L'addiction aux jeux, "comme l'addiction aux drogues"

L'addiction aux jeux, "comme l'addiction aux drogues"

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JEUX - L'addiction aux jeux d'argent et de hasard concernerait près de 600.000 personnes en France. Un enjeu sanitaire pris très au sérieux par les autorités sanitaires et spécialistes en charge des malades.

Si 100 % des gagnants ont tenté leurs chances, 100 % des perdants aussi. Une drôle de statistique qu'il est bon de rappeler, alors que l'Euro Millions fête ses dix ans d'existence. D'autant que 1 à 2 % de la population est concernée par une addiction aux jeux d'argent. Selon une statistique de l'Office français des drogues et toxicomanies (OFDT) , le risque serait même d'ordre pathologique et psychiatrique pour 200.000 joueurs compulsifs. "C'est une addiction comportementale dite sans produit psychoactif, mais qui a les mêmes caractéristiques qu'une addiction aux drogues", confirme à metronews le docteur Laurent Karila, psychiatre addictologue à l'hôpital Paul Brousse à Villejuif (94) et vice-président de SOS addictions.

Cette addiction, qui touche le plus souvent les hommes mariés de toutes les catégories socio-professionnelles, est d'ailleurs reconnue comme une pathologie psychiatrique par le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, un ouvrage de référence publié par la Société américaine de psychiatrie. S'il existe à l'heure actuelle peu d'études sur la question en France, les spécialistes sont unanimes : elle est considérée, en fonction des profils, tantôt comme un trouble du contrôle des impulsions, tantôt comme une addiction comportementale. Avec bien souvent, des problèmes financiers graves et des états dépressifs à la clé.

Se soigner avec une thérapie

"Soigner une addiction aux jeux, comme toute addiction, doit donc passer par une psychothérapie comportementale qui peut être associée à une prescription médicamenteuse", diagnostique le docteur Karila. Des thérapies de groupe peuvent aussi être préconisées, et dans certains cas, des réunions d'associations de joueurs compulsifs, "mais elles sont surtout répandues aux Etats-Unis. En France, ce n'est pas encore démocratisé", regrette le spécialiste.

Pire : l'addiction serait encore plus forte pour les jeux d'argent en ligne, autorisés en France depuis 2010. Selon l'OFDT, on compte 17 % de cas "problématiques" chez les joueurs en ligne, contre seulement 1,3 % dans la population générale. "Internet est un véritable boosteur d'addictions", explique le docteur Karila, en raison notamment de sa permanente accessibilité, et du fait que l'argent soit dématérialisé, invisible. Certes, "les autorités sanitaires ont pris conscience de ce problème" et plusieurs garde-fous ont été mis en place (contrôle des casinos, interdiction pour les mineurs, limitation d'accès sur le site de la Française des Jeux). Encore faut-il que le patient, avant tout, ait conscience de sa maladie.

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