On a testé : manger uniquement bio pendant une semaine (et ce n'est pas si facile)

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BIEN MANGER - L'engouement des Français pour le bio étant fort, nous avons voulu essayer de consommer exclusivement des produits de ce type pendant une semaine. Bilan : c'est contraignant, chronophage et cher. Mais ça nous a donné envie d'aller plus loin. On vous raconte.

"Ne manger que bio pendant sept jours" : la consigne est simple à comprendre, moins à mettre en oeuvre. Nous avons tout fait pour relever le défi sur vingt-et-un repas (petits déjeuners compris) en s'octroyant toutefois un joker. Toute la difficulté réside dans le "100%" bio, pas tant pour s'approvisionner que pour ne pas se couper des autres. Tout ça pour avaler moins de résidus de pesticides ou d'engrais chimiques, selon la promesse de la certification AB. Mais au-delà de l'étiquette, c'est notre façon d'acheter et de cuisiner que nous avons eu envie de changer. Résumé de notre semaine un peu particulière.

Une aventure chaque midi : gamelle, livraison, supérette...

Les difficultés commencent dès le premier soir. Nous devons assister à un spectacle. Loin d'être en avance, nous cherchons un restaurant bio à moins d'un quart d'heure à pied du théâtre. Google Maps nous indique quelques "sans gluten" ou "éthique" pas forcément bio et de toute façon trop loin pour aller vérifier. Ayant déjà perdu trop de temps, avant de partir de chez nous, nous garnissons de fromage de chèvre bio un bout de baguette tout aussi bio et nous partons avec notre sandwich sous le bras. 


Et ce n'est rien comparé à la difficulté de trouver notre b(i)onheur au boulot. Premier jour à la cantine, nous trouvons en tout et pour tout des carottes râpées, un petit pain (55 centimes alors que celui de base est gratuit) et un yaourt nature... qui restera nature faute de sucre adéquat. Et pour couronner le tout, nous devons remplacer le café par de la tisane verveine menthe bio qui, par chance, est proposée à la cafétéria. 

Pour nos pauses déjeuner, il a donc fallu apporter notre pique-nique. Mal inspirés, et craignant d'avoir faim après notre misérable bol de carottes, nous passons une demi-heure à préparer un mélange de boulgour, carottes, oignons, maïs, knacks alsaciens, oeuf poché. Un festin qu'il nous faudra transporter avec des poches de glaçons, faute d'avoir un réfrigérateur au bureau.

La fois suivante nous décidons de nous faire livrer un déjeuner bio au bureau. Sauf que la rédaction n'étant pas à Paris-même mais à Boulogne-Billancourt, le choix est limité, de nombreux établissements ne livrant pas de l'autre côté du périphérique. Sur les 231 offres trouvées auprès d'un des principaux réseaux de livraison, seuls deux cuisinent bio : des pizzas pour l'une (fermée ce jour-là), des burgers pour l'autre (livraison à partir de 25 euros). Ce qui ne nous donne pas très envie.


Résultat, nous avons foncé dans une supérette bio des environs, pour nous retrouver avec un sandwich jambon-fromage rachitique à 4,70 euros, agrémenté d'une petite salade chou-carotte à 3,40 euros et le yaourt le moins cher du rayon. Total : 8,98 euros...

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Mon pique-nique acheté dans une supérette bio

Notre meilleur déjeuner fut finalement dans un restaurant bio, à tout de même 2 km du bureau. Nos collègues avec qui nous avions prévu ce repas depuis longtemps ont eu la gentillesse d'accepter de nous y suivre. L'établissement C'du Jardin, attenant à une boutique bio, propose notamment des sandwichs composés à la carte (6,90 euros) aussi copieux que savoureux. Nous avons adoré notre étrange mélange de feta, butternut et saumon.

Courses au supermarché drive et en boutiques bio

Pour nous en sortir chez nous, nous devons nous organiser. La solution passe par des courses de fond car nous étions bien optimistes en croyant que nos placards étaient déjà à moitié remplis avec des produits bio. Ce n'était en fait vrai que pour les oeufs, l'huile d'olive, une partie des laitages, des crackers et quelques fruits et légumes de saison.


Le reste est sans fin : viande, féculents, conserves, épices, aromates et condiments... Sans oublier le pain, les gâteaux secs ou même le sucre - à 2,01 euros le demi-kilo (de cannes, nous n'avions pas le choix) au lieu de 85 centimes le kilo de sucre non bio (blanc) dans la même marque. 

