La fin annoncée des pièces de 1 et 2 centimes peut-elle faire augmenter les prix ?

La fin annoncée des pièces de 1 et 2 centimes peut-elle faire augmenter les prix ?
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MONEY, MONEY - La Commission européenne envisage de supprimer les pièces de 1 et 2 centimes. Un choix économique, puisque leur valeur est inférieure à leur coût de production (respectivement 1,65 centime et 1,94 centime). Pour en savoir plus sur ce projet et notamment sur les craintes d'arrondis à la hausse, LCI a contacté l'économiste Jean-Paul Betbeze.

Les porte-monnaie des Français pourraient s’alléger de quelques grammes d’ici peu. La Commission européenne envisage en effet de retirer de la circulation les pièces de 1 et 2 centimes. C’est en tout cas l’une des résolutions d’Ursula von der Leyen, la nouvelle présidente de la Commission. Un choix avant tout économique, qui s’explique par le fait que la valeur faciale de ces pièces est inférieure à leur coût de fabrication. En cumulé, elles ont coûté 1,4 milliard à la zone euro entre 2002 et 2013. 

Aucune surprise donc à ce que la Commission européenne se penche sur la question, d’autant que certains pays membres, comme l’Irlande, la Belgique, les Pays-Bas et la Finlande, ont déjà sauté le pas. Pour en savoir plus, LCI a contacté Jean-Paul Betbeze, membre du Cercle des économistes et professeur d'université.

Au lieu d'être à 9,99 euros, un produit passera ainsi à 10 euros, soit une hausse de 0,1%.- Jean-Paul Betbeze

LCI : Avec la disparition de ces pièces, les commerçants pourraient-ils arrondir les prix à la hausse, ce qui aboutirait donc à une baisse du pouvoir d'achat ? 

Jean-Paul Betbeze : La Commission évoquait déjà dans un rapport de 2013 la crainte du grand public que la disparition des deux pièces roses ne soit source d’inflation. Pour l’éviter, une  seule solution : arrondir. En théorie, les commerçants devront arrondir les prix aux 5 centimes les plus proches (en dessous pour les centimes se terminant par 1-2-6-7 et au-dessus pour les 3-4-8-9), avec l’accord des acheteurs. Et ce, seulement pour le paiement en espèces, puisque cartes et chèques resteront au centime près. Dans les faits, ce sera forcément inflationniste. Au lieu d'être à 9,99 euros, un produit passera ainsi à 10 euros, soit une hausse de 0,1%. Aujourd’hui, il y a peu d’inflation. Si vous aviez 4 ou 5 % d’inflation, l’arrondi ne serait pas perceptible. Là, il peut l’être un peu. 

Selon les économistes, les petits commerces risquent d’être plus impactés que le secteur de la grande distribution. Pourquoi ?

La grande distribution utilise plutôt la carte bancaire, des billets, voire un chèque. En revanche, dans le secteur de la petite distribution, les pièces de 1 et 2 centimes d’euro sont au cœur des relations commerciales. Leur suppression risque donc d’avoir un impact sur le chiffre d’affaires des magasins concernés. Par exemple, dans une épicerie de quartier ou sur un marché, le prix des fruits et légumes étant établi au poids, il est affiché en centimes. Le plus souvent, le montant ne tombe pas rond. Et lorsque le commerçant vous rend la monnaie, il vous donne des centimes. Or un certain nombre de consommateurs a pris l’habitude de les laisser au vendeur. Au bout de cent clients, l’opération finit par rapporter un ou deux euros. Un euro, deux euros, vous allez me dire, ce n’est pas beaucoup. Sauf que pour un commerçant, cela peut représenter sa marge sur un kilo de marchandise.

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Selon vous, ces pièces sont une "monnaie de vigilance". Pouvez-vous nous expliquer ?

Cette monnaie coûte plus chère qu’elle ne vaut. On pourrait se demander à quoi sert une monnaie qui est déficitaire ? L’explication, d’après moi, c’est que ces deux pièces sont une monnaie de vigilance. Il y a un effet psychologique qui vous pousse à être plus attentif sur les prix et la manière dont les arrondis sont effectués. Cela permet aux gens de prendre conscience de la valeur de leur argent. Quand vous achetez des produits dans un magasin, vous attendez que le commerçant vous rende vos centimes  et vous regardez l’arrondi.

De plus en plus, les gens utilisent le paiement sans contact ou leur smartphone pour de petits achats, comme une baguette par exemple. Les pièces, et à terme les billets de banque, ne sont-ils pas de toute façon voués à disparaître ? 

Il fut un temps où les gens donnaient leurs pièces à l’Eglise. Mais comme plus personne n’y va, c’est fini. Désormais, ils donnent à des œuvres caritatives, comme les Pièces jaunes. D’ailleurs, pour elles, la suppression de ces petites pièces roses ne serait pas une bonne nouvelle. 

Plus globalement, au fur et à mesure, on ira vers de la monnaie dématérialisée. Cela se fera progressivement, via la technologie davantage que par la disparition des pièces.  La carte bancaire est un outil coûteux. Par conséquent, les gens se 'paypalisent'. Les commerçants, de leur côté, trouvent cela pratique, car le paiement s'effectue plus rapidement et ils ont moins de commissions à verser. L’Etat y trouve également son compte, étant donné que tout le mouvement de dématérialisation de la monnaie augmente directement les rentrées d’impôt, notamment via la TVA. Il sera en effet impossible de "faire du black". Une économie souterraine qu’on estime en France à près de  10% du PIB. 

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