Le vrai-faux du bitcoin : spéculation, risque... faut-il investir malgré la flambée des cours ?

COMPRENDRE - Le cours du bitcoin continue de flamber. De 10.000 dollars il y a 10 jours, son cours a atteint le seuil de 15.000 dollars ce jeudi. Révolution ou bulle spéculative ? Achat, risque, vol... LCI décortique les idées reçues sur la plus célèbre des cryptomonnaies. A lire avant de vous lancer (ou pas).

Le bitcoin poursuit sa folle ascension. A 15.000 dollars jeudi 7 décembre 2017, une seule unité de cette monnaie numérique vaut onze fois le prix d'une once d'or. Il y a à peine huit jours, le cours était encore de 10.000 dollars. Que penser de cet embrasement du cours du bitcoin ? Faut-il miser dessus ou au contraire se dire que la hausse est passée ? Risque, achat, trafic... LCI fait le tour de la question à travers cinq idées reçues à combattre ou à perpétuer. 

"Le bitcoin est une bulle"

PAS SI SÛR - A moins d'avoir une boule de cristal, difficile de répondre à cette question. Les points de vue divergent sur le fait qu'il s'agit ou non d'une pure spéculation. Pour Philippe Herlin, économiste et auteur d'un guide pratique sur le bitcoin à sortir fin février/début mars (éd. Eyrolles), la cryptomonnaie n'a rien de virtuel : "C'est du code informatique bien réel extrêmement efficace, rapide et peu coûteux pour payer d'un pays à l'autre. Comme les métaux précieux, sa quantité est limitée : le nombre de bitcoins qui pourront être mis en circulation est fixé, par un algorithme, à 21 millions d'unités. En cette fin 2017, un peu plus de 16 millions ont été mis en circulation", explique-t-il à LCI. Et cette monnaie attire, preuve en est : "De nombreuses start-up travaillent sur des services financiers s'appuyant sur la blockchain, c'est-à-dire la base de données qui centralise les transactions", ajoute-t-il.


Pour ses détracteurs, au contraire, le bitcoin n'a pas de valeur intrinsèque. "C'est un actif très particulier, par définition spéculatif si l'on regarde l'évolution de son prix", estimait mercredi 29 novembre sur la chaîne américaine CNBC le vice-président de la Banque centrale européenne, Vitor Constancio. Il s'agit même d'une "escroquerie" destinée à "imploser", à en croire les déclarations prononcées mi-septembre par le patron de la banque JPMorgan, Jamie Dimon. 


Depuis sa création en 2009 (il valait alors quelques centimes), le bitcoin n'a pas échappé à des effondrements de son cours. "En 2011, le bitcoin est passé de 1 dollar à 30 dollars avant de repasser à 3 dollars, en 2013 il est passé d'environ 100 euros à 800 euros en l'espace d'un mois avant de s'écrouler à 200 euros en 2014 et 2015. Mais après chaque krach, il est revenu plus haut qu'avant", observe Philippe Herlin. Certains spécialistes, à l'instar de Kay Van-Petersen, stratégiste de Saxo Bank à Singapour, vont jusqu'à prédire que le bitcoin pourrait valoir entre 50.000 à 100.000 dollars dans les six à 18 mois prochains.


Un potentiel auquel Philippe Herlin croit d'autant plus qu'il estime qu'il ne faut pas regarder le cours mais la capitalisation, c'est-à-dire le nombre de bitcoins (16 millions environ) multiplié par leur prix (10.000 dollars environ), ce qui représente 160 milliards de dollars en arrondissant (quasiment équivalent à la valorisation du groupe Coca-Cola). "Une somme modeste à l'échelle de la planète financière, qui pourrait donc s'amplifier considérablement si le succès du bitcoin se confirme."

"Acheter des bitcoins est compliqué"

FAUX -  Se procurer des bitcoins n'est pas difficile même s'il n'est pas encore question d'aller en acheter dans sa banque, bien que, précise Philippe Herlin, "la néo-banque britannique Revolut le propose depuis peu". "Les places de marché constituent pour le moment le mode d'accès quasiment unique. Concrètement, l'acheteur fait un virement SEPA en euros (ou dans la monnaie où il détient ses fonds) et crée un compte. Cette opération est très contrôlée, carte d'identité à l'appui. Une fois l'argent crédité, il est alors possible d'acheter des bitcoins", détaille l'économiste. 


Un conseil pour ceux qui seraient convaincus que cette monnaie a un avenir : "Consultez sur bitcoin.fr, le site de référence en France, le classement des plateformes les plus recommandées par leurs internautes (kraken.com, coinbase.com, paymium.com notamment) afin d'éviter les risques d'arnaques", précise Philippe Herlin.  


Quant à la somme à investir, ne mettez pas tous vos oeufs dans le même panier. Même si, aux yeux de l'économiste, les perspectives sont encourageantes, celui-ci ne nie pas qu'il peut y avoir des pertes. "Il convient de se limiter à des sommes dont on considère pouvoir se passer non seulement parce qu’il existe un risque de perdre ses fonds mais aussi par ce qu'il ne faut pas y toucher pendant plusieurs années pour espérer des gains conséquents", estime-il.  


