pires) rendant les résultats complètement farfelus". Une confusion d'autant plus regrettable qu'en revanche "une fois les détails de la réforme connus, des outils de simulations sérieux seront indispensables". Reste à savoir si la présentation ce mercredi 11 décembre par Édouard Philippe "de l'intégralité du projet du gouvernement" pour réformer les retraites permettra de proposer des simulateurs fiables. 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent