Livret A et inflation : le graphique qui remet les idées en place

Le taux du livret A n'a pas toujours été inférieur à l'inflation
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INTERVIEW - Compte tenu de l'inflation actuelle (1,1%), les détenteurs d'un livret A (rémunéré à 0,5% à partir de février) perdent du pouvoir d'achat. Un expert nous confirme que son rendement réel est en effet négatif mais que cette situation n'est cependant pas nouvelle.

Déjà minime, son rendement annuel s'érode encore d'un quart de point. Le taux du livret A tombera ainsi à 0,5% au 1er février 2020 (au lieu de 0,75% depuis août 2015). Après plusieurs années de gel voulu par le gouvernement, Bercy a finalement décidé d'appliquer la formule de calcul (ayant plusieurs fois évolué au gré de l'évolution du contexte économique) et s'appuyant notamment sur l'inflation. À noter que, mathématiquement, ce taux aurait ainsi dû se situer à 0,23% mais qu'il a été prévu dans tous les cas de garantir un taux plancher de 0,5% minimum.

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Compte tenu de l'inflation actuelle en France à 1,1%, les 55 millions de détenteurs d'un livret A perdent finalement du pouvoir d'achat : le rendement (qu'il soit aujourd'hui à 0,75% ou bientôt à 0,5%) est en effet inférieur à la hausse du coût de la vie. Comme le montre notre infographie ci-dessous (cliquez ici, si vous ne la visualisez pas), sa rentabilité réelle, c'est-à-dire une fois l'inflation retranchée, est en réalité déjà négative depuis 2016. Cela a également été le cas à différentes périodes du passé et de manière extrême par exemple en 1974 : le taux du livret A (6%) était en effet plus de deux fois plus faible que celui de l'inflation (13,8%).

Ce nouvel abaissement d'un quart de point à compter de février est donc clairement à relativiser, selon Maxime Chipoy, directeur du site spécialisé dans les questions budgétaires et la finance personnelle MoneyVox (ex-Cbanque), joint par LCI ce jeudi 16 janvier. 

LCI : Le taux du livret A a-t-il souvent été, par le passé, en dessous de l'inflation ?

Maxime Chipoy, directeur de MoneyVox (ex-Cbanque) : Oui, cette situation n'est pas du tout nouvelle. Les épargnants ont l'impression, complètement à tort, que le livret A est sans risque, liquide et super performant depuis 200 ans [il a été créé en 1818, ndrl]. Les événements politiques ont pourtant souvent provoqué d'importants décalages entre le rendement affiché et le rendement réel, c'est-à-dure une fois l'inflation prise en compte. 

Par exemple, entre 1985 et 2018, les personnes détenant un livret A ont ainsi gagné en moyenne chaque année 2,2% de pouvoir d'achat, c'est-à-dire de différentiel entre l'inflation et la rémunération. Précédemment, dans les années 1960, le rendement réel était élevé avant de s'effondrer en 1973 : la hausse de l'inflation a ainsi fait perdre 4,2% de pouvoir d'achat pendant les années suivant le choc pétrolier. Plus tôt, entre 1945 et 1948, la perte se situaient entre 47% et 56% ; entre 1915 et 1920, elle oscillait entre 17 et 36%.

Pour 40% des livrets A les moins garnis, la perte sera en moyenne de 20 centimes- Maxime Chipoy, directeur de MoneyVox

LCI : Quelle est l'ampleur de la perte de pouvoir d'achat engendrée par ce recul d'un quart de point ? 

Ceux qui vont perdre des sommes significatives sont rares. Dans les faits, pour les 40% des livrets A les moins garnis (150 euros ou moins), la perte moyenne ne sera que de 20 centimes par an. Un épargnant y ayant placé 10.000 euros, perdra quant à lui 25 euros par an car ses intérêts passeront de 75 euros à 50 euros. Au plafond maximal à 22.950 euros, le rendement passera de 172 euros à 115 euros. Le livret A n'a cependant pas été conçu pour les ménages financièrement à l'aise - qui auraient d'ailleurs tout intérêt à investir dans une bonne assurance vie qui leur rapporterait davantage. Ce produit n'a en effet pas vocation à apporter une rémunération importante. 

LCI : Mais alors quelle est la vocation du livret A ? 

Idéalement, il convient d'y garder un minimum de matelas de sécurité : une somme de 2.000 ou 3.000 euros quand cela est possible qui pourra être récupérée facilement et dans la seconde par exemple pour remplacer une machine à laver ou payer une grosse facture chez le garagiste. Dès que l'on dispose de davantage d'épargne, il faut placer le supplément ailleurs. C'est bénéfique non seulement pour son propre portefeuille mais aussi pour l'économie française. 

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LCI : Le livret A présente-il d'autres avantages ? 

Oui, comparé à ses équivalents privés également disponibles immédiatement - les livrets d'épargne bancaires autrefois appelés livrets B -, le livret A reste intéressant. Ceux-ci ne rapportent en effet  que de l'ordre de 0,10% et sont fiscalisés contrairement au livret A sur lequel on ne paie pas d'impôt.  N'oublions pas non plus que dans les autres pays européens, l'épargne réglementée n'existe pas. Ce type de produit, dont le taux est décidé par le gouvernement, est en effet typiquement français. À noter que par exemple en Allemagne, il existe même des produits d'épargne donnant un rendement négatif.

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