Nanoparticules : l'additif alimentaire E171 au cœur des soupçons

Nanoparticules : l'additif alimentaire E171 au cœur des soupçons

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SANTÉ - Vous en avez forcément consommé : le colorant E171, composé notamment de nanoparticules, est présent dans de nombreux bonbons, chewing-gums et dentifrices. Or, une récente étude a démontré qu'il pouvait engendrer des lésions pré-cancéreuses chez le rat. Est-il aussi un danger pour la santé des humains ? On fait le point sur cet additif qui affole les associations de consommateurs.

En juin 2016, l'ONG Agir pour l'environnement avait alerté sur la présence de nanoparticules dans de nombreux produits alimentaires, et notamment dans plus d'une centaine de confiseries, sans que cela soit signalé sur les étiquettes. Les nanomatériaux retrouvés sont notamment le dioxyde de titane (E171), qui permet de blanchir et rendre les produits brillants, et le dioxyde de silice (E551), un antiagglomérant utilisé dans des produits en poudre, comme le sucre. Le problème est à nouveau dénoncé par 60 millions de consommateurs dans son numéro de septembre 2017 : sur 18 produits testés, du dioxyde de titane sous forme de nanoparticules a été retrouvé, sans que cela soit indiqué de manière transparente pour le consommateur.


Le dioxyde de titane (E171) est l'un des cinq nanomatériaux de synthèse les plus couramment utilisés dans des produits de consommation à usage quotidien, dont l'alimentation. En janvier dernier, une étude de l'INRA menée sur des rats a démontré la toxicité du dioxyde de titane. Dans la foulée de sa publication, le gouvernement a saisi l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) afin de déterminer si l’additif alimentaire E171 présente un éventuel danger pour les consommateurs. 

Le système immunitaire atteint au bout d'une semaine

L'étude de l'INRA a duré quatre ans. Menée par les directeurs de recherche au centre Toxalim de Toulouse Eric Houdeau et Fabrice Pierre, elle démontre que l'additif alimentaire E171, constitué à 45% de nanoparticules, pénètre la paroi de l'intestin du rat en provoquant une baisse de son système immunitaire. Ces rats ont été exposés de façon orale à cette substance, durant 100 jours. 


Au terme de cette période,  40% des rats étudiés présentaient des lésions pré-cancéreuses sur le colon. "C'est au bout de 100 jours que l'on commence à voir se dessiner des effets toxiques chez l'animal. Le système immunitaire, lui, est atteint au bout d'une semaine", indiquent les chercheurs à LCI. Des résultats pour le moins alarmants mais les chercheurs l'affirment, "on ne peut pas conclure, sur la base de cette étude, que le E171 est cancérigène, ni qu'il y a une extrapolation à l'homme". Mais l'alerte est suffisante pour que trois ministères aient saisi l'Anses pour savoir si cet additif présentait un réel danger pour l'homme. Les résultats de cette étude seront connus à la fin du mois de mars 2017. 

E171 partout, mention de nanoparticules nulle part

Outre cette étude de l'INRA,  l'ONG Agir pour l'environnement avait alerté sur la présence de nanoparticules, dont le dioxyde de titane, dans de nombreux produits alimentaires, et notamment dans plus d'une centaine de confiseries sans que cela soit signalé sur les étiquettes. Les nanoparticules, qui relèvent de l'extrêmement petit (un milliardième de mètre, soit 50.000 fois plus petites qu'un cheveu), ont la capacité de franchir des barrières physiologiques de type intestins, cerveau ou reins. En ce qui concerne le dioxyde de titane, une évaluation par l'agence du cancer de l'OMS (Circ/Iarc) a conduit à le classer comme cancérogène possible pour l'homme en cas d'exposition professionnelle par inhalation, rappelle l'INRA.

Pour Magali Ringoot d'Agir pour l'environnement, le problème est que l'E171 se trouve dans l'alimentation sous forme nanométrique. Pourquoi à cette échelle ? "On a compris que le dioxyde de titane version nano permettait d’amplifier ses propriétés. Pour le dioxyde silicium (E551), on nous dit que ça amplifie la propriété d’anti-agglomérant", explique-t-elle à LCI. Pour le dioxide de titane (E171), les nanoparticules permettent de rendre les aliments plus blancs,  les chewing-gums plus brillants et dans le dentifrice, d'accroître les "vertus" de blanchiment. Outre cette échelle "nano" qui pose question, il peut y avoir un "effet cocktail et une interaction des substances entre elles", s'inquiète la jeune femme. 