Il n'empêche que l'Autorité des marchés financiers (AMF) met les particuliers en garde : "Un minimum d’appétence technique et financière est nécessaire afin de comprendre le protocole sur lequel le bitcoin repose et ses risques" y compris "la perte de tout ou partie du capital investi, l'absence de réglementation, l'absence d’information détaillée, la fraude ou l'escroquerie". Sans oublier que "des courtiers en ligne peuvent proposer de parier sur des actifs numériques comme le bitcoin sous la forme de contract for difference (CFD) évitant [à l'acheteur] la complexité technologique liée à cet achat", précise l'organisme.

"Se faire voler ses bitcoins est possible "

VRAI - Le risque informatique est réel. "Il n'y a jamais eu de faux bitcoin car la blockchain rend les transactions infalsifiables dans la mesure où pour modifier une information, il faudrait la changer simultanément chez tous les utilisateurs. Ainsi, cette monnaie en elle-même n'a jamais été prise en défaut mais cela n'empêche pas les vols. La principale place de marché en 2013/2014, Mt Gox, aurait ainsi été hackée", rappelle Philippe Herlin. Des centaines de milliers de bitcoins ont ainsi été soutirés à leurs détenteurs. 


Autre risque : "Le portefeuille dématérialisé de bitcoins détenu sur ordinateur ou sur smartphone peut se faire pirater. Sans oublier que ces appareils peuvent aussi être simplement volés à leur détenteurs. Il convient donc de prendre ses précautions en plaçant ses bitcoins dans un portefeuille physique invulnérable aux attaques (qui conserve vos accès privés sur une puce extérieure, ndlr)", préconise l'économiste.

"Il est possible de payer ses achats avec des bitcoins"

EN PARTIE - Près de 100.000 commerçants dans le monde acceptent les bitcoins, essentiellement pour des achats en ligne.  Bitcoins.fr liste ici les commerces où dépenser sa cryptomonnaie. Les boutiques physiques acceptant la célèbre monnaie numérique sont plus rares mais existent bel et bien. C'est par exemple le cas des commerçants du passage du Grand-Cerf, dans le 2e arrondisement de Paris. Dans la pratique, c'est simple et rapide : "Un QR code est affiché à côté du prix de l'article. L'acheteur doit le photographier avec une application mobile dédiée au paiement en bitcoin et valider", détaille Philippe Herlin. 


L'euro étant la seule monnaie ayant cours légal en France, le prix doit être aussi affiché dans la monnaie européenne. "Un commerçant peut refuser un paiement en bitcoin, mais est obligé de l’accepter en euros", rappelle l'AMF. Il existe plus de 4500 autres monnaies numériques, telles que Ether, Litecoin, Dash, Dogecoin, Peercoin, Namecoin notamment. Aucune n'a cours légal. 


Si vous croyez au potentiel des bitcoins, "mieux vaut les conserver tant que leur cours monte", conseille toutefois Philippe Herlin. "En Europe ou aux Etats-Unis, payer avec cette monnaie n'a pas d'intérêt dans la mesure où l'euro et le dollar sont stables, quasiment sans inflation, des caractéristiques rares au niveau de la planète. Ainsi le bitcoin émerge dans les pays où la monnaie est fragile (voire s'effondre), comme c'est le cas au Venezuela, en Argentine notamment", observe l'économiste. 

"Le bitcoin est la monnaie des trafiquants"

PAS PLUS QU'UNE AUTRE - Certes cette monnaie s'échange uniquement en ligne sans billet ni pièce mais "elle n'est pas pour autant anonyme car pour acheter du bitcoin il faut effectuer un virement SEPA", assure Philippe Herlin. "Une fois sur le réseau bitcoin, l'utilisateur peut créer autant de comptes qu'il le souhaite pour envoyer de l'argent mais toutes les transactions sont inscrites sans n'être jamais effacées dans la blockchain. Quant aux sommes reçues, au moment où il souhaitera les récupérer en euros, il devra passer par une banque. Ce qui n'échappera pas à Tracfin (l'organisme gouvernemental chargé de la lutte contre le blanchiment d'argent et contre le financement du terrorisme, ndlr) qui peut mettre la blockchain sous surveillance pour suivre les comptes où transitent de grosses sommes soupçonnées d'être d'origine illicite. Toutes les transactions peuvent alors être remontées", explique l'économiste. 


Un mécanisme qui n'interdit cependant pas aux trafiquants d'utiliser des bitcoins. "Par exemple, un site américian qui vendait de la drogue contre des bitcoins a été fermé en septembre 2013. Cette fermeture n'a pas fait baisser le cours du bitcoin, ce qui laisse penser que les trafics sont marginaux", analyse-t-il. 


ll n'empêche que la Chine a interdit en septembre les échanges de cryptomonnaies sur les plateformes du pays avec un double objectif annoncé :  non seulement contrer les activités illégales mais également éviter les risques potentiels pour son système financier.  

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