Nous jonglons alors avec un supermarché drive (qui a son rayon dédié au bio) pour l'épicerie et les supérettes spécialisées du quartier pour les produits frais. Côté dépenses, tout nous paraît hors de prix, de l'ordre de deux fois plus cher que l'équivalent non bio. Bonne surprise cependant pour les fruits et légumes achetés en boutique bio, tels que les pommes (3,10 euros/kilo), les oignons (1,28 euro/kilo) ou les carottes (1,09 euro/kilo).

Déjeuner en famille : comme c'est embarrassant !

Nous avouons, nous avons utilisé un joker pour le déjeuner du dimanche midi chez les beaux-parents. Nous n'imaginions pas réclamer un menu spécial sans réel impératif. Pour nous rattraper, nous avons apporté du vin bio ou plutôt du vin "nature", sur les conseils d'un caviste qui nous a aussi parlé du vin biodynamique. 

La nuance entre les trois ?

• Bio : ni pesticides, ni herbicides chimiques dans les vignes mais le cahier des charges reste léger concernant le processus de vinification.

• Biodynamique : outre l'absence de produits chimiques, les vignerons utilisent des préparations à base de plantes pour renforcer la vigne et suivent le calendrier lunaire pour procéder à différentes opérations.

• Nature ou naturel : encore plus abouti que les deux précédents, la présence de souffre est considérablement limitée même si celui-ci reste indispensable en petite quantité pour conserver le vin.

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Vin nature, bio, biodynamique : comment faire le bon choix ?

Alerte viande : mais où sont donc passés les carnivores ?

Frustration pour les inconditionnels de la viande dont nous faisons partie. Dans les rayons estampillés bio, la boucherie/charcuterie fait pâle figure face à la multitude de produits vegan. Quant aux prix, ils sont exorbitants. Le jambon blanc (3,80 euros les 100 g, soit 38 euros le kilo, en marque Carrefour bio) coûte presque autant que le saumon fumé (6,30 euros les 140 g, soit 45 euros/kilo dans la même marque bio). Un comble surtout en comparaison des tarifs pratiqués en grande distribution non bio, où le jambon cuit est en moyenne à 11,19 euros/kilo, selon les derniers chiffres de l'Observatoire des prix de l'organisme gouvernemental France Agrimer.


Nous n'avons donc jamais mangé autant d'oeufs que pendant cette semaine. Il n'empêche que nous avons succombé deux fois à la folie de la bidoche : des escalopes de porc (28 euros/kilo) et du steak haché (17 euros/kilo) malheureusement sur-emballé dans du papier kraft plastifié entourant une barquette sous vide. Bio mais pas très écolo. Toujours est-il que préparé en sauce bolognaise avec des oignons, des carottes et du coulis de tomate, c'était, de l'avis général, tellement plus savoureux qu'à l'accoutumée. 

Mieux manger : le bio nous pousse à changer nos habitudes

Tous ces bons produits nous ont poussés à passer davantage de temps aux fourneaux. Nous avons totalement banni les plats cuisinés et nous avons préparé des légumes sous toutes leurs formes : cuits à l'eau, en soupe, en salade. 

Nous avons aussi levé le pied sur les cochonneries : nous avons remplacé les chips - certes bio (35 euros/kilo) - par un mélange de fruits secs en vrac composé de noix de cajou, noisettes, amandes, raisin notamment (18 euros/kilo). Il n'y a pas de petite victoire. 

L'étape d'après : dépasser l'étiquette pour viser aussi le local

Au terme de cette expérience, une chose nous saute maintenant aux yeux. Le label Agriculture biologique (AB) est une étiquette qui garantit surtout la non-utilisation de produits phytosanitaires issus de la chimie. Mais rien n'interdit le gras, le sucre, le sel à l'excès... Rien n'interdit non plus les produits venus du bout du monde laissant sans doute une belle empreinte carbone sur son chemin. Ni les produits insipides, comme ces innombrables tomates cerises que nous avons pu trouver.

Le bio légal n'est ni forcément sain ni forcément écologique. Mais à l'issue de cette semaine à chercher jusqu'à la caricature à ne manger que bio, nous avons envie de donner davantage de cohérence à cette expérience en changeant notre façon de consommer. Des produits locaux dont nous connaissons les conditions de production représentent peut être un meilleur gage de qualité.

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