La hausse des prix du pétrole sous l'œil d'un économiste : le cours de l'or noir va-t-il s'envoler ?

La hausse des prix du pétrole sous l'œil d'un économiste : le cours de l'or noir va-t-il s'envoler ?

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INTERVIEW - Le prix du pétrole, en hausse progressive depuis plus de deux ans, va-t-il s'envoler ? "Impossible de le prédire mais il est certain que l'embargo des Etats-Unis sur l'Iran sera source de tensions", explique à LCI Guy Maisonnier, ingénieur économiste à l'Institut français du pétrole et des énergies nouvelles.

Jusqu'où les cours de l'or noir vont-ils monter ? Le baril de Brent coûtait 81 dollars mardi 16 octobre, après avoir franchi la barre des 80 dollars le 24 septembre. Une hausse qui n'a pas manqué de se répercuter à la pompe. Les facteurs économiques et géopolitiques laissent présager le maintien de prix élevés. Mais doit-on pour autant s'attendre à une véritable envolée ? Guy Maisonnier, ingénieur économiste à l'Institut français du pétrole et des énergies nouvelles (Ifpen), répond aux questions de LCI.

LCI : Pour quelles raisons le prix du pétrole monte-t-il ? 


Guy Maisonnier : L'embargo pétrolier des Etats-Unis sur l'Iran [dont la mise en place est prévue à partir du 4 novembre, ndlr] sera source de tensions. Cette mesure va potentiellement peser sur un volume d'exportation de 2,7 millions de barils de pétrole (et de liquides de gaz) par jour. Il existe cependant une incertitude sur son ampleur, car la décision américaine n’est pas soutenue par les autres pays occidentaux. L'enjeu est de savoir jusqu'où iront la Chine et l'Inde,  sous la pression des Etats-Unis. Mais déjà par anticipation, la crispation est là. 

Les pays de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) ont cependant une marge de manœuvre : ils sont en capacité d'exporter la différence pour maintenir le marché à l'équilibre. Toutefois, cela n'effacera pas un problème de tension entre l'offre et la demande susceptible de faire s'envoler les prix. 


Sans oublier les tensions diplomatiques entre les Etats-Unis et l'Arabie Saoudite [liées à la disparition début octobre en Turquie du journaliste saoudite Jamal Khashoggi, ndlr], qui pourraient pousser Riyad à réduire son offre, même si jusqu'ici le prix de son pétrole est plutôt en baisse. En outre, la production en chute libre au Venezuela et irrégulière en Libye contribuent à rendre le contexte économique très incertain. 


La barre des 100 dollars, voire  le record historique de 143 dollars (en 2008), pourraient-ils être franchis ?  


En matière de cours du pétrole, il est risqué de faire des prévisions car nous sommes sûrs de nous tromper. Les enquêtes Reuters, sur lesquelles nous nous appuyons, anticipent des prix entre 60 et 90 euros le baril en 2019. Mais l'incertitude est permanente en raison de la grande volatilité des cours. 


La situation actuelle n'est en tout cas pas exceptionnelle. A environ 80 dollars, le baril retrouve son niveau de prix de 2010, sans pour autant rejoindre la moyenne de 110 dollars entre  2011 et 2014. Cette période a été suivie d'un contre-choc pétrolier et d'un effondrement du cours à 30 dollars début 2016. Depuis, il connaît une hausse progressive. 

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Les besoins de pétrole ne vont-il pas baisser à l'avenir ? 


A l'échelle  de la planète, la consommation de pétrole va encore augmenter. La demande est notamment portée par l'industrie automobile, mais aussi par l'industrie pétro-chimique. Il y a actuellement un milliard de voitures dans le monde. Dans les pays occidentaux,  les parcs automobiles ne se développent plus (même s'ils continuent à être remplacés). En revanche, en Chine, en Inde et dans les pays émergents, la croissance du niveau de vie entraîne des besoins de mobilité et une progression du parc automobile.  


Certes le secteur des transports, notamment avec le développement de l'électrique, est moins gourmand en pétrole que par le passé, mais du fait qu'il ait pris de l'ampleur, la consommation progresse quand même. Le  groupement d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) préconise pourtant, pour limiter à moins de 2 degrés le réchauffement climatique à l'horizon 2100,  de limiter la consommation mondiale de pétrole à 60 millions de barils par jour contre 100 millions actuellement. 

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