Niche fiscale des journalistes : aide aux précaires ou privilège de nantis ?

Niche fiscale des journalistes : aide aux précaires ou privilège de nantis ?

JUSTICE FISCALE - Dans quelques jours, les contribuables français devront avoir réglé leur impôt sur le revenu. L'occasion de revenir sur les facilités dont disposent certaines professions, et notamment les journalistes. Justifiées ? Illégitimes ? On fait le tour de la question.

Dans le houleux débat sur les niches fiscales, celle qui concerne les journalistes est certainement une des plus controversées. Ceux qui exercent ce métier bénéficient en effet d'une "allocation pour frais d'emploi". Ce dispositif est ainsi nommé depuis 1998, et il leur offre la possibilité de déduire 7650 euros sur leurs revenus – en sus des 10% d'abattement destinés à tous les salariés – au moment de les déclarer aux impôts. Pendant 50 ans, il avait pris la forme d'une déduction d'impôts de 30%, avant que le gouvernement Juppé n'en entreprenne la réforme.

Des costumes et des écarts

Pour quelles raisons ? Interrogé par metronews, François Boissarie, ancien secrétaire du Syndicat national des journalistes, dégage deux indices : "La profession avait des frais professionnels très élevés, notamment en termes d'habillement, de location de bureaux... A l'époque, les rédactions étaient déjà bien structurées mais les journalistes fonctionnaient plus individuellement."

Cette niche, destinée à la profession la plus décriée en France après les hommes politiques (seuls 23% des Français font confiance aux journalistes ) suscite une certaine indignation, sincère ou surjouée. La qualifier de privilège est d'autant plus tentant que la corporation est souvent résumée, dans l'imaginaire collectif, à ses têtes de gondoles. Présentateurs de JT, chroniqueurs d'émissions très regardées ou écoutées... Autant de stars de l'info qui émargent au-delà des 5000 euros mensuels et pour qui un avantage supplémentaire relève de l'injustice aux yeux du reste de la population.

Remettre en cause l'avantage est donc l'occasion rêvée pour des représentants du peuple de taper à bon compte sur la profession, comme a pu le faire Patrick Balkany (député Les Républicains) en juillet dernier. "Des avatars. Qu'ils commencent par balayer devant leur porte, balaie François Boissarie, qui poursuit sur les nantis de la profession : "Lors des négociations avec Bercy, on nous demande de plafonner. Mais comment voulez-vous faire ? S'il y a 5000 journalistes qui touchent un salaire tel que cet abattement est indécent, comment réguler ce système ? On fait des listes ? Un barème entre le bon et le méchant ? Non ! On est syndicaliste, on représente toute la profession."

EN SAVOIR + >> Patrick Balkany veut mettre la presse au régime

Journaliste riche, journaliste pauvre

Une profession dont l'organisation a changé et le paysage, a "gagné" en précarité. Difficile de penser à l'achat de costumes comme une dépense professionnelle pour un journaliste sédentarisé, derrière son ordinateur l'essentiel de la journée. "Mais si ce n'est pas le costume, c'est l'ordinateur, les pigistes toujours plus nombreux et la précarité toujours plus grande." En 2013, une enquête avait ainsi démontré que 12% de la profession touchait moins que le smic et 30%, moins de 20.000 euros nets par an. Quant aux journalistes les mieux payés, ils étaient seulement 6% à émarger à plus de 60.000 euros par an.

Un exemple ? Pour un journaliste célibataire émargeant à 2300 euros nets par mois (ce qui le place dans les 76% les moins payés du métier), le montant de l'impôt sans abattement s'établit à 2121 euros. Après application de la niche et des 10% automatiques liés au statut de salarié, il passe à... 1163 euros.

Calculs au doigt mouillé et économies de bout de chandelle

Quels seraient les résultats d'une abolition de la niche ? Difficile à dire. Metronews a contacté le ministère des Finances, qui s'est refusé à répondre : "L'administration fiscale ne peut communiquer directement (devoir de réserve sur les données liées à une CSP)", nous a-t-on expliqué. Direction l'Assemblée nationale, à la commission des finances, où l'on nous répond plus ou moins la même chose. La Cour des comptes, qui avait tapé sur le dispositif fin 2013, a calculé, malgré "l'absence de données spécifiques", un manque à gagner de 60 millions d'euros.

Une somme du même ordre de grandeur que les 70 millions d'euros avancés par le sénateur socialiste François Marc. Son collègue radical de gauche Yvon Collin avait, dans un souci de "justice fiscale", proposé de réserver l'abattement aux journalistes touchant moins de 4000 euros nets par mois, en novembre 2013 . Une question de symbole qui n'aurait impacté qu'un quart de la profession. Au regard des 1151 milliards de dépense publique en France en 2014, quelques dizaines de millions d'euros ne peuvent pas prétendre à plus.

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Proche-Orient : Biden assure à Netanyahu qu'"Israël a le droit de se défendre"

Remontées mécaniques, parcs d'attractions, clubs libertins : les absurdités des réouvertures à venir

Covid-19 : pourra-t-on se faire vacciner durant le week-end de l'Ascension ?

"Pass sanitaire" et sortie de l'état d'urgence : les députés votent finalement le texte

Roselyne Bachelot confie souffrir d'un "Covid long"

Lire et commenter

LE SAVIEZ-VOUS ?

Logo LCI défend l'ambition d'une information gratuite, vérifiée et accessible à tous grace aux revenus de la publicité .

Pour nous aider à maintenir ce service gratuit vous pouvez "modifier votre choix" et accepter tous les cookies. > En savoir plus.