Si les bénéfices de ces substances version nano sont pour certains indéniables, des voix regrettent le fait qu'elles ont été développées et utilisées sans étude sanitaire préalable. "On a pris le problème à l'envers", explique Magali Ringoot. 

De la question de l'étiquetage

Autre point de crispation pour cette association, l'étiquetage des produits contenant ces "fameuses" nanoparticules mesurant entre 1 et 100 nanomètres. Cette obligation est entrée en application le 11 juillet 2013 pour les cosmétiques,  le 1er septembre 2013 pour les biocides, le 13 décembre 2014 pour les denrées alimentaires. Composé de micro- et de nanoparticules, le E171 n’est cependant pas soumis à l’étiquetage "nanomatériau", puisqu’il n’est pas composé à plus de 50% de nanoparticules (en général 10 à 40%). 


"En vérité, personne n’assume du côté des industriels", analyse Magali Ringoot. "On pense que les utilisateurs de ces additifs et nanos ont peur d’un nouveau scandale alimentaire comme le Bisphénol A. Les consommateurs demandent de plus en plus à consommer sans risque. Or, les industriels ne veulent pas se conformer à cette règlementation, car ce n’est pas du tout vendeur. Mais au-delà du débat sur la toxicité, les consommateurs doivent savoir, avoir la possibilité de choisir", dit-elle. 


 S'il y a bien une loi qui impose cette étiquetage, très peu de marques s'y conforment. "On n'arrive pas à avoir les chiffres, on est dans l’omerta", affirme-t-elle. Mais certaines marques comme Lutti, Verquin ont tout simplement retiré le E171 de la composition de leurs produits. "Principe de précaution", dit-on. 


Et puis il y a une faille dans cette réglementation européenne. Si la nanoparticule n'est pas ajoutée de façon intentionnelle, elle n'a pas l'obligation d'être mentionnée sur l'étiquette. Autrement dit, les industriels peu scrupuleux peuvent arguer de l'arrivée inopinée de cette substance dans la composition de l'aliment et faire valoir qu'en ce sens, l'etiquetage n'est pas obligatoire. 

Alors que faire pour les éviter au maximum ?

Pas facile d'éviter ces particules dans notre alimentation. Et pour cause : elles sont partout. Sur votre paquet de chewing-gums qui se balade dans votre sac, sur cette barre de céréales censée vous donner un peu d'énergie, dans ce tube de sucre que vous prenez avec votre café. "Cela fait six mois que nous avons révélé les premières infractions à l'obligation d'étiquetage et les produits testés sont toujours en vente... et toujours sans étiquetage !", constate la directrice de campagne d'AGIR.


Alors,  comment savoir qu'un aliment contient ces fameuses nanoparticules si elles ne sont pas mentionnées ? "C'est quasiment impossible de le savoir. On peut juste avoir des doutes très forts lorsqu’on voit du E171 ou du E551. Et puis 

moins on mange de produits issus de l’alimentation industrielle, moins on a de risques d’en trouver", nous explique Magali Ringoot. 


Mais slalomer au milieu des additifs alimentaires contenant des nanoparticules ne suffira probablement pas :"Il faut que les consommateurs interpellent les marques, les interrogent sur l'utilité des nanoparticules. De notre côté, nous savons que beaucoup de choses se jouent au niveau européen et nous souhaitons que l'on fasse au moins appliquer le droit de savoir et l'étiquetage. Il faut que les pouvoirs publics réagissent, fassent un moratoire. Le principe de précaution en France devrait s’appliquer et on devrait s’assurer que ce n’est pas dangereux". 


En attendant, du côté de la DGCCRF, on a pris le problème de l'étiquetage à bras-le-corps. La Direction générale de la concurrence et des fraudes va lancer une enquête, faire des prélèvements, et former des enquêteurs. Donc c’est en train de bouger un tout petit peu. "C’est un premier pas", nous confie Magali Ringoot. 

En vidéo

Pollution : les nanoparticules montent jusqu'au cerveau

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